Suisse: Milieux économiques divisés sur l'économie verte
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SuisseMilieux économiques divisés sur l'économie verte

Les milieux économiques estiment que ce texte menace la place industrielle suisse. Mais Swisscleantech est prête à relever le défi.

Les citoyens doivent s'exprimer sur le texte des Verts le 25 septembre.

Les citoyens doivent s'exprimer sur le texte des Verts le 25 septembre.

photo: Keystone

L'initiative «pour une économie verte» est diversement accueillie par les milieux économiques. Economiesuisse et ses membres jugent l'objectif trop ambitieux et dangereux tandis que swisscleantech et les entreprises qu'elles représentent sont prêtes à relever le défi.

Avec cette initiative, la Suisse serait contrainte de réduire sa consommation d'énergie et de matières premières, dans une proportion de plus de 65%, d'ici 2050 a relevé Heinz Karrer, président d'economiesuisse, jeudi à Berne devant la presse. Pour lui, l'objectif est tout simplement intenable.

Cela conduirait à une transformation abrupte de l'économie et de la société. Les entreprises et les consommateurs feraient face à des restrictions dans les domaines de l'habitat, de l'alimentation et de la mobilité. La marge de manoeuvre des entreprises diminuerait, les produits et les services renchériraient.

«Le Conseil fédéral met en garde contre une hausse des prix des denrées alimentaires pour les consommateurs, rappelle la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), présidente de la Fédération des Industries Alimentaires Suisses. La viande et les produits laitiers seraient particulièrement touchés, les biens importés d'Asie, d'Amérique et d'Afrique également.

N'est-ce pas quand même peindre le diable sur la muraille? Ecoutez la réponse de la Vaudoise:

«Un relèvement des impôts sur les carburants fossiles toucherait tous ceux qui ont besoin d'une voiture, abonde Thierry Burkart, vice-président du Touring Club Suisse.

Néanmoins, quand les entreprises ont été contraintes dans les années 70 d'installer des catalyseurs sur les voitures, toute l'industrie automobile avait hurlé, jurant qu'elle allait être coulée. Or, cela n'a pas été le cas du tout. Alors encore une fois, l'économie n'exagère-t-elle pas? Ecoutez la réponse de la conseillère vaudoise Isabelle Moret:

Pour Andreas Züllig, président d'hotelleriesuisse, «l'initiative cimenterait un peu plus les prix élevés pratiqués dans le secteur touristique et l'hôtellerie.» Et selon Hans Egloff, président de l'association suisse des propriétaires fonciers (HEV), «en cas d'acceptation de l'initiative, de nombreux Suisses se trouveraient face à des défis financiers et le rêve classique d'un chez-soi deviendrait inatteignable. "

Les entreprises suisses pratiquent déjà une activité économique respectueuse de l'environnement, estiment-ils. Et ils préfèrent un passage volontaire vers la durabilité plutôt qu'un carcan «vert» de plus.

Soutien des PME

Le même jour, deux étages plus dans le bâtiment du Vatter Business Center à Berne à quelques pas du Palais fédéral, des PME suisses ont tenu un tout autre discours. Rassemblées sous le label swisscleantech, qui représente 270 entreprises et 15 associations économiques, elles sont venues affirmer leur soutien à la proposition des Verts.

Avant eux, les grands groupes IKEA et Scheider electric avaient déjà annoncé leur soutien au texte des écologistes. «Les solutions techniques pour une économie durable existent déjà à l'heure actuelle. On ne peut même pas imaginer les possibilités qu'il y aura dans 34 ans», dit swisscleantech.

Certes, la Suisse est déjà un des pays les plus innovants, mais l'association ne veut pas se contenter de cet avantage concurrentiel. A l'heure du changement climatique et de la limitation des ressources, elle veut au contraire le renforcer.

Economie circulaire

C'est là qu'entre en jeu l'idée d'une économie circulaire, qui prévoit, dès la conception d'un produit, les successions de vie des matières premières utilisées. Celles-ci sont ensuite recyclées dans un circuit technique ou biologique.

L'état actuel de la technique permettra bientôt d'utiliser 90% des déchets produits en Suisse comme matières premières, a expliqué Markus Tonner, CEO de InnoRecycling. L'utilisation de cette ressource pourrait rendre la Suisse plus indépendante de l'étranger et de la volatilité des marchés, selon lui. Les progrès sont également tangibles dans les différents métiers du bâtiment.

Swisscleantech adhère au but de l'initiative des Verts qui veut que «l'empreinte écologique» de la Suisse ne dépasse pas ce que la planète peut produire en un an. Pour ses partisans, l'objectif est identique aux engagements contractés par la Suisse avec le récent Accord de Paris. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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