Refus du Gripen: Maurer: «C'est une défaite personnelle»
Actualisé

Refus du GripenMaurer: «C'est une défaite personnelle»

Le ministre de la défense Ueli Maurer a encaissé une sévère défaite. L'achat de 22 avions de combat suédois pour 3,126 milliards de francs a été rejeté par 53,4% des votants.

L'achat de 22 avions de combat suédois pour 3,126 milliards de francs a été rejeté dimanche par 53,4% des votants. Douze cantons ont refusé la création d'un fonds pour cette acquisition. Le «non» a surtout été fort en Suisse romande.

Les efforts menés en fin de campagne par les partisans du jet, le ministre de la défense Ueli Maurer en tête, n'ont pas empêché l'échec prédit par les sondages. La droite n'a pas réussi à faire de ce scrutin un vote de principe sur l'armée. Ni à convaincre, au nom de la sécurité, de la nécessité de compléter la flotte de 32 FA-18 après la mise au rebut des 54 vieux Tiger.

Remous et gaffes

Seuls un peu plus de 1,344 million de votants ont déposé un «oui» dans l'urne. Les remous à répétition qui entourent cet achat depuis le début, la polémique sur le choix de l'avion suédois au détriment du Rafale et de l'Eurofighter et les gaffes d'Ueli Maurer n'ont fait qu'apporter de l'eau au moulin des opposants.

Ceux-ci ont ratissé de la gauche jusque dans les rangs bourgeois, notamment vert'libéraux. Ils n'ont eu aucun mal à faire valoir qu'il n'y avait aucun besoin de dépenser autant d'argent pour une acquisition qui n'est de loin pas prioritaire pour l'armée. Près de 1,543 millions de votants les ont suivis.

Bien moins de soutien qu'au FA-18

On est loin des 57,2% qui avaient plébiscité le FA-18 en 1993. La liste des cantons où une majorité s'est dégagée contre les avions de combat s'est nettement allongée. Ils n'étaient que cinq (BS,BL,TI,GE,JU) il y a 21 ans. Sept autres sont venus s'ajouter ce dimanche. La Suisse romande a voté cette fois en bloc.

La palme du refus revient une nouvelle fois au Jura, avec 74,3% des voix. Suivent Neuchâtel (69,1%), Genève (67,8%) et Bâle-Ville (67,7%). Le rejet atteint 59,4% à Fribourg, 65,1% dans le canton de Vaud et 61,9% en Valais.

Le Jura bernois dit «non» à 66,2%, beaucoup plus clairement que l'ensemble du canton (50,9%). Parmi les opposants, on retrouve aussi Schaffhouse, Bâle-Campagne et Zurich. Ils ont contribué à faire pencher la balance.

La grande majorité des cantons alémaniques se retrouvent en effet dans le camp du «oui». Le soutien le plus fort au jet suédois est venu de Suisse centrale. Nidwald, canton des usines Pilatus, a accepté l'achat par 68,2%, Obwald par 63,8%, Uri par 62,4% et Schwyz par 61,5%. Le oui est en revanche très timide à Soleure, en Appenzell Rhodes-extérieures, à Saint-Gall et dans les Grisons.

«Le «non» à l'achat de 22 avions de combat est une défaite pour le Conseil fédéral et le Parlement. Pour moi aussi», a reconnu le ministre de la défense Ueli Maurer. Le conseiller fédéral n'entend pas tirer sa révérence pour autant.

«Je peux très bien vivre avec» le résultat de dimanche. «Dans ma vie, j'ai vécu plus de défaites que de victoires», a commenté le ministre qui continue d'affirmer que le Département fédéral de la défense est son dicastère préféré.

Décisions à prendre

Ueli Maurer est resté très vague sur la tournure que vont prendre les évènements. Il y aura une lacune dans la sécurité aérienne. Il faudra plutôt davantage que moins de moyens. Mais tout est ouvert.

Le Gripen n'est pas définitivement abandonné. Selon le conseiller fédéral, la location de jets suédois n'avait pourtant de sens que liée à l'achat du même avion. Une acquisition d'avions de combat avant le remplacement des FA-18 n'est pas exclue.

La ministre de la défense est aussi resté flou sur l'utilisation des 300 millions de francs par an destinés au Gripen. L'armée ne demandera pas autant pour ses prochains achats. Quant à savoir si le surplus doit être affecté à d'autres domaines, il faudra que le Parlement et le Conseil fédéral tranchent. «Il y aura encore des discussions animées.»

