Genève - «Massacre d’un homme pour un mobile futile»: 16 ans requis

Publié

Genève «Massacre d’un homme pour un mobile futile»: 16 ans requis

Le Ministère public a requis 16 ans de prison contre le jeune Roumain accusé de l’assassinat d’un sexagénaire à son domicile, lors d’un vol qui a mal tourné, en 2018.

par
Leïla Hussein
Les faits se sont produits au domicile de la victime, à la rue des Minoteries à Plainpalais, le matin du dimanche 4 mars 2018. 

Les faits se sont produits au domicile de la victime, à la rue des Minoteries à Plainpalais, le matin du dimanche 4 mars 2018.

Laurent Guiraud

«C’était une personne géniale. Il ne méritait pas ça», a confié, mardi au Tribunal criminel, la sœur cadette du sexagénaire, tué à son domicile lors d’un vol qui a dégénéré, en mars 2018. Quelques minutes plus tôt, la mère a également été entendue, à l’occasion de ce deuxième jour de procès. C’est une femme en pleurs qui, cachée derrière un paravent pour ne pas voir l’assassin présumé de son fils, a exprimé sa profonde tristesse.

«Des émotions, il en a»

Face au désarroi de la famille, le prévenu, un Roumain de 28 ans, est resté impassible. Ce manque de réactions ne reflète en rien son état d’esprit, a assuré la défense. «Des émotions, il en a, mais il peine à les montrer», a affirmé son avocat, Me Vincent Spira, qui a rappelé que la culpabilité de son client n’était pas contestée dans cette affaire.

Mais le Ministère public n’y croit pas. La procureure, Judith Levy Owczarczak, n’a constaté «aucun repentir sincère» et a dressé le «portrait d’un homme froid, qui ne regrette qu’une seule chose: avoir été identifié et arrêté». Elle a requis 16 ans de prison et 15 ans d’expulsion du territoire suisse pour meurtre avec la circonstance aggravante de l’assassinat et brigandage.

Un véritable massacre pour de l’argent

«C’était un véritable massacre pour de l’argent. Celui d’un homme faible, qui ne pouvait pas lutter», a-t-elle relevé, évoquant l’omniprésence de sang dans l’appartement «d’une victime méconnaissable», après avoir été tabassée à mort pour «un mobile futile». Elle a souligné que l’accusé, qui compte déjà trois condamnations à son actif, «a continué de s’acharner alors que le sexagénaire était maîtrisé. Il n’a rien fait pour éviter le risque de mort». Elle a insisté sur le fait que le jeune homme, dont le discours évoluait au fur et à mesure de l’enquête, n’était pas «un simple instrumentaliste, comme il veut le faire croire. Il a joué un rôle décisif».

L’avocate de ce dernier, Me Isabelle Seidler livre une version différente, affirmant qu’«il a suivi bêtement ce qu’on lui a dit, sans poser de questions. Il y a un manque cruel de discernement. Il n’a pas réfléchi.» A l’heure du jugement, «sa démarche est sincère. Il ne tente pas de minimiser. Il veut assumer ses torts.» Pourquoi se serait-il rendu en Hongrie sachant pertinemment qu’il s’y ferait arrêter si ce n’est pour se rendre?, a questionné son autre défenseur Me Spira. «Il voulait faire face à la justice.»

Un homme froid et méthodique

«Tout donne envie de vomir dans les agissements du prévenu», a déclaré l’avocat des plaignantes, Me David Millet. Il décrit un homme méthodique, maître de lui-même, qui a continué d’agir «malgré l’effroi de sa victime». Il en veut pour preuve le voyage de retour en Roumanie, organisé le jour du drame, par l’homme sur le banc des accusés. Mais aussi, son dernier geste avant de quitter les lieux du crime. «Il a trouvé le temps de se servir et de prendre un paquet de cigarettes. Ce n’est pas l’attitude de quelqu’un qui a peur ou qui est paniqué.» Il s’agissait d’une réaction mécanique, a plaidé Me Spira au nom de son client, «qui aujourd’hui encore n’arrive pas à expliquer ce geste».

Quid des conclusions des expertises psychologiques qui relèvent «une absence de remords et d’empathie», ainsi qu’un affect superficiel chez le presque trentenaire? Un examen établi il y a plus de 15 mois a regretté, la défense. Depuis, «il y a eu une prise de conscience largement entamée. Le temps est passé et il réalise aujourd’hui qu’il est effectivement responsable au même titre que les deux autres.»

«Ceux qui le veulent, me croiront. Je regrette»

Au terme du procès, une main sur la poitrine, le jeune Roumain a réitéré ses regrets, lui-même ayant perdu son père dans des circonstances similaires, selon ses dires. «J’ai ressenti dans mon cœur la même douleur que cette famille. Je ne l’oublierai jamais. Ceux qui le veulent, me croiront. Je regrette», a-t-il assuré, prononçant sa dernière phrase en français.

Les sept juges rendront leur verdict vendredi. Au civil, la mère et la sœur de la victime ont respectivement requis 40’000 et 20’000 francs d’indemnités pour tort moral.

Onze coups minimum

«Un nombre très élevé de coups ont été donnés au visage, onze au minimum», ont indiqué les médecins légistes, auditionnées dans la matinée. Un violent coup de pied aurait fait voler en éclats son dentier, projetant deux fragments au sol. Le bâillon, un pull fermement serré autour de la bouche du sexagénaire, a également joué «un rôle létal» dans la mort de la victime.

Ton opinion