Belfaux (FR): Millions volés à la commune: un stratagème très lucratif
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Belfaux (FR)Millions volés à la commune: un stratagème très lucratif

Un boursier a utilisé 205 fois le même artifice pour détourner plus de 5 millions au total.

par
Xavier Fernandez
L’accusé occupait le poste de boursier depuis une quinzaine d’années.

L’accusé occupait le poste de boursier depuis une quinzaine d’années.

XFZ

Huit ans de prison. C’est la peine requise par le Ministère public, lundi, dans le cadre du procès de l’ex-trésorier de Belfaux. Pour la procureure générale adjointe Alessia Chocomeli, le quinquagénaire s’est rendu coupable d’escroquerie par métier, abus de confiance, gestion déloyale, faux dans les titres et blanchiment d’argent. En tout, il aurait soustrait quelque 6 millions de francs à la bourse communale, grâce à quatre artifices mis en place durant ses quinze années de service. Mais il y en a surtout un qui s’est avéré très lucratif. À 205 reprises, dont 59 en 2017, il a retiré à la banque des montants d’environ 25’000 francs, pour un total de plus de 5 millions. Concrètement, il demandait au syndic de signer un ordre de virement justifié comme «acomptes paroissiaux». Puis, au lieu de faire le virement, il s’emparait de l’argent et falsifiait la comptabilité. Un exercice que la procureure a qualifié de «gymnastique comptable».

Ni le Conseil communal, ni la fiduciaire qui révisait les comptes, ni la commission financière, ni les experts externes mandatés pour un mentorat ne s’en sont aperçus. C’est pour une autre irrégularité de moindre importance que le caissier s’est fait pincer et une deuxième fiduciaire a finalement détecté cette pratique très rentable. L’avocat de la défense a d’ailleurs avancé que: «mon client ne devrait pas être seul sur le banc des accusés, puisque personne n’a fait son travail». Pour lui, une peine de 54 mois serait suffisante. S’il n’a pas nié les faits, il estime qu’on ne peut accuser le caissier que de faux dans les titres et gestion déloyale envers la commune, ainsi que d’abus de confiance, mais envers une PPE qu’il administrait et dont il utilisait les fonds à des fins privées. Pour le mot de la fin, l’accusé a dit regretter le mal qu’il a causé aux autorités communales, la PPE et sa famille. Verdict le 30 mars.

Qui récupère quoi

Au-delà de la peine, le principal enjeu du procès est financier. Plusieurs comptes bancaires ont été séquestrés, ainsi que trois logements, dont un à Villars-­sur-Glâne (FR), d’une valeur de 1,7 million. Si Belfaux, principal lésé, voudrait tout récupérer, l’ex-épouse de l’accusé, copropriétaire, réclame sa part. Les juges devront déterminer si elle savait que son mari finançait ces biens par une activité délictueuse ou si elle était de bonne foi.

Syndique accusée

Comment Rose-Marie Probst a-t-elle pu autoriser des prélèvements quasi hebdomadaires de 25’000 fr., durant plus de trois ans, sans se poser de questions? Pour la défense, elle est aussi coupable que le caissier. «Je suis montée dans un train qui était déjà en marche et j’ai fait confiance. Les mots de Me Clerc ont été très durs et je suis profondément blessée. Si je me suis engagée, c’est pour rendre service à la collectivité. Je n’aurais jamais imaginé une chose pareille», commente la syndique.

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