«The Artist»: Michel Hazanavicius, heureux!
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«The Artist»Michel Hazanavicius, heureux!

Il fallait oser! Réaliser un film muet en noir et blanc à l'ère de la 3D! Michel Hazanavicius, le réalisateur des deux «OSS», y a cru.

par
Fred Ferrari
Michel Hazanavicius

Michel Hazanavicius

- Qu'avez-vous retiré de l'expérience des deux «OSS» qui vous a permis de réaliser «The Artist»?

La rencontre avec Bérénice Béjo et Jean Dujardin. Et surtout le succès des deux « OSS », qui m'a permis tout d'un coup d'imposer au marché ce qu'il ne voulait pas. Et aussi la confiance en moi. Je pense que c'est un film que je n'aurais pas été capable de faire avant « OSS ». Le fait d'avoir assouvi des envies de faire le malin, de faire rire, de faire des blagues de sale gosse à grande échelle m'a permis de faire un film sans ironie. Je n'aurais pas pu commencer par ça. Déjà là j'ai eu quand même un peu peur de faire un film cucul la praline! Ayant montré avec « OSS » que j'étais très malin, très rigolo et politisé, j'ai pu faire un film d'amour naïf et innocent.

- Est-ce difficile de mettre sa griffe sur un film aussi truffé de références que celui-là?

-Je ne me suis pas du tout posé la question. Ce serait réfléchir comme un industriel. Je n'ai pas de marque de fabrique. Je me fais confiance d'une certaine manière. Ma voix restera toujours ma voix. En plus je cherche à faire des films différents les uns des autres. Donc, au contraire, moins on me reconnaît mieux c'est. Sauf que vous avez beau faire tous les efforts que vous voulez, ça reste votre voix.

Bande annonce "The artist"

Je crois que le public n'attend rien du tout, il s'en fout de moi. Et moi je me fous un peu de ce que le public serait supposé attendre de moi. J'essaie de faire ce que j'ai envie de faire. Ça peut paraître un peu capricieux, mais un film, c'est deux ans de ma vie. C'est une immersion dans un sujet, une époque, des thèmes, je vis avec des personnages, je dois attirer avec moi des talents, des techniciens, des artistes, des financiers, je dois imposer une énergie, en l'occurrence vraiment contre le marché. Et je ne pourrais pas le faire comme si je déclinais une nouvelle voiture de chez Renault. J'ai besoin que le désir soit plus profond que ça.

- Comment s'est passé le casting des acteurs américains?

- Très simplement. Il y a énormément de fantasmes sur les acteurs américains. On m'avait dit: «Tu verras, il faut les payer pour qu'ils lisent le scénario»... La vérité c'est que j'ai envoyé le scénario. Ça leur a plu. John Goodman (qui joue un producteur, ndlr), ça a duré quatre minutes, montre en main. Il m'a dit : «C'est génial, j'ai envie de le faire». James Cromwell (qui interprète le chauffeur de Jean Dujardin) est un intellectuel, moins instinctif, plus réfléchi. Il m'a posé plein de questions. Une fois rassuré, il a dit OK… C'est le type de projet qui attire un peu obligatoirement les bonnes personnes. C'est un film qui fonctionne sur le désir, sur l'envie. Les gens qui viennent ne peuvent s'inscrire que là-dedans. Malcolm McDowell a entendu parler du projet, il a voulu me rencontrer. J'avais déjà choisi les interprètes principaux. Je lui ai dit ce que j'avais à lui proposer, un rôle de figuration, c'est rien. Et il est venu.

- Le film est acheté aux Etats-Unis?

-Oui... Moi j'ai commencé à être content le jour où j'ai acquis la certitude que je faisais le film. En général je me détends une semaine après le début d'un tournage, quand je me dis que là je vais aller au bout. Tant que je n'ai pas une semaine de tournage dans les pattes, je me dis toujours que ça peut s'arrêter. Après, à mesure que je faisais le film, j'étais content. Quand je l'ai monté, les gens l'ont vu, j'étais heureux. Cannes, j'étais hyper content. Maintenant, ça fait longtemps que ce sont à chaque fois des cerises sur le gâteau. Vu d'où on part, un film dont personne ne veut et on en est là, c'est déjà extrêmement positif.

- Une scène étonnant est la scène du rêve de George Valentin, terrorisé qui par bruits qui envahissent son univers. Vous l'avez écrite très tôt?

- Oui. Elle est venue comme une option de scénario à un moment donné. Je trouvais marrant d'avoir un acteur de film muet qui, au moment où le parlant arrive, se retrouve avec un monde qui devient sonore. Et puis rapidement je fais me suis dit que je proposais un film muet pendant un quart d'heure et ensuite je changeais pour faire un film sonore. Donc je trahis le spectateur. Donc ce n'était pas une bonne idée, j'ai écartée cette option.

Par contre, je trouvais cette scène intéressante, elle s'est promenée pendant longtemps quand je travaillais sur la structure du film, avec des significations différentes selon le moment où elle apparaissait.

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