Actualisé 27.10.2009 à 07:56

Allemagne-UEMerkel critiquée pour son choix de commissaire allemand

Le choix par Berlin de Günther Oettinger, élu local sans expérience internationale, comme commissaire européen, a suscité risées et indignation en Allemagne.

Nombre d'analystes estiment qu'il illustre le peu de cas que la chancelière Angela Merkel fait de l'UE.

«Avec tout le respect qu'on lui doit, Angela Merkel n'aurait-elle pu ou voulu envoyer quelqu'un d'autre à Bruxelles?» s'interrogeait lundi le grand quotidien de Munich «Süddeutsche Zeitung», pour qui cette nomination est un «symptôme supplémentaire» d'une distance croissante entre le gouvernement allemand et l'Union européenne. «Le gouvernement ne méprise pas l'UE, mais il l'estime de moins en moins».

Selon Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Schuman, un institut de recherche sur l'Europe, «à Bruxelles, cette nomination a semé un peu la consternation».

Pour lui, cette décision est danvantage le résultat de manoeuvres politiques internes à l'Allemagne, et d'une purge au sein du parti Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel, que le signe d'un désintérêt de la chancelière pour Bruxelles. Même s'il reconnaît qu'»on peut l'interpréter aussi» dans ce deuxième sens.

«Difficile»

Le chef de file des eurodéputés socialistes, l'Allemand Martin Schulz, a souligné que M. Oettinger, «contrairement à d'autres responsables de la CDU à Bruxelles et à Berlin, ne s'est pas fait remarquer sur les questions européennes», et que son audition devant le Parlement européen risquait d'être «difficile».

L'intéressé dirige depuis 2005 l'Etat régional du Bade- Wurtemberg. Il a apparemment été lui-même surpris par l'annonce de sa nomination, mais a expliqué au journal «Hamburger Abendblatt» qu'»on ne (pouvait) pas refuser une telle offre».

«Le thème de l'économie en général est important pour l'Allemagne, c'est d'abord de cela qu'il s'agit», a expliqué le futur commissaire, persuadé que Mme Merkel l'avait choisi «parce qu'elle (faisait) confiance à (ses) compétences économiques».

De fait, selon des sources européennes à Bruxelles, l'Allemagne, à l'instar des autres grands pays de l'UE, vise un poste économique important dans la future Commission: commerce international, concurrence ou marché intérieur.

Allié encombrant

Mais, pour plusieurs éditorialistes, le départ prochain pour Bruxelles de M. Oettinger - il remplacera au sein de la Commission le social-démocrate Günter Verheugen - sonne moins comme une promotion et une tentative de défendre les intérêts allemands que comme une tentative de Mme Merkel d'éloigner un allié encombrant.

Le futur commissaire, qui n'a jamais compté parmi les proches de Mme Merkel, est en effet considéré comme un baron en disgrâce de la CDU. Pour le «Süddeutsche Zeitung», Mme Merkel a voulu se «débarrasser d'un problème».

«Oettinger exilé à Bruxelles», titre également de son côté le quotidien de gauche «Tageszeitung», tandis que le «Tagesspiegel» cite un membre non identifié du Parti social-démocrate (SPD, opposition), selon lequel «l'Allemagne envoie en Championnat d'Europe un joueur de division régionale».

Pour ce même «Tagesspiegel», envoyer à Bruxelles un dirigeant régional en perte de vitesse s'apparente à une «décision contre l'Europe». Une décision d'autant plus gênante que le curriculum vitae de M. Oettinger est entaché de propos controversés tenus en 2007 pour défendre le passé d'un ancien nazi, son prédécesseur à la tête du Bade-Wurtemberg, Hans Filbinger.

(ats)

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