Ce vote ne va pas faciliter le recrutement de nouveaux pilotes pour assurer la surveillance de l'espace aérien 24 sur 24 heures.

Divergences

Pour Ueli Maurer, le scrutin de dimanche n'était pas un vote pour ou contre l'armée. Il y a de grandes différences d'appréciation entre les cantons et au sein des cantons sur la politique de sécurité. Une analyse approfondie devra être menée par le Conseil fédéral, avec le Parlement. (ats)

Premier échec de Maurer

Avec le rejet de l'avion de combat Gripen, le conseiller fédéral Ueli Maurer enregistre sa première défaite devant le peuple depuis son entrée en fonction il y a un peu plus de cinq ans.

Mais, depuis 2009, il est sorti victorieux sur deux objets militaires controversés.

En novembre 2009, par 68,2% des voix et la totalité des cantons, la Suisse avaient nettement dit non à l'initiative qui voulait interdire l'exportation de matériel de guerre.

Ueli Maurer a pu fêter une autre et nette victoire en septembre 2013. L'initiative du GSsA «Oui à l'abrogation du service militaire obligatoire» a passé à la trappe par 73,2% des voix et avec l'appui de tous les cantons.

Réaction des partis

Le refus des Suisses d'acheter le Gripen pour remplacer la flotte vieillissante des Tiger inquiète la droite.

La sécurité de la Suisse est en jeu. Pour la gauche en revanche, le peuple a clairement dit non à un engagement financier trop lourd. La bataille sur le maintien du budget de l'armée à 5 milliards de francs est relancée.

L'UDC se dit inquiète de la décision du peuple contre l'achat de nouveaux avions pour remplacer la vieille flotte des Tiger. Il s'agit désormais selon le parti conservateur d'exploiter pleinement le budget annuel de 5 milliards de francs pour assurer la défense nationale et garantir une armée performante. Le contexte international a montré la nécessité de cet investissement.

Même inquiétude du PBD pour qui la Suisse a besoin d'une protection aérienne efficace. Le «non» ne doit en aucun cas être interprété comme un signe supplémentaire en faveur d'une réduction des prestations de l'armée.

Pour le PLR, le «non» au Gripen place l'armée suisse devant un énorme défi. La campagne a escamoté le débat sur les questions de sécurité et la nécessité d'une armée de l'air forte. Il s'agit dès lors d'entamer un nouveau processus d'évaluation objectif afin de garantir la sécurité future. Le résultat de dimanche n'est pas à interpréter comme une défiance envers l'armée mais bien plus comme un avertissement sur le mode d'achat de l'avion.

Baisse de la sécurité

Le refus de l'achat du Gripen revient à une baisse de la sécurité, estime pour sa part le PDC. Mais le verdict du peuple doit être accepté. La discussion sur le remplacement des F5 Tiger est désormais close et il faut reconsidérer la question dans le contexte du remplacement des FA-18.

Pour les démocrates-chrétiens, le résultat ne doit pas avoir d'effets sur le budget de l'armée. Les 5 milliards de francs annuels ne seront que plus nécessaires après cette votation. Les fonds supplémentaires consentis pourraient servir à une surveillance aérienne 24 heures sur 24.

300 millions libérés

«La raison financière l'a emporté aujourd'hui», estime au contraire le Parti socialiste. Le peuple a refusé le Gripen, que ce soit à l'achat ou sous forme de location. Pour les socialistes , le budget de l'armée doit revenir à 4,7 milliards de francs au lieu des 5 milliards décidés par le Parlement en vue de l'achat du jet suédois.

Le peuple ne s'est pas laissé entraîner par l'alarmisme de la droite, se félicitent également les Verts. Il faut désormais consacrer les 300 millions de francs ainsi libérés à des projets sociaux, écologiques et dans le domaine de la paix.

Les socialistes demandent eux que le chef du Département fédéral de la défense (DDPS) entame un processus pour une réforme en profondeur et une modernisation de l'armée. Il est temps que l'armée s'oriente vers les menaces du XXIe siècle.

Les arguments financiers des opposants ont été prépondérants, constatent les Evangéliques qui avaient donné la liberté de vote.

Ton opinion