Actualisé 17.03.2016 à 07:38

BrésilManifs après le retour de Lula au gouvernement

La publication d'une conversation téléphonique entre Lula et Rousseff scandalise les Brésiliens.

Des manifestants ont protesté mercredi soir devant le siège de la présidence à Brasilia. Ils ont critiqué le retour de l'ex-président Lula dans le gouvernement de Dilma Rousseff, annoncé quelques heures plus tôt.

Les participants étaient scandalisés par la publication d'une écoute judiciaire d'une conversation embarrassante entre la présidente Dilma Rousseff et l'ex-président Lula. Cet enregistrement accrédite, selon ces opposants, l'hypothèse d'une nomination destinée à éviter à Lula des poursuites judiciaires.

Dans cet enregistrement effectué dans la matinée par la police judiciaire, la présidente appelle Lula sur son téléphone placé sur écoute. Elle lui annonce qu'elle va lui faire parvenir son «décret officiel» de nomination afin qu'il «s'en serve seulement en cas de nécessité».

Démission réclamée

Cet extrait a été largement interprété comme la confirmation que l'un des objectifs de la nomination de Lula au gouvernement est bien de le protéger contre un éventuel placement en détention dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

La police a fait état de 2500 manifestants rassemblés devant le palais présidentiel à Brasilia, la capitale, tandis qu'à Sao Paulo, une manifestation s'est formée sur la grande avenue Paulista. Plusieurs dizaines de parlementaires d'opposition ont interrompu une séance du Congrès pour réclamer la démission de Dilma Rousseff.

Cette dernière a nommé Luiz Inacio Lula da Silva, qui fut son mentor, au poste de chef du secrétariat du gouvernement, selon un décret paru au journal officiel. Lula dispose ainsi d'une immunité à l'égard des instances judiciaires, à l'exception de la Cour suprême, alors que le parquet fédéral l'a inculpé de blanchiment d'argent et de fraude et a réclamé son arrestation.

Lula reste populaire

Dilma Rousseff a expliqué que Lula rejoignait le gouvernement pour partager son expérience politique, notamment en matière de lutte contre l'inflation et de stabilité budgétaire. Six ans après son départ, l'ex-président reste populaire auprès des classes défavorisées pour ses politiques sociales et de réduction des inégalités.

Dilma Rousseff a souligné que cette nomination ne préservait pas Lula de toute enquête et qu'il pouvait faire l'objet de poursuites de la part de la Cour suprême. La présidente est elle-même vivement contestée, sur fond de récession économique et d'inflation.

Des centaines de milliers de personnes, jusqu'à trois millions selon certaines estimations, ont manifesté dimanche dans les grandes villes du pays pour exiger le départ de la présidente, par ailleurs menacée par une procédure de destitution au Congrès. Ses opposants l'accusent de manipulation des comptes publics pour favoriser sa réélection pour un second mandat de quatre ans en 2014.

Qu'il s'agisse du scandale de corruption autour de Petrobras , la compagnie pétrolière publique, ou de ces accusations sur la campagne présidentielle de 2014, Dilma Rousseff et Lula démentent toute malversation. (nxp/ats)

Deux scandales en 13 ans

Au pouvoir depuis 2003, le Parti des travailleurs (PT, gauche) a été secoué par deux vastes scandales de corruption. En 2005, débute l'affaire «Mensalao» : la justice découvre que le PT a versé sous le premier mandat de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva des pots-de-vins à des parlementaires pour qu'ils soutiennent les textes présentés par le gouvernement. Plusieurs très hauts dirigeants du parti sont condamnés à des peines de prison.

En mars 2014, un nouveau scandale éclate, d'une toute autre ampleur, avec les révélations sur un système généralisé de pots-de-vin versés depuis une dizaine d'années par les principales entreprises de BTP du Brésil à des responsables de la compagnie pétrolière étatique Petrobras en échange de contrats.

Une partie de ces pots-de-vin a été reversée au PT et aux membres de sa coalition hétéroclite. Mme Rousseff elle-même a été longtemps à la tête du conseil d'administration de Petrobras mais n'avait été visée par aucune accusation directe dans ce dossier jusqu'à cette semaine.

Mardi, l'ancien chef du groupe sénatorial du PT, Delcidio Amaral, inculpé dans cette affaire, a accusé le ministre de l'Education Aloizio Mercadante de vouloir acheter son silence et affirmé aux enquêteurs que le ministre avait agi «en tant qu'émissaire de la présidente de la République».

Lula est rattrapé par le scandale Petrobras le 4 mars. Brièvement interpellé, il est interrogé sur des soupçons de «corruption» et de «blanchiment d'argent». Il nie avec véhémence ces accusations qu'il qualifie de «saloperies homériques». Le parquet de Sao Paulo le soupçonne notamment d'être le réel propriétaire d'un appartement triplex à Guaruja, une station balnéaire de l'Etat de Sao Paulo qui est au nom d'une grande entreprise du bâtiment, OAS, impliquée dans le scandale Petrobras.

Avec sa nomination mercredi au gouvernement, il échappe à la menace d'un placement en détention, les ministres ne pouvant répondre pénalement de leur actes que devant le Tribunal suprême fédéral (STF).

L'éclatement du scandale Petrobras est survenue en pleine campagne présidentielle pour la réélection de Dilma Rousseff en 2014.

Elle est réélue de justesse le 26 octobre au terme d'une campagne très agressive et d'emblée fragilisée par l'ampleur des révélations sur l'affaire Petrobras et l'adoption de mesures d'austérité impopulaires dans son propre camp, en totale contradiction avec ses promesses de campagne.

L'opposition réclame le déclenchement d'une procédure de destitution parlementaire de la présidente, accusant le gouvernement d'avoir maquillé les comptes publics en 2014 pour minimiser l'ampleur du marasme et favoriser sa réélection.

(NewsXpress)

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