Genève: Maudet: «Je ne suis pas quelqu’un sous influence»
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GenèveMaudet: «Je ne suis pas quelqu’un sous influence»

Le procès de Pierre Maudet et de quatre coaccusés s’est poursuivi mardi avec l’audition du conseiller d’Etat. Il a réfuté l’accusation d’acceptation d’avantages.

par
Léonard Boissonnas
Pierre Maudet a donné sa version des faits, mardi, au deuxième jour de son procès et de celui de quatre autres coprévenus.

Pierre Maudet a donné sa version des faits, mardi, au deuxième jour de son procès et de celui de quatre autres coprévenus.

20min/Marvin Ancian

«Ce n’est évidemment pas anodin de me retrouver devant vous, Madame la Présidente, en tant que magistrat», a déclaré Pierre Maudet, mardi à l’entame de son audition devant le Tribunal de police. Une audition que le conseiller d’Etat démissionnaire, prévenu d’acceptation d’avantages, a dit attendre «avec impatience et appréhension», après «trois ans de calvaire, dont je suis en large partie responsable». Visiblement très concentré, Pierre Maudet a tenu à répondre debout. Il a contesté l’accusation.

Un «honneur pour moi et le Canton»

Sur son voyage à Abu Dhabi en novembre 2015, dont les frais ont été pris en charge par la famille royale, le ministre a déclaré avoir «accepté une invitation officielle qui représentait un honneur pour moi et le Canton». Il a expliqué que l’origine de ce séjour remontait à un précédent déplacement, au printemps 2015, à Dubaï, dans le cadre d’une mission économique «réussie». L’existence du Grand Prix de F1 d’Abu Dhabi et son importance pour les émirats lui ont été rapportées à ce moment-là, lors d’une discussion informelle avec le ministre de la Sécurité d’Abu Dhabi. Pierre Maudet a dit y avoir vu l’occasion de poursuivre ce qui avait été entrepris à Dubaï et de faire notamment revenir les touristes émiriens à Genève, entre autres. Il a indiqué en avoir parlé à la délégation genevoise, dont faisaient partie ses coprévenus, Antoine Daher et Magid Khoury. C’est ce dernier qui lui alors parlé de ses liens avec la famille royale et de la possibilité d’une invitation officielle.

Malaise

Selon le conseiller d’Etat, si le déplacement avait été aussi conçu comme des vacances en famille, avec une «prépondérance privée, mais aussi une part officielle», il a peu à peu compris la prépondérance de la partie officielle pour accéder au Grand Prix. «La difficulté pour moi, et la gêne, était de conjuguer cette dimension public-privé», a relaté le magistrat, qui a dit avoir voulu au départ payer lui-même les frais de sa famille. Mais, à l’approche du voyage, il a compris qu’il s’agissait d’un «package». S’il a finalement accepté, c’est que la gêne «ne concernait que moi-même» et les Emirats arabes unis étaient un objectif important. «J’ai considéré que c’était mon rôle d’y aller.»

Mensonge «stupide et fautif»

S’il a menti dans un premier temps sur le caractère officiel de sa visite, affirmant qu’elle était privée, une «réaction stupide» et fautive, c’était dans le but de ne pas exposer ses proches: «J’ai voulu protéger ma famille, mais c’est le contraire qui s’est produit.» Si les interventions d’Antoine Daher et de Magid Khoury ont «dû jouer» dans l’organisation de ce voyage, leur rôle «n’était pas déterminant»: «Si je n’avais pas réussi cette année-là, je n’aurais pas lâché le morceauPierre Maudet n’a vu aucun risque de se voir influencer par les deux hommes d’affaires: «Je ne leur étais pas redevable et je ne crois pas être quelqu’un sous influence.»

«Revirement à 180°»

Le Premier procureur, Stéphane Grodecki, s’est étonné d’un «revirement à 180°» par rapport aux déclarations de Pierre Maudet durant l’instruction, où l’aspect de villégiature du voyage avait été mis en avant, «puis aujourd’hui c’est pour l’honneur de Genève, comment expliquez-vous cette différence?» «Il n’y en a pas, je l’ai dit, a rétorqué Pierre Maudet. Je le redis aujourd’hui, la part privée était importante, mais la part publique aussi.» Alors, s’il n’y a aucun problème, a répliqué le Premier procureur, pourquoi avoir versé 4000 francs aux églises? «J’avais prévu un budget pour ma famille, argent qui n’a pas été utilisé», a répondu le conseiller d’Etat, qui a réfuté le caractère expiatoire de ce don.

Pas redevable

Concernant le sondage électoral d’un coût de 34’000 francs en 2017, financé par des sociétés de Magid Khoury via Antoine Daher, Pierre Maudet a là aussi contesté la charge d’acceptation d’un avantage: «C’est un financement de campagne ordinaire», a-t-il fait valoir. Si la somme n’était pas usuelle, le soutien ciblé à un candidat l’était en revanche, a exposé Pierre Maudet. Le magistrat a d’ailleurs expliqué qu’il ne se sentait pas redevable vis-à-vis des donateurs: «J’ai pour principe d’appliquer la politique pour laquelle je suis élu, indépendamment des donateurs, ils le savent.»

Aucun passe-droit

Entendu dans l’après-midi, l’homme d’affaires Magid Khoury, prévenu d’octroi d’avantages pour le voyage à Abu Dhabi et le sondage électoral, a déclaré contester «toutes les accusations vigoureusement.» Il a raconté qu’après le voyage à Dubaï, «il était logique que Monsieur Maudet continue sa prospection». Le promoteur immobilier a expliqué avoir demandé de lui-même à son oncle, résidant sur place, s’il était possible d’inscrire le conseiller d’Etat sur la liste des invités du Grand Prix. Mais son intervention pour le voyage s’est arrêtée là, a assuré Magid Khoury. Jamais il n’a agi dans le but de réseauter ni d’obtenir des passe-droit. S’il a contacté Pierre Maudet à différentes reprises, c’est qu’il l’a fait aussi avec d’autres conseillers d’Etat comme Mauro Poggia ou Antonio Hodgers, consultés au sujet de projets pour Genève, a encore relaté Magid Khoury. Quant au sondage, il dit avoir donné son accord pour en financer une partie (15’000 francs), ce n’est qu’après coup qu’il a découvert qu’Antoine Daher avait couvert la somme totale de 34’000 francs.

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