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Votations fédéralesMénager la chèvre et le loup: une loi qui met sur les dents

Comment faire cohabiter l’homme et la vie sauvage, la biodiversité et les troupeaux? Cette question idéologique crispe tant les éleveurs que les chasseurs et les défenseurs de la nature. Décryptage d’un compromis pas tout à fait rassembleur.

par
Pauline Rumpf

Une fois encore, la guerre est ouverte entre les défenseurs de la nature d’un côté, et chasseurs et éleveurs de l’autre. La nouvelle loi sur la chasse soumise au vote le 27 septembre revisite les conditions de tir des espèces à chasser ou à réguler, donnant les clés au Conseil fédéral pour en établir la liste; les espèces protégées pourront désormais y figurer. De quoi inquiéter les milieux écologistes et la gauche, craignant pour la biodiversité dans son ensemble ainsi que pour certains animaux emblématiques de la cohabitation entre les hommes et les bêtes. Après leurs premières levées de boucliers, ont déjà été exclus de cette liste le lynx et le castor notamment.

Vieille de plus de 30 ans, la loi sur la chasse visait particulièrement à protégér le loup, éliminé du territoire au XXe siècle. Son retour pas vraiment timide a poussé l’ancien Parlement à rouvrir le dossier, puisqu’une huitantaine de spécimens donne désormais des cauchemars aux éleveurs de montagne. Les conditions d’abattage, ou comme ont dit désormais, de «régulation» du prédateur ont donc été assouplies: il ne faudra plus attendre qu’il ait fait des dégâts pour ordonner son tir préventif; ce sera possible dès qu’il donne des signes d’un comportement trop aventureux ou menaçant. «Il faut maintenir une saine crainte de l’homme chez le prédateur», estiment les partisans de la loi, hérissant les poils des défenseurs de la nature qui estiment au contraire qu’il incombe aux éleveurs de mieux protéger leurs troupeaux. Dans l’ordonnance d’application de la loi, exceptionnellement mise en consultation avant la votation (lire encadré), des fonds sont alloués à cette tâche. Chiens de berger et barrières électrifiées seraient financés à 80%

Pour tenter de rallier à la loi les organisations de protection de la nature, des fonds ont été débloqués pour renforcer la protection des habitats naturels, au moyen par exemple de couloirs faunistiques pour relier les biotopes. Insuffisant, et surtout pas vraiment nouveau, jugent la plupart des associations écologistes.

Le coronavirus a rebattu les cartes

Initialement prévue le 17 mai, la votation sur la chasse a dû être réagendée à septembre à cause de la pandémie. Effet inédit de ce décalage tout aussi inhabituel, l’ordonnance d’application de la loi a été mise en consultation avant le vote, permettant au Conseil fédéral de parer en amont à certains arguments des opposants. Par exemple, des mesures de protection des troupeaux (chiens de berger et clôtures électrifiées) devraient être une condition sine qua non au tir préventif d’un loup, condition pourtant refusée par le Parlement lors de l’écriture de la loi. Ces mesures seraient financées à 80% par Berne. Attention toutefois, l’ordonnance n’est pas définitive et ne constitue donc pas une garantie.

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