Interview : Matt Dillon: «J'avais peur de me voir en serial killer»
Actualisé

Interview Matt Dillon: «J'avais peur de me voir en serial killer»

Nous avons interviewé le grand acteur américain à Lausanne. Il est revenu sur ses débuts de carrière, ses rôles et sa rencontre avec Bruno Ganz.

par
Marine Guillain
L'acteur de 55 ans a commencé sa carrière en 1979 et a joué dans plus de cinquante films depuis  lors.

L'acteur de 55 ans a commencé sa carrière en 1979 et a joué dans plus de cinquante films depuis lors.

MaG

Remarqué dans son école par des chercheurs de talents, Matt Dillon décroche à 14 ans le premier rôle de «Violences sur la ville». Il continue à jouer les bad boys dans «Outsiders» et «Rusty James», de Francis Ford Coppola, ou encore dans «Drugstore Cowboy», de Gus van Sant, projeté dimanche soir lors de la cérémonie de clôture des Rencontres 7e art à Lausanne. En 1998, le natif de New York fait des ravages dans la célèbre comédie «Mary à tout prix». Dans son dernier film, présenté à Cannes et sorti l'automne dernier en Suisse romande, il joue un tueur en série. Invité par l'acteur suisse Vincent Perez à venir parler de son travail dans la capitale olympique, le comédien de 55 ans s'est prêté au jeu des interviews.

Matt Dillon, vous avez commencé votre carrière à 14 ans. Étiez-vous assez âgé?

C'est une très bonne question. J'ai effectivement débuté très jeune et je ne m'étais pas entièrement développé en tant que personne. Mais j'ai beaucoup appris en travaillant. J'ai su très tôt ce que je voulais faire et c'était agréable. J'ai aussi dû apprendre à gérer la pression en permanence. Quand je revois ce que j'ai fait à l'époque, je me dis «Woow, j'aurais pu donner plus, faire mieux!»

Le cinéma a-t-il toujours été une évidence pour vous?

J'aimais regarder des films quand j'étais gamin bien sûr, sans avoir conscience du travail qu'il y avait derrière. À l'école j'étais un cancre, mais j'étais aussi un grand lecteur, ça me permettait de m'évader. Parfois, je séchais les cours pour aller à la bibliothèque... Je ne suis pas devenu un acteur pour être sur le devant de la scène, mais davantage pour refléter et transmettre une vérité. Ce qui est important pour moi dans un film, davantage que l'histoire, c'est l'atmosphère et la véracité des personnages.

«J'aurais pu devenir journaliste d'investigation»

L’acteur américain Matt Dillon était de passage à Lausanne à l’occasion des Rencontres du 7e Art.

Vous avez souvent joué des rôles de mauvais garçons lorsque vous étiez plus jeune, comme dans «Violence sur la ville», «Rusty James» ou «Drugstore Cowboy». Aujourd'hui, gardez-vous votre côté rebelle?

Je ne les vois pas vraiment comme des mauvais garçons, ce sont juste de vraies personnes. Par contre, mes personnages sont souvent en conflit, avec leurs démons et leurs problèmes à résoudre. La vie est ainsi, c'est pour ça que les fissures m'intéressent autant. J'essaie de trouver l'humanité dans chaque personnage.

Même dans celui d'un tueur en série (ndlr: Matt Dillon en joue un dans son dernier film réalisé par Lars Von Trier, «The House that Jack Built»)?

En tant qu'acteur, vous ne pouvez pas jouer un personnage si vous le jugez. Vous devez l'embrasser. C'est quelque chose dont j'ai beaucoup discuté avec Lars von Trier, car là c'était un rôle vraiment difficile. C'était un long métrage comme aucun autre, avec une vraie prise de risques.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez vu le film?

J'avais très peur de me voir et de rejeter mon interprétation de Jack. J'ai essayé d'y échapper, mais Lars m'a forcé à le voir. On a regardé le film juste les deux, un matin à 9h. Quand je l'ai vu je me suis dit: «Ok, là c'est Jack, ce n'est pas moi.»

Vous partagez l'affiche de «The House that Jack Built» avec Bruno Ganz...

Oui, d'ailleurs il connaissait mon appréhension et il m'avait dit: «Regarde le film, tu verras, c'est superbe et tu seras fier de toi.» J'ai toujours été fasciné par cet homme, il manquera au monde.

Comment avez-vous rencontré Vincent Perez?

Il m'a contacté pour cet événement.

Et pourquoi avez-vous accepté?

Car Vincent Perez invite des personnes très intéressantes. Le cœur du festival, c'est le cinéma lui-même, et non pas le business et la vente de films. Je suis honoré d'être ici. J'ai une longue expérience à partager. Je n'ai pas connu que des succès, mais j'ai beaucoup à offrir.

«La différence entre le cinéma américain et européen? La durée des journées de travail! Sur le tournage de «The House that Jack Built», je disais à Lars Von Trier: «Mais tu es sûr que je peux rentrer chez moi?». Aux États-Unis, on fait facilement 14 heures de tournage par jour.» (, lors d'une conversation avec le public)

«La différence entre le cinéma américain et européen? La durée des journées de travail! Sur le tournage de «The House that Jack Built», je disais à Lars Von Trier: «Mais tu es sûr que je peux rentrer chez moi?». Aux États-Unis, on fait facilement 14 heures de tournage par jour.» (, lors d'une conversation avec le public)

Filmographie express

1979: «Violences sur la ville» de Jonathan Kaplan

1983 : «Rusty James» de Francis Ford Coppola

1989 : «Drugstore Cowboy» de Gus van Sant

1998 : «Mary à tout prix» de Bobby et Peter Farrelly

2004 : «Collision» de Paul Haggis

2018 : «The House that Jack Built» de Lars von Trier (photo)

Ton opinion