Genève: Maudet réélu, «la crise institutionnelle continuera»
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GenèveMaudet réélu, «la crise institutionnelle continuera»

Selon le monde politique et économique, les mensonges du passé et la confiance brisée pèseront lourd en cas de réélection du conseiller d’État démissionnaire.

par
David Ramseyer
Pierre Maudet saura le 28 mars prochain s’il conserve son siège au Gouvernement genevois.

Pierre Maudet saura le 28 mars prochain s’il conserve son siège au Gouvernement genevois.

Tamedia Publications Romandes

Les collaborations seront «extrêmement difficiles», les relations «problématiques», avec des «blocages» à la clé, le tout dans une ambiance délétère… Au Parlement, au gouvernement ou au sein de l’Administration cantonale, beaucoup s’attendent à des moments difficiles pour la bonne marche des institutions, dans l’éventualité d’une réélection au Conseil d’État de Pierre Maudet, le 28 mars prochain. Ce dernier, démissionnaire et candidat à sa propre succession, a réalisé un excellent score dimanche au premier tour.

Députés trompés

Avec l’affaire de son voyage à Abu Dhabi, pour laquelle le magistrat a récemment été reconnu coupable en 1re instance d’acceptation d’un avantage (ndlr: Pierre Maudet a fait appel du jugement), «la confiance est brisée, suite notamment à ses mensonges à la commission de gestion du Grand Conseil, appuie Yvan Zweifel, chef du groupe PLR. Et ce n’est pas une réélection qui la rétablira dans l’immédiat.» Un avis partagé tous bords politiques confondus.

«Plusieurs groupes parlementaires, dont le nôtre, ne veulent plus entendre parler de Pierre Maudet, confirme Jacques Blondin, qui mène la députation PDC. La population attend du Grand Conseil qu’il fasse sa part de travail pour sortir notamment de la situation actuelle liée au Covid. Il ne faut plus de blocages, et ça sera difficile avec Pierre Maudet.» Cheffe du groupe socialiste, Caroline Marti acquiesce: «Si Pierre Maudet est réélu, on va rester dans une situation de crise institutionnelle avec un ministre qui a menti et perdu la confiance du Conseil d’État, ainsi que du Parlement. Les tensions vont persister, alors même que nous avons besoin d’apaisement et de tourner la page.»

Fonctionnement du Conseil d’État en question

Les rapports entre Pierre Maudet et les députés seront d’autant plus compliqués que «ses relais traditionnels à droite sont désormais ténus», relève pour sa part Jean Burgermeister, à la tête des élus d’Ensemble à Gauche. De son côté, son homologue MCG Sandro Pistis insiste: «Si le peuple veut que nous travaillions avec Pierre Maudet, nous le ferons comme avec n’importe quel autre conseiller d’État.» Le chef de groupe des Verts, Pierre Eckert estime, lui, que «depuis trois ans, on ne l’a pas vu, on n’a eu aucune interaction avec lui». Il relève aussi la «mésentente» entre le magistrat et le Conseil d’État. Idem pour Christo Ivanov, à la tête de la députation UDC: «Le problème se situera davantage au niveau de la collégialité du gouvernement que dans la relation entre Pierre Maudet et le Grand Conseil. On aura une crise institutionnelle et des blocages.»

De son côté, le monde économique reste dans l’expectative, à l’instar de la Fédération des entreprises romandes-Genève (FER) et de son directeur général, Blaise Matthey: «Il n’y a pas d’hostilité de notre part à l’encontre de Pierre Maudet. Ce sera à lui de décider comment il fonctionnera avec des tiers, tels que nous. Reste que ses relations avec le Conseil d’État et le Parlement sont difficiles; et il est essentiel pour la FER que les institutions fonctionnent.»

Craintes au sommet

Le Conseil d’État n’entend pas s’exprimer, alors que des élections sont en cours. Cela dit, dans les hautes sphères du Canton, la perspective d’un retour aux affaires de Pierre Maudet n’enchante visiblement personne. Beaucoup s’inquiètent d’une future collaboration pénible, lourdement affectée par l’absence de lien de confiance avec le magistrat indépendant, au sein du collège gouvernemental, comme avec plusieurs services de l’État. Dans un soupir appuyé, un membre de l’Exécutif tente de relativiser: «Nous travaillerons ensemble, même s’il a été déloyal; on a l’habitude, maintenant…»

Quelles prérogatives pour Maudet?

Si le conseiller d’État démissionnaire est réélu, il retrouvera un département plein. Mais avec quels dicastères? Reprendre la Sécurité semble irréaliste, vu ses relations avec la police et le Ministère public. «Il serait incompréhensible que l’on se retrouve à devoir obéir à quelqu’un qui a été condamné pénalement en 1re instance et qui a menti aux institutions», appuie Marc Baudat, président du puissant syndicat des gendarmes (UPCP). Et récupérer à terme le Développement économique? Les conclusions du rapport indépendant sur la gestion RH du magistrat, dévoilées ce mercredi, rendent la chose très peu vraisemblable. Peut-être d’autres pans de l’économie, dont bien des acteurs relèvent les succès de Pierre Maudet et les liens forts tissés avec lui? En réalité, il est impossible pour l’heure de pronostiquer quelles seront les prérogatives du magistrat s’il était réélu. Réponse après le 28 mars.

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1169 commentaires
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Gainsbourg et des petites commissions

11.03.2021, 23:59

Du béton du béton toujours du béton

J aime les beaux mecs

11.03.2021, 23:55

C'est vrai que c'est un beau garçon mais à choisir je préfère Di Caprio

Mouton bêlant

11.03.2021, 23:52

S'il était toujours parmi nous j'aurais voté Al Capone