Actualisé

Affaire KadhafiMax Göldi écrit à Seif al-Islam

Malgré les espoirs suscités il y a un mois par l'UE pour dénouer la crise entre la Libye et la Suisse, le sort de Max Göldi n'a pas changé.

Le Suisse est toujours détenu dans une cellule sans fenêtre.

Le Suisse est toujours détenu dans une cellule sans fenêtre.

«Max Göldi se porte bien compte tenu des circonstances», a indiqué mardi Daniel Graf, porte-parole d'Amnesty International. L'employé d'ABB est autorisé à sortir une heure chaque jour dans la cour de la prison pour prendre l'air.

Le Suisse aura purgé jeudi deux mois de prison, soit la moitié de sa peine, et se trouve toujours dans une cellule sans fenêtre.

Max Göldi reçoit par ailleurs des visites quasi quotidiennes des représentants de l'ambassade de Suisse à Tripoli ou de son avocat Salah Zahaf. Sa famille est informée régulièrement de sa situation, poursuit M. Graf, précisant qu'il n'y a pas de soucis à se faire pour sa santé.

Questions ouvertes

Amnesty souligne toutefois qu'il n'y a aucun signe d'une libération prochaine ou pour savoir si les dix jours que le Suisse a passés en détention préventive seront déduits. Max Göldi est en prison depuis le 22 février et n'a pas pu quitter le territoire libyen depuis près de deux ans.

Il est à craindre que l'homme d'affaires purge l'entier de sa peine et ne puisse sortir de prison qu'en juin, affirme Daniel Graf. Il n'est en outre pas clair s'il pourra rentrer en Suisse aussitôt après sa libération.

Amnesty International ne dispose pas non plus d'informations sur le recours déposé le 10 mars par Max Göldi à la Cour suprême contre sa peine de prison. L'ONG ignore aussi si la demande d'une réduction de peine ou d'une grâce a déjà été traitée.

Médiation de l'UE pas claire

Pour AI, il n'est pas non plus clair si la médiation européenne a permis de se rapprocher d'une solution. L'Espagne, qui assure la présidence de l'UE, et l'Allemagne s'étaient fortement impliquées dans l'affaire Kadhafi.

Selon Amnesty International, Max Göldi se serait rendu à la justice libyenne après l'assurance donnée par l'UE d'une libération rapide. Après l'accord entre l'UE et la Libye sur les visas Schengen, Madrid et Berlin s'étaient engagées en ce sens.

Max Göldi, arrêté le 19 juillet 2008 à Tripoli, est une victime colatérale de la crise née de l'interpellation de Hannibal Kadhafi et sa femme à Genève. Un autre Suisse, Rachid Hamdani, arrêté le même jour que M. Göldi, a été blanchi de toute charge et a pu quitter la Libye le 23 février dernier. Tous deux ont été accusés de violation des lois sur l'immigration et activités commerciales.

Lettre de Göldi

Max Göldi lance un appel à Seif al-Islam, l'un des fils du colonel libyen Mouammar Kadhafi. Dans une lettre publiée mardi soir sur le site Internet du quotidien «Oea», le Suisse détenu en Libye demande d'être considéré comme un «prisonnier d'opinion» et de pouvoir rentrer en Suisse.

M. Göldi, en prison depuis deux mois près de Tripoli, demande à Seif al-Islam d'«intervenir immédiatement», dans cette lettre citée par l'agence de presse ANSA. Le quotidien «Oea» est proche de Seif al-Islam.

Max Göldi est en prison depuis le 22 février et n'a pas pu quitter le territoire libyen depuis près de deux ans. (ats)

Chronologie

Max Göldi aura purgé jeudi en Libye la moitié de sa peine, après deux mois de prison. Le Suisse n'a plus quitté le pays depuis bientôt deux ans en raison de la crise entre Berne et Tripoli qui a démarré le 15 juillet 2008 à Genève. Rappel des faits:

19 juillet 2008: quatre jours après l'arrestation de Hannibal Kadhafi et sa femme à Genève, deux ressortissants suisses, Max Göldi et Rachid Hamdani, sont arrêtés en Libye. Tripoli leur reproche notamment des infractions aux lois sur l'immigration et le séjour.

