Avions de combat : Maurer: «J'étais au courant du rapport négatif»
Actualisé

Avions de combat Maurer: «J'étais au courant du rapport négatif»

Mis fortement sous pression, Ueli Maurer s'est expliqué mardi devant la presse sur l'achat de nouveaux avions de combat.

Le Gripen reste l'avion optimal de l'armée suisse, selon Ueli Maurer. Sous pression, le ministre de la défense a mardi défendu le choix de l'engin suédois, assurant qu'il répond aux standards voulus et que la procédure était transparente. Et d'évoquer une manoeuvre de déstabilisation.

La polémique a rebondi dimanche avec la publication par la presse de rapports d'évaluation confidentiels notant très mal le Gripen. Il s'agit de documents partiels, datant de quatre ans et sans importance majeure, a critiqué le conseiller fédéral.

Et de revenir sur les propos rapportés par ses services selon lesquels il n'avait pas connaissance de ces rapports. Il pensait à tort qu'ils étaient nouveaux. «Mais je me suis trompé».

Déstabilisation

Le conseiller fédéral a évoqué plusieurs sources probables à la distillation d'informations polémiques. Certains ne veulent pas d'un nouvel avion de combat, des gens «chez nous» sont déçus par le choix du Gripen - au lieu du Rafale français ou de l'Eurofighter européen - et il est possible que les fabricants écartés fassent du lobbyisme, a déclaré Ueli Maurer.

Et le ministre de la défense d'affirmer que la sous-commission parlementaire qui doit faire la lumière sur la procédure d'évaluation lui donnera raison. Elle aura accès à tous les documents voulus mais ceux-ci ne seront pas publiés car ils contiennent des informations secrètes. Le Ministère public a d'ailleurs ouvert une enquête pour violation du secret militaire.

Transparence

Flanqué des hauts cadres de l'armée, Ueli Maurer a assuré que Conseil fédéral avait opté pour le Gripen en toute connaissance de cause et disposait de toutes les données nécessaires, techniques et financières. Ce résultat est le fruit d'une évaluation détaillée et transparente conduite sur plusieurs années.

Les Forces aériennes et armasuisse ont établi leurs propres évaluations puis les ont rassemblées dans des rapports de synthèse. Les notes attribuées aux Gripen ne sont de loin pas aussi mauvaises que celles figurant dans les rapports dévoilés par la presse. Avec au final un 6,36 sur 9. «Il n'y a pas eu de manipulation», selon le ministre de la défense.

Vieux et nouveau modèle

Les mauvais résultats concernaient la version C/D du Gripen alors qu'il est désormais question d'acquérir le modèle E/F. Saab, tout comme les autres fabricants, a revu son offre entre 2009 et 2011. Le fait que le dernier modèle ne soit pas encore commercialisé ne gêne pas le ministre de la défense. Et de tenter la comparaison avec une BMW. «On peut savoir quelle sera la nouvelle variante sur la base de l'actuelle».

Egalement critiqué, le chef des Forces aériennes Markus Gygax, qui avait signé les rapports publiés dimanche, a lui aussi affirmé que le modèle E/F répond aux exigences formulées, aussi pour la protection de l'espace aérien, comme le Rafale ou l'Eurofighter.

La capacité d'accélération de l'avion, jugée au départ importante, a ensuite moins été prise en compte, a-t-il expliqué. Les engins disposent en effet désormais de censeurs qui permettent de détecter leur objectif.

Le Gripen est un appareil «orienté vers le futur qui pourra assurer la sécurité de la Suisse pendant des dizaines d'années», a-t- il affirmé. Et de souligner que des avions suédois ont servi dans les missions contre la Libye, sont utilisés pour surveiller l'espace aérien dans la Baltique, et que les Tchèques et les Hongrois y recourent.

Votation en vue

Le chef de l'armée André Blattmann a quant à lui tenu à préciser que la direction de l'armée se rangeait comme un seul homme derrière le choix du Conseil fédéral. On ne doit pas faire comme si nous avions besoin d'une Ferrari. Il est dans la tradition suisse de ne pas dépenser davantage d'argent que l'on a, a-t-il plaidé.

Le Conseil fédéral a décidé le 30 novembre d'acquérir 22 Gripen pour 3,1 milliard de francs. L'offre est en cours d'optimisation avec la Suède pour savoir entre autres quelles économies sont possibles. Le gouvernement devrait soumettre une demande de crédit fin juin au Parlement dans le cadre du programme d'armement.

Jeu encore ouvert

Parallèlement, les Chambres pourront se prononcer sur le programme d'économie de 800 millions de francs par an nécessaire pour augmenter le budget militaire à 5 milliards. Une votation sur ces coupes pourrait intervenir en 2013. Tant que la décision finale n'est pas tombée, le français Dassault et le consortium EADS peuvent continuer de présenter des offres, selon Ueli Maurer.

Après que le constructeur des Rafales se soit tourné avec des nouvelles propositions vers les commissions parlementaires, le ministre de la défense lui a demandé de lui présenter une offre concrète. (ats/afp)

Ton opinion