Hippisme – Genève: Ménager sa monture sur une saison: pas si facile
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Hippisme – GenèveMénager sa monture sur une saison: pas si facile

Lorsque leurs chevaux fatiguent, les cavaliers doivent parfois renoncer, bien malgré eux, à concourir. Plusieurs têtes d'affiche ont ainsi dû renoncer au CHI de Genève.

par
Oliver Dufour
Genève
Pour la plupart des membres du circuit professionnel, la santé de leurs chevaux passe avant tout.

Pour la plupart des membres du circuit professionnel, la santé de leurs chevaux passe avant tout.

«Qui veut voyager loin ménage sa monture». Cette locution, que l'on doit à Jean Racine, dans Les Plaideurs, sonne comme l'évidence-même. Appliquée aux professionnels du saut d'obstacle, elle peut s'apparenter à un véritable casse-tête. Au cours d'une saison éreintante, dont le calendrier se désemplit rarement, cavaliers, propriétaires de chevaux et même certains sponsors rêveraient de pouvoir aligner leurs cracks, leurs meilleurs quadrupèdes, lors de chaque concours.

Hélas, comme pour l'humain, l'énergie d'un cheval n'est pas inépuisable. Impossible pour Steve Guerdat de faire bondir son Nino des Buissonnets olympique toutes les semaines, sous peine de l'user plus que de raison. Et de risquer le coup de fatigue, ou pire: la rupture. De prestigieux concurrents comme Rodrigo Pessoa (homme le plus titré à Genève), Eric Lamaze (champion olympique en 2008), Ian Millar (lauréat de la dernière manche du Grand Chelem, à Calgary) ou Jeroen Dubbeldam (champion du monde en titre) ont justement dû faire l'impasse sur Palexpo cette année, parce que leurs champions n'étaient pas en état de sauter. Voilà pourquoi, Steve Guerdat a choisi d'inscrire son selle-français uniquement à l'épreuve finale du CHI, dimanche, à savoir le Grand Prix comptant pour la tournée du Grand Chelem.

«Steve fait partie de ces cavaliers qui savent vraiment gérer l'état de leurs chevaux, rappelle Philippe Guerdat, père du champion et sélectionneur de l'équipe de France de saut d'obstacle. Parce qu'il a été éduqué comme ça. Donc il fait ça très bien. Mais ce n'est pas toujours simple. Même lorsqu'on travaille pour une fédération. Celles-ci ne sont pas maîtresses de tout, même si elles ont parfois des contrats avec les propriétaires, souligne le Jurassien. Mais si les propriétaires, ou même les cavaliers, viennent d'enchaîner deux mauvais concours sans gagner d'argent et qu'ils veulent en gagner à nouveau, ils pousseront pour faire sauter le meilleur cheval.»

«Les chevaux ne montrent pas toujours qu'ils sont blessés»

Une gestion complexe, donc, mais avec laquelle les cavaliers apprennent rapidement à composer. Les cavaliers chevronnés décèlent en principe mieux les problèmes de leurs fidèles compagnons. Mais ce n'est pas une garantie, comme le rappelle Patrice Delaveau, double vice-champion du monde, en individuel et en équipe. «C'est comme pour un footballeur ou un tennisman, déclare le Français. S'il se blesse, il est obligé d'arrêter tout de suite. S'il insiste un peu trop, la blessure s'aggrave. Mais ce qui augmente notre difficulté, c'est qu'on a des chevaux qui ne nous montrent pas forcément qu'ils sont un peu blessés, alors on se dit juste qu'ils sont un peu moins en forme.»

Ces «cachotteries» peuvent coûter cher, si la monture s'entête à vouloir sauter malgré sa fragilité. Delaveau prévient: «A force d'insister, on a finalement une petite blessure qui survient. Et des fois on s'en aperçoit un peu trop tard: ça s'est aggravé et le cheval doit rester au repos beaucoup plus longtemps que prévu. C'est très difficile à gérer.» Mais celui qui fêtera son demi-siècle le 27 janvier prochain demeure optimiste. «Nous sommes des professionnels. Et avec l'expérience, nous devons apprendre à déceler les problèmes. Il s'agit de bien «écouter» et observer le cheval à la moindre alerte, pour ne pas le pousser trop.» Une logique que d'aucuns choisissent parfois d'ignorer, au mépris de la santé des bêtes.

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