Actualisé 31.03.2017 à 05:53

Lausanne

Membres des Hells Angels épiés par des policiers

Des Etats étrangers ont demandé à la Suisse de surveiller pour eux des gangs de motards, lors d'une réunion mondiale dans la capitale vaudoise.

de
Frédéric Nejad Toulami
Certains membres de clubs de motards sont sous enquête à l'étranger.

Certains membres de clubs de motards sont sous enquête à l'étranger.

Des inspecteurs en civil en planque chez des particuliers. Cachés derrière des rideaux, dans des appartements qui font face à des hôtels lausannois, ils ont pris en photo des individus qui fumaient et discutaient sur le trottoir à l'entrée des établissements. La raison de cette opération? La présence de 400 membres environ du célèbre club de motards Hells Angels lors d'une réunion mondiale dans la capitale vaudoise du 24 au 26 novembre dernier. Venus de Suisse et du monde entier, ces bikers ont convergé au Palais de Beaulieu, à l'occasion de leur convention annuelle. «Celle-ci avait fait l'objet d'une demande de manifestation auprès des autorités», précise Sébastien Jost, porte-parole de la police lausannoise. Mais il refuse d'expliquer les raisons qui ont amené à épier des participants et les photographier en cachette, alors que cette réunion était autorisée et qu'aucun incident ne s'est produit.

«Utile de constituer des dossiers»

Chef de la police judiciaire municipale, Jean-Luc Gremaud est à peine plus loquace: «Nous avons en effet exercé des observations à la demande de la police fédérale (Fedpol), elle même sollicitée par des polices étrangères.» Quant aux clichés pris, «il est parfois utile de constituer des dossiers sur des individus pouvant faire l'objet d'enquête», déclare-t-il. Contactés, des membres lausannois des Hells Angels disent ne pas être au courant de cette surveillance et n'avoir rien à se reprocher.

Enquêtes en cours à l'étranger

Porte-parole de la Fedpol, à Berne, Cathy Maret confirme les informations de «20minutes»: «Il s'agissait de vérifications policières usuelles sur certains individus à la demande de nos collègues de l'étranger, dans le cadre de la coopération policière internationale.» Si elle précise qu'aucune arrestation n'a eu lieu à cette occasion, elle refuse de citer les noms des Etats étrangers qui ont contacté Fedpol, car des enquêtes sur des Hells Angels sont en cours dans ces pays.

Des liens avec la Suisse

De grands groupes internationaux de motards sont appelés Outlaw Motorcycle Gangs (OMG) par Europol et d'autres autorités de police en raison de leurs activités criminelles. Parmi ces OMG figurent notamment les Hells Angels, les Bandidos ou encore les Mongols. Certains de ces clubs sont rivaux et se livrent à des guerres de rivalité dans de nombreux pays. La Fedpol constate aussi que certains gangs de motards et groupes assimilés de l'étranger créent des antennes en Suisse.

Pour diverses autorités internationales, la criminalité des gangs de motards est considérée comme un phénomène de criminalité organisée, rappelle la police fédérale: «Plusieurs gangs de motards et groupes assimilés, également présents en Suisse, font régulièrement l'objet d'enquêtes à l'étranger pour criminalité organisée, violation de la loi sur les stupéfiants et d'autres délits. Des liens avec la Suisse ont déjà été prouvés à plusieurs reprises. Jusqu'à présent aucun membre d'un tel gang n'a été condamné en Suisse pour soutien à une organisation criminelle.» Selon la Fedpol, il existe en Suisse un «potentiel de violence et de conflits au sein des gangs de motards et groupes assimilés à ne pas sous-estimer». La présence de divers groupements rivaux a mené à des tensions et des attaques au cours des dernières années.

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