Présidentielle en France: Marine le Pen écartée du scrutin?
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Présidentielle en FranceMarine le Pen écartée du scrutin?

Un forfait de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen lors de la présidentielle française, faute d'un nombre suffisant de parrainages d'élus, devient une hypothèse plausible.

Marine Le Pen clame depuis plusieurs semaines qu'elle rencontre les pires difficultés à rassembler les 500 signatures nécessaires.

Marine Le Pen clame depuis plusieurs semaines qu'elle rencontre les pires difficultés à rassembler les 500 signatures nécessaires.

Marine Le Pen, qui a hérité le Front national de son père Jean- Marie, est pour l'instant créditée de 16 à 20% d'intentions de vote contre environ 26% au président sortant, plombé par son bilan social et donné largement battu par le candidat socialiste François Hollande (34%).

Mais elle clame depuis plusieurs semaines qu'elle rencontre les pires difficultés à rassembler les 500 signatures d'élus (conseillers départementaux, maires) exigées par la loi pour valider sa candidature.

Elle a accusé mercredi le parti présidentiel, l'UMP, de faire pression sur ses élus pour qu'ils lui refusent leur parrainage, et a menacé M. Sarkozy d'une «vengeance» de ses électeurs aux élections législatives qui suivront la présidentielle au cas où elle ne pourrait se présenter.

«On ne prive pas impunément des millions de Français de la possibilité de se choisir un candidat», a-t-elle averti. Elle a déposé un recours devant le Conseil constitutionnel pour annuler la publicité des parrainages, et la haute juridiction doit rendre sa décision avant le 22 février.

Image trop sulfureuse

De nombreux responsables politiques estiment qu'une absence de Marine Le Pen au scrutin présidentiel serait un problème pour la démocratie.

Mais l'image sulfureuse que continue de véhiculer le Front national dissuade les élus de donner publiquement leur signature, malgré les efforts de Marine Le Pen pour s'affranchir d'une partie de l'héritage de son père, habitué aux provocations antisémites et racistes.

Marine Le Pen, qui se veut la représentante en France de la mouvance national-populiste européenne caractérisée par la méfiance envers l'intégration européenne, le rejet de l'immigration et l'hostilité à l'islam, ambitionne d'arriver devant M. Sarkozy au premier tour et de contraindre la droite à se déterminer par rapport à elle.

Même si Jean-Marie Le Pen se plaignait lui aussi avant chaque scrutin d'être victime d'ostracisme avant de remplir toutes les conditions, il semble que cette fois-ci le problème soit réel.

«Il y a une part de victimisation traditionnelle, mais les élus FN sont moins nombreux qu'ils ne l'étaient» en 2007, et pour les autres «la publicité des signatures n'aide pas», fait remarquer le politologue Jean-Yves Camus.

Positif pour Sarkozy

Selon le Front national, sa candidate ne disposerait que de 340 à 350 promesses de parrainages à un peu plus d'un mois de la date limite de dépôt des candidatures.

Un sondage publié dimanche, avec l'hypothèse d'une absence de Marine Le Pen au premier tour, donne pour la première fois Nicolas Sarkozy faisant jeu égal avec François Hollande. Un cas de figure plus favorable pour créer une dynamique avant le second tour.

Dans ce contexte, la dernière sortie du ministre de l'Intérieur Claude Guéant, un des plus proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, reprenant une thématique proche de celle de l'extrême droite, a été interprétée comme un appel du pied du parti présidentiel à l'électorat de Mme Le Pen. Coutumier de propos polémiques sur l'immigration et l'islam, il a déclaré samedi que «toutes les civilisations ne se valent pas».

Ces propos ont fait scandale dans un pays revendiquant une vision universaliste du monde et façonné par l'apport de générations d'immigrés. Mais ils ont été validés par Nicolas Sarkozy, qui les a jugés de «bon sens».

Une stratégie à double détente de la droite classique envers l'extrême droite - clins d'oeil à ses électeurs, barrage à la candidature de Mme Le Pen - trouverait toutefois ses limites, estiment les analystes.

«Dans leur majorité, les électeurs FN font un vote protestataire, antisystème», relève le chercheur Sylvain Crépon, spécialiste de l'extrême droite, beaucoup ne sont donc pas disposés à voter pour le président sortant. (ats)

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