Santé: Mesures d'urgence demandées pour abaisser le prix des médicaments
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SantéMesures d'urgence demandées pour abaisser le prix des médicaments

Des parlementaires de tous bords ont proposé jeudi des mesures d'urgence pour abaisser le prix des médicaments en Suisse, avec notamment le soutien des assureurs-maladie.

Santésuisse, soutenue par des parlementaires et des organisations de consommateurs, propose trois mesures pour abaisser les prix des médicaments. Les partenaires estiment pouvoir économiser jusqu'à 360 millions de francs par an. La branche se montre sceptique.

Première mesure: élargir le panier des pays avec lesquels les coûts de santé en Suisse sont comparés. Pour l'heure, l'Allemagne, le Danemark, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas en font partie, auxquels s'ajoutent la France, l'Autriche et l'Italie en tant que pays subsidiaires.

Ces trois derniers Etats doivent être considérés comme des pays principaux, ont estimé jeudi les conseillers aux Etats Verena Diener (Verts libéraux/ZH), Simonetta Sommaruga (PS/BE) et Christoffel Brändli (UDC/GR), ancien président de santésuisse. A leurs côtés figurait le conseiller national et actuel président de l'association faîtière des assureurs, Claude Ruey (PLR/VD).

Indications élargies

Deuxième mesure: l'extension des indications. Actuellement le prix d'un nouveau produit est fixé en fonction notamment de son futur chiffre d'affaires. Au fil du temps, les indications du médicament sont cependant souvent élargies sans que son prix soit pour autant baissé.

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) doit à l'avenir pouvoir baisser le prix d'un médicament lorsqu'il reçoit une nouvelle indication ou que l'existante est étendue, réclament les parlementaires.

Encourager les génériques

Troisième mesure: continuer à encourager l'utilisation de génériques. Aujourd'hui, à l'aide de baisses de prix uniques, les fabricants de médicaments originaux parviennent parfois à rattraper le niveau du générique.

«Le patient n'est donc plus incité à demander des médicaments moins chers. De plus, il n'y a pas de concurrence importante au niveau des prix qui entraînerait plusieurs phases de baisse de prix», regrettent assureurs et parlementaires. Ils réclament donc une modification de l'ordonnance ad hoc.

L'association des pharmaciens pharmaSuisse soutient également cette initiative. Pascal Couchepin est invité à intervenir auprès de l'OFSP afin que celui-ci fasse «un premier geste pour contrecarrer les hausses massives de primes».

Appui indirect

Le Département fédéral de l'intérieur (DFI) s'est félicité dans un communiqué de la volonté de cette coalition de s'engager, à ses côtés, dans la lutte contre l'augmentation des coûts de la santé. Il y voit un appui indirect aux mesures prises pour réduire les coûts des analyses de laboratoire.

Le DFI annonce des mesures urgentes dans plusieurs secteurs, y compris celui des médicaments. Ainsi, mandat a été donné à l'OFSP de faire des propositions visant à élargir le nombre de pays de comparaison.

Industrie

Interpharma, l'association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche, a jugé «contradictoires» les revendications présentées jeudi: elles remettent en cause l'accès aux progrès de la médecine, selon elle. «Au lieu de faire de la politique en donnant de la voix comme le fait santésuisse», il serait préférable que l'OFSP organise une table ronde pour trouver des solutions.

La vips, la plus grande association pharmaceutique avec plus de 70 % du marché, évoque «une manoeuvre de diversion tactique de la part des assureurs maladie». Ce «rideau de fumée» vise manifestement à brouiller les cartes en ce qui concerne leurs problèmes, actuels et à venir, de financement et de réserves.

Selon la vips, santésuisse justifie ses demandes au moyen de chiffres erronés. Après les deux dernières vagues de réduction des prix intervenues l'an passé et cette année, les prix des médicaments en Suisse sont égaux, voire inférieurs, à ceux des pays comparables.

Intergenerika enfin, l'association de la branche des génériques, juge que les mesures proposées passe à côté de leur cible et seraient vraisemblablement contre-productives. Le potentiel d'économies des génériques n'est pas épuisé, de nombreux patients étant encore traités avec des préparations originales alors qu'ils pourraient l'être à moindre coûts avec l'équivalent générique. (ap)

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