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Procès de Fabrice A.Me Meier: «La décision du tribunal est désespérante»

L'avocat juge aberrant que la Cour ait écarté l'expertise des psychiatres français qui se sont penchés sur le meurtrier d'Adeline M.

par
Jérôme Faas
Me Nicola Meier.

Me Nicola Meier.

photo: P. Frautschi / TDG

«Je suis abasourdi.» Pointure du barreau, Me Nicola Meier a appris avec stupeur la décision du Tribunal criminel de suspendre le procès de Fabrice A. et d'écarter l'expertise des psychiatres français. Les juges, sous la présidence d'Anne-Isabelle Jeandin Potenza, ont estimé que les deux médecins n'avaient pas une connaissance suffisante du dossier pour établir un diagnostic et un pronostic fiable. Ils auraient pu passer à côté d'éléments susceptibles de modifier leurs conclusions.

Inquiet pour la justice

«C'est une décision désespérante, surtout avec des experts de cette qualité-là, réagit Me Meier, qui n'est pas partie dans l'affaire mais familier avec cette problématique. Dès qu'une voix s'élève contre l'internement à vie, elle devient inaudible, inacceptable. Cela m'inquiète pour la justice.» Mercredi, l'avocat a assisté à leur audition. Outre qu'il s'est étonné du mépris avec lequel ils ont été traités, il dit avoir «rarement entendu des experts aussi au fait de leur domaine. Je les ai trouvés dotés d'une intelligence et d'une honnêteté intellectuelle que l'on rencontre rarement.»

Les docteurs Daniel Zagury et Pierre Lamothe, extrêmement clairs mais inlassablement nuancés, ont pourtant excédé le procureur général, la défense de la famille de la victime, et peut-être la présidente du tribunal. Qu'ils aient soutenu que Fabrice A. n'était pas forcément un sadique, notamment, n'a pas plu. Qu'ils aient refusé d'affirmer l'impossibilité de sa guérison également.

Il est ressorti de l'audience de mercredi que les deux hommes ne maîtrisaient pas par cœur les dix-huit classeurs de la procédure. Le fait que Fabrice A. ait tenté de vendre à la presse les derniers mots d'Adeline M. leur avait par exemple échappé. Et ils ne connaissaient pas par le menu les différents traitements auxquels avait été soumis Fabrice A. avant de commettre son crime.

«Mais on ne leur demande pas d'appréhender les dix-huit classeurs, observe Me Meier. Ce ne sont pas des juges. Leur rôle est de poser le tableau clinique de l'accusé et de se prononcer sur sa dangerosité. Cela n'exige pas de connaître toutes les déclarations de tous les intervenants du dossier. Il est même parfois préférable de ne pas s'imprégner complètement d'un dossier avant de rencontrer pour la première fois un criminel. Cela permet de l'aborder sans préjugé.»

Décision a posteriori

Le tribunal a aussi fondé sa décision sur le fait qu'un des experts n'avait eu accès au dossier que quelques heures avant de rencontrer Fabrice A. «Cela fait des mois que ce fait est connu, du Ministère public comme du tribunal, et personne ne s'en est offusqué, remarque Me Meier. Jusqu'au moment où l'on se rend compte que les experts soutiennent, avec forte expérience, une opinion qui ne semble pas convenir à tout le monde.» En clair, selon lui, qu'ils ne sont pas favorables à l'internement à vie.

Cette décision a posteriori le rend pour le moins perplexe. «Au-delà de ce procès, ils disent, avec humilité, que les connaissances scientifiques ne permettent pas de dire aujourd'hui si un criminel est incurable. Cette position, pour reprendre leurs termes, est la seule qui soit scientifiquement et socialement acceptable. Manifestement, aucun élément nouveau ne pourrait leur faire changer d'avis. Considérer leur discours comme indicible m'effraie. L'entendre et le partager n'est pas faire preuve de laxisme ou de clémence. L'émotion provoquée par de tels drames est infiniment légitime. Mais elle ne doit pas guider les décisions de la justice.»

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