Actualisé 18.12.2013 à 20:44

Allemagne

Merkel veut de nouveaux traités pour plus d'Europe

Angela Merkel a appelé mercredi à «une évolution» des traités européens pour faire progresser l'intégration européenne, dans son premier discours devant les députés au lendemain de sa réélection.

La chancelière Angela Merkel a souhaité que son pays «soit un moteur de l'intégration européenne», à quelques heures d'une visite en France où le sujet fait figure de chiffon rouge. Pour faire progresser l'Europe, «nous faisons partie de ceux qui disent que si les bases juridiques ne suffisent pas, il faut faire évoluer les traités», a déclaré Mme Merkel, qui dirige depuis mardi un nouveau gouvernement de «grande coalition» associant les conservateurs de la CDU/CSU et les sociaux-démocrates du SPD. «Qui veut plus d'Europe doit être prêt à modifier la législation de certaines compétences», a-t-elle ajouté, refusant que l'Allemagne endosse le rôle du pays «qui se met en travers de certaines évolutions».

Contre-pied de Paris

Avec cette position, déjà exprimée par le passé, Mme Merkel a pris le contre-pied de Paris, quelques heures avant de rencontrer pour le premier déplacement à l'étranger de son troisième mandat le président François Hollande en France. La France fait partie des pays hostiles à une modification des traités fixant l'architecture institutionnelle de l'Union européenne. Elle plaide pour des avancées concrètes en Europe sur des questions précises, dans le cadre des traités existants, repoussant à plus tard un éventuel bond en avant institutionnel. M. Hollande a dit à plusieurs reprises qu'il ne voulait pas renégocier les traités européens. L'union bancaire en gestation doit par exemple selon lui se faire sans toucher aux textes. Beaucoup de capitales partagent son scepticisme. Certaines devraient demander leur avis aux citoyens, par exemple par référendum, une démarche périlleuse en ces temps de désaffection à l'égard du projet européen.

Prudente et optimiste

A Paris, Angela Merkel s'est montrée prudente et optimiste. «Nous pouvons amorcer maintenant une nouvelle étape» dans la relation franco-allemande, a-t-elle affirmé dans la soirée, dans une brève déclaration aux côtés du président français. Un conseil des ministres franco-allemand aura lieu le 19 février afin d'«approfondir» la relation entre les deux pays, a-t-elle précisé. Pour Angela Merkel, l'enjeu est de «montrer qu'ensemble nous pouvons obtenir plus pour les hommes et les femmes de nos pays que si on le faisait séparément», à la veille d'un sommet européen consacré à l'Union bancaire, censée parer le risque d'une nouvelle crise de la zone euro, et à l'Europe de la défense. De son côté, François Hollande a rappelé que «l'Europe a besoin de la relation entre la France et l'Allemagne, une relation confiante, une relation forte, une relation ouverte».

Discipline budgétaire et respect des règles

Côté français la «grande coalition» allemande a suscité des espoirs d'infléchissement de la politique européenne vers plus de croissance et de solidarité avec les pays en crise. Mais le volet social était le parent pauvre du discours de la chancelière mercredi. Mme Merkel a certes souligné l'urgence de lutter contre le chômage des jeunes et de construire une Europe «socialement juste». Mais pour sortir de la crise, il faut d'abord «remédier aux causes qui nous ont menés à cette situation», comme l'indiscipline financière, la faible compétitivité de certains, le non-respect des règles européennes. La chancelière allemande veut continuer à appliquer les recettes mises en oeuvre ces dernières années. «Le principe 'solidarité en échange de réformes' s'est avéré le bon», a-t-elle dit, parlant de «premiers progrès» sur le plan économique dans certains des pays en difficulté de la zone euro, comme l'Italie ou l'Espagne, même si «la crise n'est pas encore surmontée».

Engagements contraignants réclamés

Reprenant une autre idée qui lui est chère, la chancelière a plaidé pour des engagements contraignants des gouvernements européens auprès de la Commission européenne sur la mise en oeuvre de réformes, suggérant même de possibles aides financières aux bons élèves. «Nous pouvons nous imaginer que, pour les pays qui ont besoin de moyens financiers supplémentaires (...), on trouve de nouveaux chemins», a-t-elle dit. «Nous allons continuer de discuter de tout cela en 2014», a-t-elle ajouté. (ats)

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