Lausanne: «Mon bébé est en vie, grâce à un triple miracle»
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Lausanne«Mon bébé est en vie, grâce à un triple miracle»

Au CHUV, une opération jamais pratiquée avant en Suisse romande a permis de sauver un nouveau-né d'une mort certaine.

par
Xavier Fernandez

Aujourd'hui, Laura* est âgée de trois mois et se porte comme un charme. Pourtant, quelques jours après sa naissance, ses chances de survivre étaient proches de zéro. «Mon bébé est en vie, grâce à un triple miracle», évoque la maman, encore émue.

Atteinte de difficultés respiratoires bénignes, Laura a été hospitalisée en néonatologie au CHUV peu après l'accouchement. Mais, à son cinquième jour, tout a basculé. «En à peine trente minutes, elle a complètement décompensé. Sa peau est devenue grise, son coeur avait enflé et elle a fait un arrêt respiratoire.»

Une maladie rare et grave

Deux jours et de nombreux tests ont été nécessaires pour poser un diagnostic. Laura souffrait d'une malformation artério-veineuse très rare, au cerveau (lire encadré), et grave. Si elle n'était pas immédiatement opérée, elle serait décédée dans les jours suivants. Or, il s'agit d'une opération très délicate, en raison du poids du bébé, qui n'avait jamais été pratiquée en Suisse romande.

Par chance, le neuroradiologue Guillaume Saliou travaille désormais au CHUV, et il est l'un des rares spécialistes expérimentés dans ce type d'intervention sur des nourrissons. «Dans le monde, il n'y a que quelques hôpitaux qui traitent régulièrement ce genre de cas, dont l'hôpital Bicêtre à Paris, qui est une référence internationale et où je travaillais auparavant. Malgré tout, je n'en ai traité qu'une cinquantaine en dix ans», commente le docteur.

De l'aine au cerveau

L'opération consiste à introduire un mini-cathéter dans l'artère fémorale, en passant par le pli de l'aine. Puis, grâce à l'imagerie médicale, le défi est de le faire remonter jusqu'au cerveau, pour y déposer une colle permettant de fermer la malformation. «S'agissant d'un bébé atteint d'une maladie grave et, par conséquent, hautement instable, c'est très risqué. De plus, il faut aller vite, tout en sachant que ses artères font moins d'un millimètre. Pour ne pas les endommager et risquer de provoquer une hémorragie interne ou une thrombose, l'intervention doit être parfaitement planifiée», détaille Guillaume Saliou.

Si, pour ce dernier et l'un de ses collaborateurs venant lui aussi de Paris, il s'agissait d'interventions connues, il n'en était pas de même pour les autres intervenants, notamment les anesthésistes et les soins intensifs. «Tout s'est bien passé. Je suis vraiment content, d'autant plus que l'équipe a le projet de pérenniser ces traitements par voie artérielle sur des bébés», dévoile le professeur.

Opérée deux fois

Néanmoins, Laura a dû être opérée un seconde fois six jours plus tard. Et, à nouveau, tout est allé pour le mieux. «Le premier miracle, c'est que nous étions au CHUV au moment où Laura a décompensé. Le deuxième, c'est que le docteur Saliou se trouvait lui aussi au CHUV. Le troisième miracle, c'est qu'elle a survécu à ces deux opérations», résume la maman.

En tout, Laura a vécu ses 69 premiers jours au CHUV. Notamment, parce qu'elle a dû être sevrée des médicaments qu'on lui a administré, dont la morphine. Et, encore aujourd'hui, elle reçoit des injections d'anticoagulant deux fois par jour. Quant à savoir si elle conservera des séquelles, il faudra attendre ses débuts à l'école pour en avoir le coeur net. «Elle aura peut-être des troubles de l'apprentissage, ou des difficultés pour lire. Mais elle revient de si loin que ça me paraît dérisoire», sourit la maman.

*Prénom d'emprunt

Qu'est-ce qu'une malformation des sinus duraux?

La malformation des sinus duraux (situés dans la partie superficielle des méninges) se caractérise par un élargissement de ces derniers. Elle se forme avant la naissance, mais n'est visible sur l'échographie anténatale que chez la moitié des bébés. Ces malformations peuvent parfois régresser spontanément et se guérir d'elles-mêmes. Toutefois, dans certaines formes plus graves, les artères peuvent se développer de façon anormale et induire une augmentation importante du débit et de la pression dans les veines du cerveau. Plus rarement, lorsque le débit est très important, le coeur peut être trop sollicité et saturé, entraînant une insuffisance cardiaque et des difficultés à respirer.

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