Genève: Migrants exploités contre la promesse d'un permis B
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GenèveMigrants exploités contre la promesse d'un permis B

Employés d'une société de nettoyage, des requérants d'asile auraient travaillé quasi gratis en croyant que cela leur permettrait de rester en Suisse. Le syndicat Unia a saisi la justice.

par
David Ramseyer
photo: Kein Anbieter

«Je croyais que c'était normal, alors je n'ai rien dit.» Normale, la situation de Yusuf? Unia s'étrangle de colère. Le syndicat a dénoncé jeudi la société Top Clean Reinigung, qui employait ce Sud-Soudanais au bénéfice d'une admission provisoire en Suisse (permis F).

Basée à Berne, celle-ci effectuait le nettoyage des restaurants McDonald's McDonald's de la rue du Mont-Blanc, de Rive, Plainpalais et du Lignon. Elle aurait promis à Yusuf et à au moins deux autres requérants d'asile un permis de séjour (permis B) s'ils travaillaient quasi gratuitement et ce, pendant plusieurs semaines.

Irrégularités en série

L'entreprise, qui recrutait notamment dans des foyers d'accueil, prétendait qu'il s'agissait en partie de périodes de formation non-payées selon ses anciens employés. Outre qu'un patron ne peut légalement octroyer un papier de séjour, «il a abusé de personnes vulnérables qui ne connaissaient pas leurs droits», s'insurge Camila Aros, secrétaire syndicale.

Unia dénonce d'autre irrégularités présumées: personnel non déclaré, travail sur appel et horaires étendus notamment. «En 40 jours, je n'ai eu que 4 jours de congé, affirme Yusuf. Finalement, mon colocataire au foyer m'a dit que ces conditions n'étaient pas réglementaires. Il m'a incité à aller voir le syndicat.»

Des inconnus leur offrent de l'argent

D'après plusieurs ex-collaborateurs, Top Clean aurait ensuite tenté de les rétribuer en cash, sans fiche de paie. «Ils ont été contactés au nom de l'entreprise par des inconnus, assure Unia. Ceux-ci leur ont offert des montants qui ne couvraient même pas ce qui leur était légitimement dûs.»

Yusuf a déposé plainte contre son ex-employeur pour usure. Le syndicat Unia, lui, a porté l'affaire devant le Tribunal des Prud'hommes. La procédure de conciliation n'a pas abouti. Les responsables de Top Clean sont restés injoignables jeudi. Leur avocat a déclaré n'avoir aucun commentaire à faire.

McDonald's répond aux critiques

Si Unia cible principalement Top Clean, il n'épargne pas le géant du fast-food accusé de ne pas avoir suffisamment contrôlé son prestataire externe. Porte parole de McDonald's Suisse, Aglaë Strachwitz balaie le reproche: "Pour nous, tout était en ordre avec cette entreprise de nettoyage. Mais une fois contacté par Unia, nous avons demandé des explications à Top Clean qui n'a pas été en mesure de répondre à tous les points soulevés." En septembre dernier, la chaîne de restaurant a mis un terme à son contrat avec le société bernoise au 31 décembre 2015.

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