Genève - Mobbing: quinze témoignages visent Patek Philippe 
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GenèveMobbing: quinze témoignages visent Patek Philippe

Le syndicat Unia, qui avait déjà saisi l’inspection du travail pour dénoncer des cas de harcèlement dans l’entreprise horlogère, a remis le couvert ce jeudi.

par
Jérôme Faas
Le siège de Patek Philippe, flambant neuf, se trouve en zone industrielle de Plan-les-Ouates.

Le siège de Patek Philippe, flambant neuf, se trouve en zone industrielle de Plan-les-Ouates.

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«La situation chez Patek Philippe est encore plus grave qu’imaginé», a estimé ce jeudi Alejo Patino, secrétaire syndical chez Unia. Ce dernier a convoqué la presse pour la seconde fois en un peu plus d’un mois pour dénoncer de nouveaux cas de harcèlement, de mobbing, de racisme et de sexisme au sein de l’entreprise horlogère, et son absence de réaction face à ceux-ci. Le 8 juin, Unia avait déjà alerté les médias à ce propos. Il a décidé d’en remettre une couche après avoir croulé sous les témoignages suscités par sa première intervention publique. Alejo Patino a annoncé que quinze nouvelles dénonciations seraient remises à l’inspection du travail (Ocirt) durant l’après-midi.

Le syndicat «très surpris»

«Dès le lendemain de notre première conférence de presse, nous avons reçu des dizaines et des dizaines d’appels, a relaté Alejo Patino. Nous avons été très surpris: ce n’est pas quelque chose de fréquent. Des gens ayant quitté l’entreprise depuis plusieurs années nous ont aussi contactés. Ça aussi, c’est inhabituel. Enfin, ces récits émanent de plusieurs secteurs de la société, dont certains proches de la direction.» Le syndicaliste y voit la preuve que les dérives rapportées ne sont pas le fait «d’un petit chef dans un coin», mais sont permises par une politique d’entreprise laxiste en la matière.

«Parole remise en cause»

Après avoir recueilli «une quarantaine» de témoignages, Unia en a retenu quinze, les plus actuels et pertinents à ses yeux, pour les transmettre à l’Ocirt. Treize concernent des cas de mobbing et harcèlement, un à trait au sexisme, le dernier au racisme. Ils émanent tout à la fois d’employés en poste, ayant été licenciés ou ayant démissionné. Leur point commun est l’absence de réponse hiérarchique. «Quand un fait est remonté auprès des responsables, la parole de la victime est remise en cause ou étouffée, et l’entreprise ne fait rien pour faire cesser» les agissements pendables.

Pour Alejo Patino, c’est ce traitement défaillant qui est particulièrement problématique. «Du mobbing, malheureusement, il y en a un peu partout. Mais la réponse apportée n’est pas la même dans toutes les entreprises. En règle générale, on trouve des accords. Là, dès le départ, Patek a refusé d’entrer en matière, a nié. Aujourd’hui, ils refusent d’admettre qu’ils ont un problème.» Et la formation anti-harcèlement mise sur pied par la société depuis ce printemps ne convainc pas. «Elle est donnée par les mêmes personnes qui ont averti, licencié et remis en cause les victimes. Les employés ne peuvent donc pas leur faire confiance.»

La position de l’entreprise

Appelée à se positionner, l’entreprise Patek Philippe n’a pas donné suite (elle a finalement répondu en fin de journée, lire l’encadré). Dans une communication interne datée du 9 juin, son directoire s’était déclaré «profondément blessé» par les déclarations d’Unia, assimilées à du «dénigrement». Il indiquait que ni le harcèlement, ni la peur n’avait jamais été acceptables au sein de la manufacture horlogère. S’il se disait «loin de nier le fait que certains de vous peuvent avoir le sentiment – à tort ou à raison, peu importe – d’être défavorisés, maltraités, dénigrés, harcelés», il rappelait l’existence de «nombreuses voies pour dénoncer ces situations»; et indiquait que tout collaborateur témoin de tels cas avait aussi «le devoir» de l’informer. Le Directoire précisait par ailleurs qu’aucun collaborateur n’avait jamais été licencié pour avoir alerté l’entreprise sur des situations de harcèlement.

Inspection du travail saisie cet hiver

L’Ocirt (Office cantonal de l’inspection et des relations de travail) a été saisi une première fois par Unia d’une dizaine de plaintes relatives à Patek Philippe en décembre. Suite à ces dénonciations, l’office étatique a formulé à l’adresse de l’entreprise horlogère deux demandes de mise en conformité, soit la mise sur pied de mesures destinées à prévenir les risques psychosociaux au travail. La première, qui devait être effective fin avril, a notamment débouché sur une formation interne anti-harcèlement. La seconde échoit fin août. Entretemps, inquiet de constater que la société refusait le dialogue avec lui, le syndicat a médiatisé l’affaire le 8 juin. Affaire qui a donc rebondi ce jeudi, avec le dépôt de quinze nouvelles dénonciations. Celles-ci s’ajoutent à trois procédures ouvertes aux Prud’hommes pour licenciements abusifs.

La société présente ses excuses

Jeudi soir, Patek Philippe, via un communiqué, a indiqué prendre acte des déclarations d’Unia. L’entreprise a affirmé que le bien-être des collaborateurs faisait partie de ses préoccupations prioritaires. Elle «présente ses excuses aux personnes qui ont pu souffrir de comportements inadéquats». Elle se dit néanmoins surprise par ces nouvelles dénonciations, vu les «excellents résultats de l’enquête interne de satisfaction des collaborateurs portant sur plus de 1500 personnes». Patek Philippe juge enfin «possible» que les «très nombreux outils» mis en place pour dénoncer et traiter les cas de harcèlement «n’aient pas parfaitement fonctionné». La société affirme qu’elle mettra tout en œuvre pour comprendre pourquoi, puis déploiera un plan d’actions pour améliorer ses dispositifs de prévention.

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