Lausanne: Le prévenu avance la légitime défense après une rixe fatale
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LausanneLe prévenu avance la légitime défense après une rixe fatale

Un dealer était jugé, mercredi, pour meurtre à Lausanne. Le 31 mai 2020, un Gambien avait été mortellement poignardé dans le parking de la Navigation, à Ouchy.

par
Marc Fragnière
Le parking dans lequel le drame s’est déroulé en mai 2020.

Le parking dans lequel le drame s’est déroulé en mai 2020.

20 min/fnt

Une bagarre entre dealers ayant tous deux la trentaine avait connu une issue fatale, en mai 2020 à Lausanne-Ouchy. Un homme était décédé. L’auteur présumé du coup fatal était jugé mercredi par le Tribunal criminel de l’arrondissement de Lausanne.

Quand l’agresseur devient victime

Le Gambien Adama* et le Sénégalais Macky* logeaient dans la même chambre, au sein d’une structure gérée par le collectif Jean Dutoit. Selon Macky, une bagarre par rapport au volume de la musique écoutée par ce dernier aurait mis le feu aux poudres entre les deux hommes. Séparés par d’autres occupants de l’immeuble, Adama et lui s’étaient calmés, mais le Gambien avait proféré des menaces à l’encontre du Sénégalais. Une mission vengeresse qu’Adama aurait tenté de réaliser le 31 mai 2020, alors que Macky se rendait à Ouchy pour y livrer de la cocaïne à un client.

Dans le parking de la Navigation, les deux hommes en étaient venus aux mains et Adama avait agressé Macky à l’aide d’un couteau, le blessant à une main et à une omoplate. Pris de panique, Macky aurait néanmoins résisté aux assauts de son agresseur. Au corps à corps, les deux hommes étaient tombés dans l’escalier. Ce serait lors de cette chute qu’Adama se serait planté le couteau au niveau du thorax, à gauche, se perforant notamment le poumon, sectionnant une artère et fracturant une côte. Une blessure qui allait s’avérer mortelle dans les minutes suivantes. Le prévenu s’était, lui, enfui aux Pays-Bas, après avoir séjourné en France. Il avait été arrêté à Rotterdam le 29 juillet 2020 puis extradé en Suisse.

Un témoin et des images le contredisent

La version des faits de l’accusé n’a pas convaincu le président du Tribunal. Pierre Bruttin a estimé qu’elle ne résiste pas à l’expertise médico-légale. Le témoignage du client, qui affirme avoir vu le prévenu, couteau en main, faire des gestes à hauteur du buste d’Adama et les images vidéo ne corroborent pas non plus les propos de Macky.

«C’est par votre main, votre détermination, qu’Adama est décédé», a d’emblée attaqué la procureure Laurie Roccaro à l’heure d’entamer son réquisitoire, réfutant ainsi toute blessure accidentelle. «Il fallait utiliser de la force pour enfoncer une lame de 77 mm jusqu’au manche dans le thorax d’Adama», a-t-elle relevé avant de rappeler que Macky avait ensuite pris la fuite et demandé à son client de dire qu’il n’avait pris le couteau qu’à la fin de l’altercation. Le Ministère public a réclamé une peine de 11 ans de privation de liberté pour meurtre.

«Dans ces circonstances, l’instinct de survie prend le dessus, c’était lui ou l’autre.»

M<sup>e</sup> Marcel Waser, avocat de la défense

La défense a, pour sa part, plaidé l’acquittement de son client concernant l’accusation de meurtre et demandé que la sanction pour les autres infractions (séjour illégal et exercice d’une activité lucrative sans autorisation, trafic et consommation de stupéfiants) n’excède pas les 17 mois de prison déjà effectués en préventive. Pour Me Marcel Waser, Macky a agi en situation de légitime défense, ou dans le pire des cas en situation de défense excusable. «On ne peut pas demander à un homme de raisonner intellectuellement. Dans ces circonstances, l’instinct de survie prend le dessus, c’était lui ou l’autre», a-t-il insisté, avant d’inviter le tribunal et son président à faire preuve d’objectivité à l’heure de fixer le verdict. «Le prévenu n’est peut-être pas le plus sympathique ni le plus collaboratif, mais ce n’est pas une raison pour le condamner pour meurtre.» Le verdict sera rendu vendredi en fin d’après-midi.

* Prénoms d’emprunt

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