Actualisé 19.12.2012 à 19:30

Asile

Mesures du Conseil fédéral accueillies avec réserve

Les propositions de Berne pour faire face aux cas d'afflux massifs de requérants ont été saluées par la gauche, mais critiquées par l'UDC et les villes.

L'abri PC de Châtillon a été transformé en centre d'hébergement provisoire

L'abri PC de Châtillon a été transformé en centre d'hébergement provisoire

Alors que la gauche et les organisations actives dans le domaine de l'asile sont assez favorables aux mesures proposées par le Conseil fédéral pour les cas d'afflux massifs de requérants, l'UDC critique. Les villes considèrent que la proposition de transformer des hôpitaux désaffectés et des hôtels vides en hébergements est précipitée.

«On devrait d'abord expérimenter l'hébergement dans des cantonnements militaires avant de franchir un nouveau pas», a déclaré à l'ats mercredi Ulrich König, directeur de l'Union des villes suisses (UVS). Il mentionne la conférence sur l'asile qui se tiendra en janvier, où ces propositions pourront être discutées.

Chercher des solutions communes

Selon Ulrich König, les villes ne sont pas fondamentalement contre la transformation d'hôpitaux désaffectés et d'hôtels vides. Mais il est important que «la Confédération garantisse la sécurité» et agisse de paire avec les cantons et les communes, sans décider à leur place.

L'UDC déplore pour sa part le fait que les propositions se focalisent essentiellement sur l'hébergement des requérants. Martin Baltisser, secrétaire général du parti, craint que le gouvernement ne délaisse des mesures efficaces après avoir obtenu davantage de marge de manoeuvre pour les questions d'hébergement dans le cadre de la dernière révision de la loi sur l'asile.

«Le Conseil fédéral devrait se concentrer sur l'accélération des procédures et la réduction de l'attractivité de la Suisse en tant que terre d'accueil», souligne Martin Baltisser, interrogé par l'ats.

Volonté saluée

L'Organisation d'aide aux réfugiés (OSAR) approuve le plan. «Il s'agit d'un instrument raisonnable pour traiter les situations d'urgence», précise son porte-parole Stefan Frey. Mais la protection du droit des requérants doit être également garantie dans de telles situations.

Selon Alain Bovard, juriste à la section suisse d'Amnesty International, le catalogue de mesures proposé constitue un gage de bonne volonté. Cependant, tout dépend de la nature des lits à disposition et des crédits dégagés pour l'encadrement médical et social: «on ne peut envisager de coincer un grand nombre de requérants dans des locaux de la protection civile sans encadrement et sans leur proposer d'activités», fait-il remarquer.

La conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD) salue les mesures d'hébergement. «La volonté de prendre des mesures pour régler ce problème est louable, on cherche à présent des solutions alternatives à celles du début des années 2000.»

Pour Cesla Amarelle, la politique d'hébergement proposée s'inscrit davantage dans les normes européennes et contribue à mettre en échec le plan d'allègement budgétaire érigé sous l'ère Blocher. «L'ancien plan ne prévoyait d'accueillir que 10'000 personnes au maximum par an et de mettre à disposition des cantonnements militaires, en sous-estimant les blocages communaux et cantonaux.»

La socialiste précise toutefois que l'organisation de vols collectifs avec des partenaires européens et la mise à l'aide d'urgence directe des personnes ayant déjà demandé l'asile dans un tel Etat pourraient faire exploser le nombre de bénéficiaires de cette aide. «En plus, tous les pays européens n'ont pas la même politique de renvoi et le même regard sur les droits de l'homme».

Mise en pratique difficile

Christophe Darbellay, président du PDC, trouve les mesures d'hébergement «nécessaires et raisonnables» sur le plan théorique, mais difficiles à appliquer. «Personne ne veut accueillir des réfugiés dans sa commune en pratique et le nombre de lits mis à disposition par l'armée chaque année est jusqu'ici dérisoire», rappelle-t-il.

«On ne peut admettre que l'Etat décide sans l'aval des cantons et des communes de loger des requérants dans une commune donnée que très provisoirement et dans de telles situations de crise, mais pas à long terme», prévient-il. (ats)

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