Sotchi 2014: Médaillé d'argent, et aussi sauveur de chiens
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Sotchi 2014Médaillé d'argent, et aussi sauveur de chiens

Les autorités russes mandatent des sociétés d'extermination de nuisibles pour vider les rues de Sotchi des quadrupèdes errants. L'Américain Gus Kenworthy s'en est indigné.

par
Yvan Mulone

Gus Kenworthy aime les toutous. Et n'a pas du tout apprécié les informations relatives à un programme d'élimination mené par les autorités russes en marge des Jeux, sous prétexte de la «dangerosité» des milliers de bêtes errantes présentes dans la ville. Profitant de son statut d'athlète, l'Américain de 22 ans a décidé de sauver une chienne et ses quatre petits, croisés dans la rue deux jours avant qu'il ne remporte jeudi l'argent en ski freestyle (slopestyle). Après avoir nourri les chiens, il a parlé de son initiative sur Facebook, et attend désormais l'autorisation de les faire vacciner puis de les ramener avec lui dans le Colorado.

Avec les moyens du bord

Pour d'autres amis des bêtes, anonymes, la prudence est de rigueur. Un groupe d'une douzaine d'activistes locaux tente ainsi de sauver discrètement celles qui peuvent l'être, raconte l'Associated Press (AP). De nuit, ces personnes embarquent dans le coffre de leur voiture les quadrupèdes qu'elles trouvent, pour les emmener à un point de rendez-vous hors de Sotchi. De là, leur petit réseau les expédie dans diverses villes, dans des refuges ou chez des particuliers. Une réponse ponctuelle, avec des moyens nettement plus réduits que ceux d'Oleg Deripaska. Le multimilliardaire a financé une structure d'accueil à Baranovka, pas loin de Sotchi. Près de 140 chiens y ont été accueillis depuis le début des Jeux, et nombre d'entre eux ont déjà été adoptés.

Une question d'image

D'abord considérés comme utiles, la plupart des canidés de Sotchi étaient nourris par les ouvriers des pharaoniques chantiers olympiques. Une façon pratique et peu onéreuse de protéger les constructions. Mais depuis la fin des travaux, et aussi à la suite des expropriations en masse qui ont forcé de nombreux maîtres relogés dans des espaces exigus à abandonner leur animal, ces bêtes errent dans les rues de la ville, en quête d'une pitance qu'elles ne reçoivent plus comme auparavant. Elles seraient des dizaines de milliers. Et les autorités russes n'apprécient pas l'image que cela renvoie de leur grand-messe sportive au bord de la Mer Noire.

«Capture et élimination»

Selon divers médias, dont le «New York Times» et «The Guardian», si la mise à mort de ces chiens errants (par empoisonnement, a rapporté CNN) avait commencé avant les JO, elle ne s'est pas arrêtée avec le début des compétitions. Elle serait simplement plus discrète. Mais atteindrait tout de même près de 300 euthanasies par jour, selon le «Times», qui s'est procuré des contrats passés entre le gouvernement et une société d'élimination de parasites, datés de mai 2013. Le directeur d'une autre de ces entreprises mandatées a confirmé à AP, début février, avoir reçu une mission «de capture et d'élimination». Ce responsable a toutefois refusé de dévoiler des objectifs chiffrés ou la méthode employée, évoquant «un secret commercial».

«Un écran de fumée»

Vue par les autorités comme une façon rapide et efficace de réguler les populations de chiens errants, la pratique indigne les associations de défense des animaux. Celles-ci, s'alignant sur les directives de l'OMS notamment, prônent la vaccination, la stérilisation et la construction de refuges. Devant la pression des organisations spécialisées (la Fondation «30 Millions d'amis», déjà active en Ukraine lors de l'Euro 2012 de football pour des questions similaires, a directement interpellé la Russie) et les questions gênantes de journalistes, les autorités locales ont timidement annoncé la mise en place de structures d'accueil. Un «écran de fumée», selon plusieurs associations.

Pour sa part, le Comité d'organisation de Sotchi 2014 a affirmé que «tous les animaux sains sont libérés à la suite de leur bilan de santé». Ce que démentent les activistes locaux, qui dénoncent des mensonges proférés pour désamorcer l'attention croissante des médias internationaux sur la question. Un nouveau refuge aurait ainsi été construit à la hâte et présenté à des journalistes...

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