Athlétisme – Diamond League: Mo Farah: «Je n'oublierai jamais Zurich»
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Athlétisme – Diamond LeagueMo Farah: «Je n'oublierai jamais Zurich»

Pour la dernière course de sa formidable carrière sur piste, le spécialiste britannique du demi-fond s'est offert une sortie remarquée, jeudi, au Weltklasse de Zurich.

par
Oliver Dufour
Zurich

C'est terminé. Après avoir dominé les épreuves du 5000m et du 10'000m durant de nombreuses années, Mo Farah a tiré sa révérence. Sur une piste du Letzigrund encore humide après les pluies orageuses de fin de journée, le quadruple champion olympique et multiple champion du monde et d'Europe s'est offert un dernier baroud d'honneur avec panache.

Dans un temps de 13'06''05, il a remporté à l'arraché le 5000m du Weltklasse, ainsi que la Diamond League de la spécialité, avec seulement 4 centièmes d'avance sur ses dauphins. Désormais, celui qui a demandé à être maintenant appelé de son nom complet, Mohamed, se tournera vers la pratique du marathon. Zurich gardera néanmoins une place de choix dans son cœur.

Quels sont vos sentiments au terme de cette course palpitante?

C'est dingue, qui l'aurait cru? Ce résultat, après celui de Londres (ndlr: «seulement» médaillé d'argent sur 5000m, derrière l'Ethiopien Muktar Edris, à l'occasion des derniers championnats du monde), où j'étais déçu et heureux à la fois. Tout ce que j'avais pu faire, c'était de donner le meilleur de moi-même et c'est ce que j'ai fait. Ça m'a beaucoup vidé. Mais depuis, je me suis bien reposé. J'ai aussi regardé des vidéos, étudié les tactiques de mes adversaires et travaillé fort, pour savoir comment leur faire assez mal, tout en gardant assez de force dans les jambes.

Comment avez-vous établi votre plan d'attaque?

Ce soir (ndlr: jeudi), le plan était de «m'asseoir» sur Edris et de lui faire faire une bonne partie du travail. Et en même temps, en entrant dans le dernier tour, je ne voulais pas concéder le moindre centimètre à qui que ce soit. Et c'est ce que j'ai fait. A un moment, je me demandais: «Oh mon dieu, est-ce que je peux tenir?» Et je me persuadais: «Oui tu le peux, oui tu le peux!» Ça faisait mal, mais sur les 100 derniers mètres j'ai fait une sorte de plongeon à la Colin Jackson (ndlr: ancien spécialiste du 110m haies). Le combat est allé jusqu'à la ligne. Je commençais à me pencher en avant autant que possible. Mais en faisant ça il y a toujours un risque de chute (ndlr: ses deux rivaux, Edris et Chelimo, se sont accrochés et ont chuté en franchissant la ligne). Mais je n'ai pas arrêté de penser: «C'est le moment, c'est maintenant!»

Réalisez-vous que c'était votre dernière course?

Non, pas vraiment. Je voulais gagner et c'est fantastique que ce soit arrivé. C'est dur, ça va probablement me rattraper plus tard. Chaque année, on se retrouve avec ces mêmes personnes. On apprend à connaître des gens. Tout ça va vraiment me manquer. La piste, les gens, mes fans… Mais toute chose a une fin. J'ai apprécié de courir dans des stades durant de nombreuses années, mais maintenant je vais avant tout profiter d'être avec ma famille. C'est l'anniversaire de mes jumelles aujourd'hui (ndlr: jeudi, Aisha et Amani ont fêté leur 5 ans). Quel cadeau c'est pour elles! Je termine ma carrière sur une victoire. On ne peut pas faire mieux que ça.

Usain Bolt disait que c'était le bon moment pour s'arrêter, que les adversaires se rapprochent. C'est votre sentiment?

Ils se rapprochent et moi je ne rajeunis pas (rire)! Et je veux aller faire des marathons. Mais c'est bon de donner une chance aux plus jeunes, de les laisser faire leur truc. Ça sera intéressant de voir qui va me succéder à l'échelon mondial. Et surtout combien de temps il tiendra. C'est la clé. En tant qu'athlète, quand vous avez une cible dans le dos, ça devient chaque année de plus en plus dur. Vous savez, à un moment, en janvier, pour être honnête, je me demandais: «A quel point est-ce que tu le veux? A quel point en as-tu vraiment envie?» Vous vous remettez en question. «As-tu toujours faim? Vas-tu toujours travailler?» Lors du cross d'Édimbourg (ndlr: où il avait fini 7e en janvier), je n'avais pas travaillé assez fort. Je faisais beaucoup de choses, je me déplaçais, j'essayais de profiter un peu plus de la vie. Mais tu ne peux pas faire ça à ce niveau. Il faut être capable d'y mettre le travail nécessaire. Il faut partir quelques semaines en Ethiopie, au Kenya, ou ailleurs. Manger, dormir, s'entraîner. Et c'est là que j'ai pris ma décision. Je voulais aller à Londres pour terminer le travail.

Et vous avez fini en beauté ici, à Zurich…

On a beaucoup parlé. D'Edris et moi, surtout. J'ai beaucoup aimé cette course excitante. Et quelle façon de terminer ma carrière et de prendre ma revanche sous les yeux du monde! Je n'oublierai jamais Zurich. C'est où j'ai battu le record britannique pour la première fois, en 12'57'' (ndlr: en 2010), où je suis descendu pour la première fois sous la barre des 13 minutes (ndlr: Farah a également signé un doublé 5000m et 10'000m aux Championnats d'Europe de 2014 sur cette même piste). C'était ici. Et de finir ici avec une victoire, c'est fantastique. D'y gagner le classement de la Diamond League, c'est encore mieux!

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