Russie: Medvedev devient un président à poigne
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RussieMedvedev devient un président à poigne

Le président russe Dmitri Medvedev a imposé l'image d'un homme à poigne à la faveur de la crise géorgienne.

Un scénario en partie écrit par son prédécesseur et premier ministre Vladimir Poutine.

Vingt minutes après «une réunion de travail» mardi avec M. Poutine, le maître du Kremlin apparaissait, solennel, sur le petit écran pour annoncer que la Russie reconnaissait l'indépendance des deux républiques séparatistes de Géorgie.

Dans les heures qui suivirent, Dmitri Medvedev déclarait, dans une série d'interviews aux grandes chaînes de télévision internationales, qu'il n'avait «peur de rien», y compris d'une nouvelle «Guerre froide» avec l'Occident. Il a aussi mis en garde les Européens: «s'ils veulent la dégradation des relations (avec la Russie), ils l'obtiendront».

Le plan de Poutine

Effacé derrière Vladimir Poutine au début du conflit avec la Géorgie le 8 août, Dmitri Medvedev s'est imposé depuis dans l'espace médiatique, pour mieux exécuter le plan Poutine, estiment des analystes.

«Rien n'a changé sur le fond à l'intérieur du tandem. C'est toujours Poutine qui prend les décisions et le rôle de Medvedev est de lire les textes qu'on lui écrit», commente Olga Krychtanovskaïa, spécialiste des élites politiques à l'Institut de sociologie de l'Académie des sciences russe.

«Ainsi la responsabilité pour cette décision repose sur Medvedev, d'éventuels risques aussi. Poutine veut toujours revenir au sommet de l'Etat. Si (l'opération en Géorgie) est un échec, ce sera l'échec de Medvedev, si c'est une victoire, ils vont la partager», poursuit-elle.

2012

Vladimir Poutine a cédé son poste de président à son dauphin en mai après deux mandats (2000-2008), la Constitution lui interdisant un troisième mandat consécutif. Mais il pourra de nouveau briguer la présidence en 2012.

Selon la chercheuse, l'action de la Russie en Géorgie fait partie d'un grand plan de bouleversement de l'ordre géopolitique.

«Les interviews accordées mardi par M. Medvedev sont une tentative de montrer que la Russie est en train d'imposer un nouvel ordre mondial où les Etats-Unis font figure d'un chien qui aboie, mais qui est incapable de mordre», dit-elle.

Selon le politologue Evguéni Volk de la Fondation américaine Heritage, le président russe a tenté de rattraper son homologue géorgien Mikheïl Saakachvili qui a été omniprésent pendant des jours sur les chaînes de télévision d'informations internationales pour expliquer la position de son pays.

Peu ordinaire

Pour Nikolaï Zlobine, spécialiste de la Russie à l'institut de la Sécurité mondiale à Washington, avec la reconnaissance le président russe a fait preuve «d'une volonté politique personnelle peu ordinaire» à laquelle les Occidentaux ne s'attendaient pas.

«Il s'est comporté d'une manière ferme, logique et conséquente compte tenu de la situation dans laquelle il s'est retrouvé», souligne-t-il dans une tribune au quotidien des affaires «Vedomosti».

Selon M. Volk, «Medvedev n'a pas de personnalité politique». «Son rôle est strictement encadré», ajoute-t-il affirmant que la reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud avait été décidée dès celle du Kosovo en février par les Occidentaux.

«L'administration américaine est sur le point de partir, les Etats-Unis connaissent une crise économique, le moment est propice pour la Russie, mais il ne va pas durer longtemps. Il faut tout boucler avant de repartir à zéro avec le nouveau président américain», explique Mme Krychtanovskaïa.

«Au pied du mur»

L'éditorialiste Kirill Rogov estime pour sa part qu'en reconnaissant les séparatistes, M. Medvedev se «retrouve au pied du mur» et pose «une bombe à retardement dans les relations Russie- Occident».

«Vladimir Poutine n'a plus à tendre l'oreille aux discussions de Dmitri Medvedev avec les dirigeants occidentaux, il ne peut plus y avoir de percée ou de tournant inattendu tant que cette bombe n'explosera pas», écrit-t-il mercredi dans «Vedomosti». C'était «l'objectif de ceux qui lui ont proposé de prendre une telle décision», conclut-il. (ats)

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