Session extraordinaire: Migration et asile: l’UDC recalée deux fois
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Session extraordinaireMigration et asile: l’UDC recalée deux fois

En voulant s’en prendre au programme de réinstallation des migrants les plus affaiblis, l’UDC s’est ramassée deux vestes.

par
Eric Felley
Ada Marra (PS/VD) a rappelé qu’en huit ans la Suisse avait, en tout et pour tout, accueilli 6342 personnes avec des programmes de réinstallation.

Ada Marra (PS/VD) a rappelé qu’en huit ans la Suisse avait, en tout et pour tout, accueilli 6342 personnes avec des programmes de réinstallation.

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En ces temps de Covid-19, le groupe UDC a réussi à obtenir une «session extraordinaire» sur le thème: «Migration et asile». C’est le conseiller national Michaël Buffat (UDC/VD) qui a défendu deux motions pour durcir les conditions d’entrée en Suisse des personnes qui font l’objet de programmes de réinstallation avec l’aide du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). L’UDC demande que la Suisse n’octroie plus l’asile à des groupes de réfugiés «comprenant des personnes qui ne disposent pas d’une identité attestée» ou «s’il est avéré ou soupçonné qu’elles sont originaires d’une région à forte concentration de courants radicaux». Elle demande aussi que ce type de personnes en Suisse soient mises dans des centres fermés ou surveillés en permanence.


Le Vaudois a rappelé que pour les années 2020 et 2021, le Conseil fédéral a décidé d’admettre un maximum de 1600 réfugiés particulièrement vulnérables: «Au moins 80% de ce contingent est destiné à des groupes de personnes originaires des régions en crise du Moyen-Orient et situées le long de la route migratoire par la Méditerranée centrale.» Ce programme a connu des retards à cause de la pandémie et en 2020: «511 personnes ont été admises, dont 229 n’avaient pas de documents valables». Pour lui ces personnes posent un problème de sécurité intérieure, citant l’attaque à Morges l’année dernière ou le projet de faire sauter des citernes de carburants à Bâle en 2019.

Du côté alémanique, Andreas Glarner (UDC/AG) est venu soutenir son collègue romand, accusant le Conseil fédéral de jouer le rôle de «passeur» dans ces programmes et d’aller chercher des réfugiés «là où il y a le plus grand nombre de terroristes potentiels» ou encore de fustiger cette pression migratoire: «Nos écoles vont bientôt exploser, on ne peut plus faire la classe».

«Mesures lilliputiennes»

En guise de réponse, Ada Marra (PS/VD) a rappelé des chiffres: «En 8 ans, 4752 personnes ont bénéficié de ces programmes de réinstallation, dont 4000 environ de Syrie, 1500 sont venus depuis la Grèce, on peut y ajouter 90 mineurs non accompagnés. En tout cela fait 6342 personnes qui ont été accueillies par des programmes spéciaux, c’est-à-dire rien…» Elle a accusé l’UDC de «chercher des poux à des mesures lilliputiennes».

Marco Romano (C/TI) pour le groupe du Centre a déploré deux motions «qui stigmatisent et créent de la peur. Alors qu’ici nous avons affaire à des enfants et des familles en détresse». Un point que Damien Cottier (PLR/NE) a repris parlant de «la Suisse de la Croix-Rouge» qui vient en aide et protège «des femmes, des enfants, des personnes qui n’ont plus rien.»

Pour la conseillère fédérale Karine Keller Sutter, les dossiers présentés par l’HCR, contrôlés par le Secrétariat aux migrations (SEM) et par le Service de renseignement de la Confédération (SRC), font l’objet de procédures sécuritaires suffisantes: «Il est question ici de réinstallation de femmes, d’enfants, de personnes âgées ou des personnes malades». Par ailleurs, elle a estimé qu’enfermer ou surveiller les gens pour de simples soupçons: «Ce n’est pas compatible avec la Constitution fédérale».

Au vote, les deux motions ont été refusées par 139 à 53, les voix de l’UDC.

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