Actualisé 13.11.2008 à 15:28

Torture

Même relâchés, les détenus de Guantanamo revivent leur calvaire

Des détenus battus, attachés des heures durant, humiliés, enfermés dans de minuscules cellules sans lumière du jour puis incapables de reconstruire leurs vies après avoir été relâchés: une étude américaine révélée mercredi montre les ravages de Guantanamo.

Le travail de chercheurs de l'université de Berkeley, soutenus par le Centre pour les droits constitutionnels qui défend de nombreux détenus, donne une idée du calvaire vécu par les quelque 800 hommes passés par Guantanamo depuis début 2002, dont une vingtaine seulement ont été formellement inculpés.

Soixante-deux anciens détenus de neuf pays différents ont été interrogés anonymement sur leurs conditions de détention et d'interrogatoires au moment de leur arrestation en Afghanistan puis après leur transfert à Cuba.

"Le cauchemar des détenus ne s'arrête pas avec leur libération: ces hommes qui n'ont jamais été inculpés d'aucun crime et à qui on n'a jamais donné l'occasion de laver leur honneur souffrent d'un &stigmate Guantanamo& durable et ne parviennent pas à retrouver du travail", a expliqué Laurel Fletcher, co-auteur de l'étude, lors d'une conférence de presse mercredi.

Etude de grande envergure

Elle a évoqué des hommes rejetés par leurs communautés et leurs familles.

En plus des conséquences concrètes de leur détention à Guantanamo, les anciens détenus ont décrit aux chercheurs leurs cauchemars et leurs angoisses liés à ce qu'ils ont vécu, comme ceux qui ont été attachés pendant des heures dans une position inconfortable avec de la musique à fond et une lumière très intense.

Des témoignages avaient déjà été recueillis, notamment depuis 2004, année à partir de laquelle des avocats civils ont eu le droit d'assister les détenus. Mais jamais en si grand nombre.

Obama appelé à agir

Les auteurs de cette étude ont appelé le nouveau président américain Barack Obama à installer une "commission indépendante et neutre" pour faire la lumière sur les responsabilités.

Les spéculations se multiplient autour d'une fermeture très rapide du camp de Guantanamo (Cuba) qui compte aujourd'hui encore quelque 250 prisonniers, promise par Barack Obama pendant sa campagne. Mais le président élu, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, n'a jamais précisé quelle méthode il entendait employer.

Il n'a pas non plus évoqué d'éventuelles réparations que les Etats-Unis pourraient fournir à ceux qui ont été injustement enfermés. (ats)

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