Coronavirus: Moins d'un cas sur cinq détecté en Suisse romande
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CoronavirusMoins d'un cas sur cinq détecté en Suisse romande

Selon une étude, le nombre d'infections en Suisse dépasse en réalité les 125'000. Genève n'a identifié qu'un cas sur quatre, Vaud un sur cinq et le Tessin, un sur huit.

Des personnes attendent de pouvoir faire leurs achats pour Pâques à Genève, le 11 avril 2020. Photomontage.

Des personnes attendent de pouvoir faire leurs achats pour Pâques à Genève, le 11 avril 2020. Photomontage.

Keystone/Salvatore Di Nolfi

Le nombre d'infections par le nouveau coronavirus Sars-CoV-2 en Suisse serait environ cinq fois supérieur aux quelque 25'000 annoncés par les cantons et dépasserait aujourd'hui les 125'000. C'est la conclusion d'une étude publiée par onze chercheurs britanniques de la prestigieuse London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Sous la supervision de son auteur principal, le docteur Timothy Russell, chercheur au Centre de modélisation mathématique des maladies infectieuses, qui conseille actuellement le gouvernement britannique, nous avons appliqué cette même méthodologie pour estimer la part des cas non détectés dans les cantons.

Les résultats sont étonnants: dans le canton de Vaud, seul un cas sur cinq a été détecté, tandis que dans le canton de Genève, la proportion est d'un sur quatre. En Valais, la part des cas détectés chute à 18%. Dans le Jura, Neuchâtel et Fribourg – qui ont été groupés pour atteindre la masse critique permettant ces calculs –, elle n'est que de 15%. Quant au Tessin, ce nombre chute à 12%. En clair, pour chaque malade du Covid-19 détecté au Tessin, sept autre personnes infectées n'ont pas été testées. A Zurich, en revanche, quatre cas sur dix auraient été détectés.

Difficile d'expliquer les différences cantonales, mais on note que les cantons davantage touchés par l'épidémie ont des taux de détection plus faibles. On relève aussi que les cantons disposant d'un laboratoire universitaire permettant des tests à large échelle présentent des taux plus élevés. Quant au Tessin, qui a été touché plus tôt que les autres par l'épidémie, il se retrouve tout au fond de la liste. Il faut dire qu'il n'a pas eu le choix que de cibler ses tests sur les catégories particulièrement à risque.

Depuis le 15 mars 2020, notamment en raison de la situation de pénurie de réactifs ou d'écouvillons pour les frottis nasopharyngés qui menaçait et de la capacité d'analyse qui manquait, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a recommandé aux cantons de ne tester que les personnes à risque. Depuis début avril, certains cantons ont assoupli cette règle et acceptent désormais de tester une population plus large.

Le fait de ne pas détecter une part aussi importante des cas de Covid-19 a pu avoir un effet néfaste sur la propagation de la maladie. On sait en effet qu'une personne qui est certaine d'être positive au Sars-CoV-2 a tendance à respecter davantage la période d'isolement qu'une personne se disant qu'elle est «peut-être contagieuse».

La méthode des épidémiologistes britanniques se base sur les séries temporelles des cas détectés et des décès. Dans les régions où le nombre de décès est élevé, l'estimation est plus précise. A l'inverse, dans les régions comptant moins de cas et moins de morts, la marge d'erreur est plus importante.

Un chiffre très important

Aujourd'hui, alors que de plus en plus de voix se font entendre pour demander une levée rapide des mesures de confinement, il est crucial de connaître la proportion de la population qui a déjà attrapé le virus. Ceux qui sont déjà tombés malades devraient en effet être immunisés contre la maladie et pourront en conséquence faire barrage au virus. Si leur nombre est suffisant, la maladie ne se propage plus.

En jargon épidémiologique, on appelle cela l'immunité grégaire ou l'immunité de troupeau. On estime qu'il faudrait entre 30 et 60% de la population qui soit immunisée pour réellement faire la différence. Et cette séroprévalence devrait être d'au moins 70 à 80% pour pouvoir se passer totalement des mesures d'hygiène et de distanciation sociale.

Si l'on en croit les estimations des chercheurs britanniques, même si on multipliait par un facteur cinq, huit ou même dix le nombre de personnes déjà tombées malades, on serait encore loin du compte. Au Tessin, la séroprévalence serait au maximum de 10%. Et à Genève, même si au lieu des quelque 4500 cas détectés, il étaient plutôt 20'000, cela représenterait toujours moins de 5% de la population genevoise.

Plusieurs cantons ont mis sur pied des études pour évaluer de façon précise cette séroprévalence au sein de la population, grâce à un nouveau type de test, qui identifie la présence d'anticorps dans le sang. Genève est l'un des cantons les plus avancés. Sous la supervision du professeur Idris Guessous et de la doctoresse Silvia Stringhini, une étude populationnelle sera effectuée sur 5600 personnes. Les premiers résultats sur un échantillon réduit de personnes pourraient déjà tomber dans quelques jours.

On saura alors si l'estimation des chercheurs britannique était trop prudente ou non.

(NewsXpress)

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