«SEVERANCE»: Marchands d'armes massacrés avec le sourire

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«SEVERANCE»Marchands d'armes massacrés avec le sourire

Après l'effrayant «Creep», Christopher Smith rajoute une couche de frousse avec «Severance». Le tout dans un humour grinçant.

Le réalisateur anglais n'a pas l'habitude de faire des films d'horreur pour simplement effrayer les nunuches en mal de sensation. Certes, un film d'horreur est une bonne occasion pour faire péter le trouillomètre des âmes sensibles.

Mais, derrière les litres d'hémoglobine, c'est aussi l'occasion de se moquer de certains imbéciles qui dominent le monde. Mais pas trop de raillerie quand même, parce que Christopher Smith n'a pas la prétention d'être philosophe.

Dans «Severance», ce sont les marchands d'armes qui en prennent pour leur grade. Plus précisément, une poignée de commerçants de la mort d'une même entreprise, Palisade Defence. Ils se retrouvent face à une troupe de soldats d'élite sanguinaires qui canardent sans donner de raisons. L'histoire ne dit pas si les armes utilisées par les tueurs ont été vendues par les marchands mis à mal.

Ces derniers n'ont tout simplement pas le temps de se poser la question. Car, à peine arrivés au milieu d'une forêt anonyme pour une partie pacifique de paint-ball entre collègues, ils doivent lutter pour sauver leur peau. Sous peine de tomber comme des mouches dans des souffrances atroces. Les têtes explosent, les jambes sont coupées, les ventres se vident de leur sang, les courses-poursuites sont exténuantes.

Smith s'amuse à tuer ses personnages. Ce d'autant plus qu'il saupoudre l'horreur gluant de «Severance» d'un nuage d'humour noir. Le cocktail fait grincer des dents. Parfois, le rire et la peur se mélangent sans crier gare. Dans tous les cas, le film arrache des larmes de plaisir.

RENCONTRE

Christopher Smith aime filmer le réveil après un long cauchemar

Le jeune réalisateur est tombé dans l'horreur par hasard. Son premier long métrage, «Creep» (2004), a trouvé son public dans les bacs de DVD. Ce film raconte la rencontre sanguinolente réussie dans le métro de Londres entre une jeune fille innocente et un médecin fou. La projection de «Severance» sur grand écran confirme cette maîtrise du genre.

– Pourquoi faire des films d'horreur?

– C'est un genre qui me permet de tout faire au cinéma. Certes, il y a des conventions. Mais elles peuvent être transgressées pour aller au-delà, très loin. Un film d'horreur, c'est de l'action immédiate. Il ne faut pas y réfléchir pendant une heure. C'est comme un cauchemar. Vous vous réveillez subitement et vous vous rendez compte que ce n'est pas la réalité. J'ai envie d'attraper ces moments de prises de conscience.

– Vous ne voulez pas seulement faire peur?

– Les thèmes sous-jacents sont toujours importants. Dans «Creep», l'idée est dire que la cruauté de Londres ne se trouve pas très loin de la ville, à quelques mètres de profondeur. Dans «Severance», je pointe le doigt sur les travers du pouvoir des multinationales. C'est un film anarchique. Je l'ai réalisé avec une totale liberté dans l'horreur et dans le rire.

– Quelles sont vos influences?

– Je ne m'attache pas à des courants de cinéma. Plutôt à des auteurs. Il y en a des plus classiques, comme Francis Ford Coppola («Le Parrain») ou Abbas Kiarostami. Mais aussi des réalisateurs d'horreur, comme Tobe Hooper («Massacre à la tronçonneuse») ou Alexandre Aja («Haute tension»).

(dbo)

De Christopher Smith, avec Danny Dyer, Laura Harris

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