Actualisé 09.07.2020 à 21:31

Serbie

Manifs pacifiques à Belgrade après deux nuits de violences

Le gouvernement serbe a officiellement annoncé jeudi qu’il abandonnait l’idée du confinement, remplacé par d’autres restrictions.

Des manifestants à Belgrade le 9 juillet 2020.

Des manifestants à Belgrade le 9 juillet 2020.

AFP

Des milliers de manifestants mécontents de la gestion par les autorités de la crise du coronavirus ont manifesté jeudi soir sans incidents, après deux nuits de violences et de heurts avec la police.

Auparavant, le président serbe Aleksandar Vucic, en route pour Paris où il a rencontré en soirée Emmanuel Macron, avait accusé «des hooligans criminels» d’être responsables de ces violences. «Je vous ai promis que nous saurions protéger la paix et la stabilité, en dépit des attaques violentes de hooligans criminels qui nous choquent tous», avait-il déclaré dans l’avion l’emmenant à Paris.

Jeudi soir, l’énorme majorité des manifestants ont protesté assis sur la place devant le Parlement. Certains portaient des pancartes. «Restez assis» et «Vucic plus dangereux que le Covid-19», pouvait-on lire sur celles-ci.

«Violence à l’état pur»

Un petit groupe de jeunes hommes, de mouvances d’extrême droite, selon les médias sur place, a tenté à plusieurs reprises de provoquer des incidents avec la police, sans succès. Ils ont en fin de compte été chassés par les manifestants pacifiques.

Dans la soirée, le ministre de l'Intérieur, a précisé dans un communiqué: «comme tous les citoyens peuvent le constater, lorsque personne n’attaque la police (…) celle-ci n’a aucune raison d’intervenir».

Dans la nuit de mercredi à jeudi, il avait dénoncé une «violence à l’état pur» et fait état de 10 policiers blessés la veille. Des sources médicales, citées par la chaîne de télévision N1, ont pour leur part fait état de 19 policiers et 17 manifestants blessés.

Les manifestations, qui ont débuté mardi, ont éclaté après l’annonce par le président de la réintroduction d’un confinement total durant le week-end afin de lutter contre une résurgence de la pandémie.

Confinement abandonné

Le gouvernement a officiellement annoncé jeudi qu’il abandonnait l’idée du confinement, remplacé par d’autres restrictions: interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes – ce qui revient à interdire les manifestations -, horaires allégés pour les bars, magasins et autres commerces à Belgrade. La Première ministre Ana Brnabic a assuré que cette décision n’avait pas été dictée par les manifestations, ajoutant que des mesures plus douces seraient mieux acceptées par la population.

La Serbie compte plus de 17’000 cas de personnes infectées par le Covid-19 et au moins 340 personnes sont décédées, selon les chiffres officiels.

La grogne a gagné jeudi plusieurs villes de Serbie, Novi Sad (nord), Nis (sud) et Kragujevac (centre), Cacak (sud-ouest), Zrenjanin (nord-est) et Bor (est). Les manifestants reprochent aux autorités d’avoir favorisé une deuxième vague de l’épidémie en levant rapidement le confinement pour pouvoir organiser les élections du 21 juin largement remportées par le SNS.

Débordements

Mardi et mercredi, les manifestations ont donné lieu à des débordements. Des citoyens ont été battus par la police, mais aussi des journalistes, comme un journaliste de l’agence Beta passé à tabac par la police alors qu’il s’était identifié comme appartenant à la presse.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) s’est déclarée «extrêmement préoccupée par les violences contre les journalistes pendant les manifestations», dans un communiqué, ajoutant «qu’au moins 14 attaques contre les journalistes ont eu lieu».

Aleksandar Vucic a estimé, avant son départ à Paris, que les violences portaient préjudice à l’image de marque de la Serbie, au moment où doivent reprendre les négociations sur la normalisation de ses relations avec le Kosovo, son ex-province à majorité albanaise qui a proclamé son indépendance en 2008.

Le président serbe doit participer vendredi à un sommet en visioconférence avec notamment le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti, le président français et la chancelière Angela Merkel. L’objectif est de «relancer le dialogue» entre Belgrade et Pristina.

(AFP/NXP)

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