21 juillet 2008: les deux Suisses sont libérés sous caution, mais ne peuvent pas quitter la Libye. Ils résident à l'ambassade de Suisse à Tripoli.

Eté 2009: les efforts diplomatiques échouent à faire libérer les deux Suisses.

20 août 2009: le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz présente ses excuses au gouvernement libyen pour l'arrestation d'Hannibal Kadhafi et signe un accord pour rétablir les relations bilatérales, mais ces deux initiatives ne suffisent pas à faire libérer Göldi et Hamdani.

18 septembre 2009: les deux otages suisses sont emmenés dans un lieu tenu secret.

4 novembre 2009: le Conseil fédéral suspend l'accord passé avec la Libye le 20 août. La Suisse établit une liste de 150 personnalités libyennes exclues de l'esapce de Schengen.

9 novembre 2009: les deux otages suisses sont reconduits à l'ambassade de Suisse à Tripoli, sans mention d'aucun motif. Berne estime que les deux Suisses ont été «kidnappés».

1er décembre 2009: Max Göldi et Rachid Hamdani sont condamnés à 16 mois de prison ferme et à une amende de 2000 dinars libyens chacun (environ 1600 francs) pour «violation des règles sur les visas».

8 décembre 2009: la Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Navi Pillay demande la libération des deux Suisses .

Décembre 2009: Amnesty International lance une campagne de solidarité avec les deux otages.

31 janvier - 11 février 2010: Rachid Hamdani est blanchi de toutes les charges qui pesaient sur lui. Max Göldi en revanche écope d'une amende de 860 francs et d'une peine de prison réduite à 4mois de prison.

22 février 2010: Peu avant l'expiration d'un ultimatum, Max Göldi quitte l'ambassade de Suisse et se laisse emmener en prison par la police libyenne. Le Tuniso-Suisse Rachid Hamdani est libéré.

1er mars 2010: Hannibal Kadhafi rend visite à Max Göldi dans sa prison.

10 mars 2010: Le Suisse fait appel à la Cour suprême de sa condamnation.

24 mars 2010: le Conseil fédéral est contraint par l'UE de renoncer aux restrictions sur les visas Schengen accordés aux 150 personnalités libyennes.

27 mars 2010: Max Göldi est transféré dans une cellule sans fenêtre ni eau chaude.

12 avril 2010: la justice genevoise condamne la «Tribune de Genève» pour la publication des photos de police de Hannibal Kadhafi.

La famille ignore tout

La famille de Max Göldi n'a pas connaissance d'une lettre envoyée par le ressortissant suisse à Seif al-Islam, a indiqué mercredi la section suisse d'Amnesty International après un contact avec elle. Le contenu du texte cité par la presse libyenne recoupe celui évoqué par l'action urgente lancée en mars par l'ONG.

«Le contenu fait vraiment plutôt penser au contenu de l'action urgente», a indiqué à l'ATS la porte-parole de la section suisse d'AI, Manon Schick. L'ONG avait alors qualifié le ressortissant suisse de «prisonnier d'opinion, victime d'une accusation motivée par des raisons politiques et détenu arbitrairement».

Amnesty International avait réclamé auparavant dans une lettre au ministre libyen de la Justice, Mustafa Muhammad Abdeljalil, la libération immédiate de Max Göldi. La lettre était accompagnée d'une pétition signée par plus de 14.000 personnes et demandant la libération de M. Göldi. Ces éléments figurent également dans la lettre présumée citée notamment par le quotidien «Oea» et évoquée par l'agence de pressse ANSA.

Le directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève, Hasni Abidi, s'est lui dit «surpris» de l'utilisation dans les médias libyens du qualificatif de «prisonnier d'opinion».

Seif al-Islam a beaucoup oeuvré dans la libération récente de prisonniers politiques islamistes. Mais il n'y a aucun lien entre l'affaire Göldi et les activités de la Fondation de Seif al-Islam dans le cadre de ces libérations, selon M. Abidi. /ats

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!