Cyclisme - Même s’il a craqué, Pogacar n’a «jamais été dans le rouge»
Publié

CyclismeMême s’il a craqué, Pogacar n’a «jamais été dans le rouge»

Wout van Aert, qui n’est pas vraiment un grimpeur, a remporté en solitaire la 11e étape du Tour de France. Le peloton y a grimpé deux fois le mont Ventoux et le maillot jaune a craqué quelques secondes. Deux premières.

par
Patrick Oberli
(Malaucène)
Quand le Danois Jonas Vingegaard a attaqué dans les derniers lacets du Ventoux, Tadej Pogacar avoue avoir craqué durant quelques minutes. Mais rien de grave.

Quand le Danois Jonas Vingegaard a attaqué dans les derniers lacets du Ventoux, Tadej Pogacar avoue avoir craqué durant quelques minutes. Mais rien de grave.

AFP

Mercredi, la double ascension du mont Ventoux aura livré trois vérités. La première est que l’on peut terminer deuxième d’un sprint un jour et gagner une étape de montagne avec près de 5000 mètres de dénivelé positif – première double ascension du Mont Chauve de l’histoire – le lendemain. C’est la vérité du champion de Belgique Wout van Aert. La deuxième est que l’on peut terminer troisième du contre-la-montre de Laval et faire craquer Tadej Pogacar. C’est l’axiome de Jonas Vingegaard, 24 ans, qui a créé la sensation en fin d’étape. La troisième est que Tadej Pogacar, maillot jaune archi dominateur de cette première partie de Tour, n’a pas tout à fait ce qu’il voulait. Ce qui est nouveau dans ce Tour de France 2021.

Wout van Aert, 26 ans, a donc levé les bras en solitaire à Malaucène après une échappée brillante, lancée avec plusieurs courageux collègues, dont le champion du monde Julian Alaphilippe, en début de course. Si le groupe a bien collaboré durant de longues heures, le champion de Belgique était simplement plus fort, ce qui lui a permis de lâcher ses compagnons dans la deuxième ascension du Ventoux, presque à la manière des multiples bidons d’eau avalés en raison d’une chaleur extrême qui a baigné les 198,9 kilomètres du calvaire.

Pogacar craque… presque

Après avoir repris son souffle, le Belge ne cachait pas sa satisfaction, parlant de sa «plus belle victoire sur le Tour (ndlr: c’est la 4e). Remporter une étape de montagne en solitaire est quelque chose que je ne pensais pas pouvoir réaliser il y a quelques années.» Puis il a ajouté l’œil brillant d’une douce euphorie nourrie par le bain de foule qu’il avait vécu sur le podium: «Le Ventoux a une place particulière dans l’histoire du Tour. Et en plus, il y a tellement de Belges en vacances dans la région…» Comme lui, il y a longtemps, van Aert expliquant que le Ventoux «était le premier col qui avait gravi à l’âge de 10 ans». Il n’y a peut-être pas de hasard dans un destin.

«J’ai presque toujours pu rester en dessous de la zone rouge»

Tadej Pogacar, maillot jaune heureux

Si l’exploit est remarquable pour un coureur qui la veille jouait des coudes dans le sprint avec Mark Cavendish – le maillot vert était encore à plus de 30 kilomètres de la fin quand il a passé la ligne d’arrivée –, il faut avouer que le feu d’artifice envisagé autour de Tadej Pogacar n’a pas eu lieu. Le maillot jaune est resté toute la journée dans les roues de son équipe, elle-même calée derrière le train d’Ineos Grenadiers qui emmenait Richard Carapaz. Et si l’objectif de l’Équatorien était d’attaquer le Slovène, ce fut un flop. Car le leader de la formation anglaise a plutôt patiné sur le Mont Chauve, presque aussi essoré que les victimes du train soutenu imprimé par les siens.

Une attaque danoise

La surprise viendra du Danois Jonas Vingegaard, quatrième du classement général (+5’ 32) au moment du départ de Sorgues. Le porteur par procuration du maillot blanc du meilleur jeune (ndlr: il est de fait la propriété du Tadej Pogacar) était resté dans le groupe de tête sans faire de bruit. Alors quand dans le paysage lunaire des derniers kilomètres du mont Ventoux, il a placé une attaque, la surprise a été totale. Parmi les rescapés, seul le maillot jaune a réussi à le suivre quelques secondes avant de lâcher prise.

S’il ne fallait retenir qu’un moment de ce 7 juillet, dans un Tour qui sent la résignation comme la lavande en Provence, c’est celui-là. Le Slovène pourrait avoir des limites! Oh certes, pas énormes! La preuve est que Jonas Vingegaard perdra dans la vertigineuse descente - au premier passage, Vincenzo Nibali a fait monter le compteur à 107,8 km/h - qui suivra les 38 secondes d’avance qu’il avait réussi à grappiller à Tadej Pogacar au sommet du col des Tempêtes (1910 m).

Au final, la journée a encore une fois souri au maillot jaune. Au classement général, son dauphin, Rigoberto Uran (Education First - Nippo) pointe désormais à 5’18, l’Australien Ben O’Connor ayant craqué dans la dernière montée. Voilà pour le point de vue comptable. Mentalement, rien de grave. La petite alerte est vite passée, ainsi qu’il le dira avant de retourner à l’hôtel. «Après avoir craqué, j’ai trouvé mon rythme. Je n’ai pas paniqué, car je savais que l’on était proche du sommet et que je n’avais pas perdu beaucoup de temps.»

Surtout, Tadej Pogacar se félicitera d’une journée finalement assez calme où il a «presque toujours pu rester en dessous de la zone rouge.» Pas sûr que les 155 autres coureurs encore dans le peloton apprécient. Surtout ceux qui ont eu l’impression «d’être à pied» sur les lacets du Géant de Provence.

Ton opinion

2 commentaires