Genève: Même pour un petit job, il faut exiger un contrat écrit
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GenèveMême pour un petit job, il faut exiger un contrat écrit

La mésaventure d’un jeune illustre la problématique des rapports informels dans le cadre professionnel.

par
Maria Pineiro
(Madame)
Photo d’illustration

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Getty Images/iStockphoto

Dans le domaine de la restauration, «souvent les modes de communication entre employés et patrons sont informels, par sms ou téléphone, souligne Umberto Bandiera, secrétaire syndical chez Unia. Des manières de faire qui conviennent aux jeunes mais qui, en cas de problème, ne permettent pas une défense adéquate.»

Dix-neuf francs au lieu de 23.-

Cette règle, Paul* en a fait l’amère expérience en ce début d’année. Mi-novembre, le collégien de 19 ans, trouve un job de livreur dans un restaurant genevois. Mais, au moment de la paie, c’est la douche froide. En lieu et place du salaire minimum légal de 23 francs l’heure, il reçoit 19 fr., 13e salaire compris. «Avec les indemnités pour jours fériés et vacances, cela faisait 21,50 fr. l’heure», a calculé Paul. Il contacte donc sa patronne, par téléphone et messages, pour pointer le problème et exiger son dû. Celle-ci le renvoie à sa fiduciaire, qui, dit-il, ne lui répondra jamais.

Mi-janvier, il reçoit une lettre de licenciement, sans motivation. «Cela m’a choqué, et ce d’autant plus qu’il me semble que je travaillais bien.» Le cas a été signalé à l’Office cantonal de l'inspection et des relations du travail . Umberto Bandiera insiste sur le fait que les contrats de travail doivent être écrits et signés, remis à l’employé et que les questions liées aux rapports de travail doivent être toujours posées par courrier.

Salaire et indemnités

Les problèmes de rémunérations inférieures aux obligations légales sont communs dans la livraison de repas à domicile et plus largement dans la restauration, relève Umberto Bandiera: «A notre connaissance, l’introduction du salaire minimum n’a pas entraîné d’augmentation de la sous-enchère salariale, mais le risque existe.» Dans le cas présent, il insiste sur le fait que «le salaire minimum légal, c’est 23 francs sans les indemnités, mais avec le 13e mois». Ainsi, pour Paul, la perte de salaire n’est pas de 1,50 fr. de l’heure, mais bien de 4 fr. S’agissant du licenciement, Umberto Bandiera relève que les employés ne sont que très peu protégés durant le temps d’essai. Dès lors, il ne pourrait y avoir de licenciement abusif que s’il était possible de démontrer qu’il s’agissait d’une «mesure de rétorsion, notamment pour avoir exigé le salaire légal».

L’information n’est pas passée

Contactée, l’ex-patronne de Paul indiquait dans un premier temps qu’elle avait payé correctement le jeune homme. «Nous sommes soumis à une Convention collective nationale de travail (CCNT) et régulièrement contrôlés. Le salaire payé respecte nos obligations.» Mais, après vérifications, il s’avère que le restaurant est en faute: J’ai rediscuté avec notre fiduciaire, établie dans le canton de Fribourg, poursuit-elle. Effectivement, la loi a changé. Nous allons nous mettre en règle. Notre ancien employé recevra le complément de salaire.» Quant au licenciement, la restauratrice réfute tout lien avec les demandes de clarification de son livreur: «La qualité de son travail n’était pas satisfaisante.»

Du côté de l’Etat, le Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé indique que les sociétés n’ont pas été informées directement, mais que «nul n’est censé ignorer la loi» et qu’un mémento a été très largement diffusé.

Pour Paul, la mésaventure a fini néanmoins plutôt bien: il vient de retrouver un job, payé 26 fr. l’heure.

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