Mission délicate pour les inspecteurs de l'AIEA en Syrie

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Mission délicate pour les inspecteurs de l'AIEA en Syrie

Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) étaient attendus ce dimanche en Syrie pour examiner un site détruit l'an dernier par l'aviation israélienne, soupçonné par l'Etat hébreu et les Etats-Unis d'avoir abrité un réacteur nucléaire capable de produire du plutonium à des fins militaires.

Si Damas a autorisé cette visite de trois jours, on ne connaissait pas le degré de liberté qui serait accordé aux représentants de l'agence onusienne, qui espèrent également se rendre sur trois sites supplémentaires, ce que le régime baasiste a indiqué qu'il refuserait. La Syrie, qui contrôle strictement les informations sur ce voyage, n'avait pas donné de détails en fin d'après-midi.

Le directeur général adjoint de l'AIEA, Olli Heinonen, s'est cependant montré optimiste dimanche à Vienne avant de prendre place dans l'avion qui devait l'amener à Damas. «Je suis sûr que je vais pouvoir revenir» en Syrie après cette première mission, a-t-il déclaré à la presse. Il a ajouté qu'il espérait, avec son équipe de deux personnes, pouvoir commencer à «établir les faits ce soir».

Les inspecteurs doivent se rendre sur le site d'Al-Kibar, un complexe situé dans une zone isolée du désert de l'est du pays qui a été détruit en septembre dernier par un raid de l'aviation israélienne. Selon les Etats-Unis, il s'agissait d'un réacteur produisant du plutonium, presque prêt à l'emploi et donc déjà en mesure de générer des matériaux pour des armes nucléaires.

La Syrie dément, et a -après plusieurs mois d'hésitation- donné son feu vert début juin à la mission des inspecteurs de l'AIEA. Le président Bachar el-Assad a cependant souligné qu'ils ne seraient pas autorisés à se rendre sur trois autres sites soupçonnés d'habriter des activités nucléaires secrètes. Damas n'a à ce jour déclaré qu'un programme nucléaire rudimentaire muni d'un petit réacteur à 27 kilowatts, à des fins de recherche et pour produire des isotopes pour une utilisation médicale ou agricole.

L'AIEA a peu de droits à faire valoir sur le territoire syrien. Des diplomates accrédités auprès de l'AIEA ont déclaré dimanche que l'agence a appris il y a seulement quelques jours qu'elle serait autorisée à se munir de radars capables de sonder le sol en-dessous d'un nouveau bâtiment construit sur le site du complexe d'Al-Kibar.

Les inspecteurs ignoraient également la marge de manoeuvre dont ils disposeraient pour examiner les alentours du site, selon ces diplomates proches du dossier. Plus précisément, ils souhaitent inspecter les restes de conduites d'eau et une station de pompage située à proximité, afin de déterminer si les équipements sont similaires ou non à ceux d'un prototype de réacteur nord-coréen, comme l'affirme Washington.

Les inspecteurs souhaiteraient enfin se rendre sur des sites où auraient été disposés les débris résultant du bombardement, mais aussi d'une explosion qu'aurait apparemment effectuée l'armée syrienne pour éliminer les traces. Très précisément, les inspecteurs rechercheront des traces de graphite dans les alentours d'Al-Kibar: cette forme de carbone est utilisée comme un élément refroidissant dans le prototype nord-coréen.

Si les soupçons américano-israéliens sont confirmés, cette mission pourrait signifier l'ouverture par l'AIEA d'une enquête de très grande envergure, comme celle qui dure depuis cinq ans sur le programme nucléaire iranien. Une éventuelle piste nord-coréenne pourrait également étendre l'investigation au régime de Pyongyang, qui a effectué son premier essai d'une bombe nucléaire en octobre 2006. AP

mgh/v0/mw (ap)

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