France: Marine Le Pen joue son va-tout à Hénin-Beaumont
Actualisé

FranceMarine Le Pen joue son va-tout à Hénin-Beaumont

Ex-ville minière du Pas-de-Calais, Hénin-Beaumont est le théâtre de l'ambition de Marine Le Pen.

La fille de Jean-Marie espère ravir la mairie et en faire un lieu de reconquête pour le Front national (FN).

Mardi, la bataille électorale faisait rage dans cette ville de 26.000 habitants, où l'incarcération du maire socialiste sortant Gérard Dalongeville pour détournements et corruption a provoqué ce scrutin municipal partiel, les 28 juin et 5 juillet.

Les représentants de neuf listes arpentaient le marché bondé, à la rencontre d'une population que tous les candidats décrivent «en plein désarroi» et «écoeurée» depuis que le scandale a éclaté en avril dernier. «Les gens ont beaucoup de rancoeur et ont besoin de s'exprimer», reconnaît le candidat PS, Pierre Ferrari.

Sur le papier, les chances de Marine Le Pen, candidate en tandem avec Steeve Briois, sont minces si ses adversaires se rassemblent au second tour.

19% de chômage

Mais dans cette cité où le chômage frôle les 19% et où elle avait obtenu 28,83% des suffrages aux élections municipales de 2008, la vice-présidente du FN mise sur les fractures de la gauche, qui présente pas moins de cinq listes.

«Ce sont des bébés Dalongeville», ironise-t-elle en allusion au maire écroué, dont elle n'a cessé de dénoncer la gestion.

Cette affaire a offert une occasion de revanche inespérée à la vice-présidente du FN, qui note que le PS a perdu plus de dix points sur la ville lors des européennes et insiste sur les «ambitions et les vieilles haines recuites» de ses adversaires.

«Ils sont divisés, une vache n'y retrouverait pas ses petits», dit la fille du vieux dirigeant d'extrême droite Jean-Marie Le Pen, qui brigue sa succession au FN.

Gagnante en cas de triangulaire

Un sondage à paraître mercredi dans la presse locale donnerait Marine Le Pen gagnante en cas de triangulaire et au coude à coude dans l'hypothèse d'un duel avec l'une des deux principales listes de gauche, glisse-t-on dans son entourage.

La dirigeante du FN, 40 ans, doit toutefois compter sur la jeunesse de Pierre Ferrari, 27 ans, qui a réussi à imposer sa candidature au PS et à constituer, au-delà des querelles d'appareil, un front républicain allant du PCF au MoDem.

En outre, le divers-gauche Daniel Duquenne, à la tête de l'Alliance républicaine, pourrait créer la surprise en arrivant en seconde position. A cinq jours du premier tour, les échanges entre le FN et la gauche sont âpres.

Marine Le Pen souligne que Pierre Ferrari faisait partie de l'équipe sortante, même s'il s'est opposé à Gérard Dalongeville, et estime que ce «gamin n'a pas les épaules» pour redresser les comptes d'une ville qui a 30 millions d'euros de dettes et 12 millions d'euros de déficit.

»Ma tenue naturelle»

En costume cravate - «ma tenue naturelle», affirme-t-il - parmi les badauds du marché, le jeune homme rétorque que le FN a été incapable dans le passé de gérer ses propres municipalités d'Orange, de Toulon ou de Vitrolles «et encore moins son propre parti», actuellement criblé de dettes.

«En gérant bien la commune et étant honnête, on arrivera à mettre le FN dehors», prédit-il.

Non loin, Jean-Claude, un pompier volontaire portant un T-shirt frappé du slogan «on roule avec Ferrari» assure qu'une dynamique s'est créée en faveur du jeune socialiste.

Candidat UMP, Nesrédine Ramdani, 44 ans, fils de mineur et professeur d'histoire, reconnaît qu'au fil des années, le FN a «rencontré un écho parmi la population la plus fragile».

Il refuse cependant de croire qu'un électorat «pour le moins bigarré» puisse tomber dans le giron du Front national, qui pourrait ensuite essaimer dans tout le Pas-de-Calais.

Le FN Steeve Briois, qui se bat sur le terrain depuis 14 ans pour implanter le parti d'extrême droite dans la région, insiste sur le fait que les habitants se fient plus aux personnalités qu'aux étiquettes. Prudente, Marine le Pen reste braquée sur le premier tour: «Mon objectif, c'est d'arriver en tête avec une large avance. On verra ensuite».

(ats)

Ton opinion