Camp pro-climat à Eclépens (VD): Mis au pas après six mois d’utopie
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Camp pro-climat à Eclépens (VD)Mis au pas après six mois d’utopie

La police a évacué mardi l’occupation illégale de la colline du Mormont. Malgré la tension, aucun grave débordement n’est à signaler.

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Cernés avant l’aube ce mardi par des centaines de policiers antiémeute, les militants pro-climat opposés à l’agrandissement de la carrière du Mormont savaient que leurs heures sur le site étaient comptées. Installés depuis octobre dernier sur ce terrain exploité par le cimentier Holcim, ils avaient d’ailleurs multiplié les appels au soutien ces derniers jours. Tous craignaient une escalade de la violence le jour-J. Celle-ci n’a finalement pas eu lieu.

«Tous ces policiers juste pour nous?»

L’évacuation pacifiste a démarré avant 8h, avec un matériel toutefois conséquent: motocross, camions à eau et à lame, tronçonneuses. «Ils ont l’air d’être beaucoup, soufflait une militante de bon matin. On ne sait pas trop comment ça va se passer.» En face, les 150 activistes dénombrés par la police n’étaient pas en reste. Barrages humains pour freiner la progression des gendarmes, barricades inflammables, hôpitaux de fortune mis sur pied et flashs info sur une radio interne autogérée: le terrain avait des airs de champ de bataille. «Tous ces policiers juste pour nous, c’est la classe», rigolait d’ailleurs un bloqueur sur place.

Balles en caoutchouc

Un par un, les barrages ont toutefois fini par céder. A la mi-journée, un bref face-à-face a fait grimper la température. Des jets de bouteilles et de fumigènes ont notamment visé les policiers, qui ont répondu par des tirs de balles en caoutchouc. «La honte!», hurlaient les activistes à leur encontre. Un gendarme a été légèrement brûlé. Mais rien n’arrêtait plus leur avancée.

Les promesses de non-violence ont été globalement tenues dans les deux camps: le gros des militants a quitté les lieux dans l’après-midi, y compris les renforts venus de France et d’Allemagne, sans la moindre blessure. Au final, 29 personnes ont été interpellées et identifiées. Douze ont été placées en détention dans les locaux de la police. Dans la foulée, la compagnie Holcim et des employés communaux s’affairaient à débarrasser les nombreux restes de l’utopie – illicite - qui aura vécu six mois.

Réactions politiques contrastées

A gauche, les partis affichent leur soutien aux occupants illégaux de la colline du Mormont. «Leur action n'a pas été vaine, indique Alberto Mocchi, président des Verts vaudois. Ils ont permis à tout le monde de se rendre compte que le site doit être mieux protégé et ils ont aussi mis sur le devant de la scène la problématique de la consommation excessive de ciment.»

La cheffe du Département de la sécurité Béatrice Métraux, toute verte qu’elle soit, s’attire pour sa part les foudres de la gauche radicale. «Si la poursuite de l’intervention policière est la seule réponse donnée par le gouvernement vaudois, nous demandons à la conseillère d’État de démissionner afin d’exprimer son refus d’endosser une politique de répression contre des militants écologistes.»

Le président de la section cantonale de l’UDC se dit «choqué» par les méthodes utilisées par les militants. «Ce sont des images dignes d'une intifada, qu'on n'a pas l'habitude de voir en Pays de Vaud, déplore Kevin Grangier. Pourtant, les outils démocratiques existent pour se faire entendre. Encore faut-il convaincre 50% de la population.»

Quatre militants encore perchés

Lors de son point de situation de 21h30, la police cantonale vaudoise explique que tous les occupants ont été évacués, à l’exception de quatre personnes qui étaient encore perchées dans les arbres. N’arrivant pas à les atteindre, les forces de l’ordre ont décidé de renoncer à les déloger pendant la nuit, pour la «sécurité» des militants et des intervenants. Toutefois, des policiers vont rester sur le site afin d’assurer une surveillance. 62 personnes avaient déjà été interpelées et identifiées, alors que des contrôles se poursuivaient pour une trentaine d’entre eux.

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