Actualisé 02.03.2016 à 16:56

Skicross«Mon but, c'est que ces gamines me dépassent!»

Fanny Smith a ouvert son académie, laquelle permet aux jeunes de s'initier à la pratique de son sport. Les premiers résultats concrets sont déjà arrivés.

de
Tim Guillemin, Morgins

Elle a beau être blessée à la clavicule et avoir été contrainte de mettre un terme à sa saison, elle s'implique à fond, Fanny Smith. La championne du monde de skicross est bel et bien sur les pistes de Morgins en ce mercredi neigeux du début du mois de mars. Que ce soit au départ pour encourager ses jeunes athlètes et leur donner de précieux conseils pour réussir leur départ; que ce soit au milieu de la piste pour vérifier qu'un saut est bien pris; ou même que ce soit à genoux juste avant une bosse pour poser un piquet synonyme d'endroit où prendre l'élan, elle est partout et elle ne néglige aucun détail.

«Allez, on en fait encore une! Au départ, servez-vous de la porte et tirez dessus au maximum pour vous donner de l'impulsion! Là, vous ne faites que sortir de la porte, il y a bien mieux à faire!», crie l'Aiglonne à Marie Mathey et Léna Florey, deux jeunes skieuses de son académie. La «Fanny Smith Academy» est une structure privée, dont le but est de former les championnes de demain, mais aussi de faire découvrir le skicross et son côté fun. En clair, il y en a pour tous les niveaux. Si le côté amusant est bien présent, comme il l'est toujours avec la skieuse, la performance n'est de loin pas mise de côté. «L'encadrement est professionnel, car il n'y a que comme cela qu'on progresse», explique celle qui s'est bien sûr associée à son entraîneur de toujours, Guillaume Nantermod.

La piste de skicross de Morgins, ouverte tout l'hiver, est un bel endroit pour apprendre. Dans quelques jours, il y aura ici-même un week-end entier consacré au skicross et le parcours a été renforcé. Une jolie bosse au départ, des virages serrés et un final rapide: il y a tout pour bien faire et chaque minute de ce mercredi d'entraînement est bien utilisée.

Fanny Smith, une prof exigeante

Léna Florey, 17 ans, transpire, en tout cas. «Fanny, t'es beaucoup plus sympa quand on ne s'entraîne pas», ose même lancer l'élève à son aînée, qui en sourit. Tout le monde est détendu, c'est le fameux esprit skicross, mais quand il faut envoyer, ça y va. Entre deux descentes, la jeune Léna s'arrête vers nous. Alors, pas trop exigeante, Fanny Smith? «Oui, elle l'est. Mais c'est très bien! C'est comme cela qu'on progresse. Elle peut être dure, mais il faut suivre ses conseils. Le succès passe par là», explique l'apprentie.

Léna, en tout cas, entend mettre tous les atouts de son côté pour percer dans sa nouvelle discipline de prédilection. «J'ai commencé par l'alpin, où j'ai atteint le niveau national. Je ne faisais pas partie des cadres de Swiss-ski, mais j'ai intégré la NLZ, à Brigue», continue la jeune femme. La NLZ? Tout simplement la «Nationales Leistungszentrum Schneesport», ou centre de compétence national pour le sport d'hiver. Elle s'y trouve d'ailleurs toujours, la Valaisanne, mais a migré de l'alpin vers le skicross, après une année décevante au niveau des résultats au sein du cadre national. «Je trouvais ça beaucoup plus fun. Et c'est clair que c'est grâce à Fanny Smith que j'ai connu et apprécié cette discipline. Je peux dire que c'est grâce à elle que j'ai franchi le pas.»

«Apporter aux plus jeunes ce que je n'ai pas eu»

En entendant ces mots, la principale intéressée rougit un peu: «Je suis beaucoup trop humble pour accepter cela. Mais évidemment que le fait qu'une jeune fille le dise me remplit de joie et de fierté. En ouvrant cette académie, je voulais apporter aux plus jeunes ce que je n'ai pas eu. J'ai eu la grande chance de rencontrer Guillaume Nantermod, qui m'a fait progresser, mais une structure comme celle-ci n'existait simplement pas.» Alors, loin de rester enfermée dans une vision personnelle, Fanny Smith a ouvert son académie. Un sacré pari, mais aussi et surtout un sacré acte de générosité.

Léna Florey, elle, est heureuse comme tout d'avoir pu bénéficier de cette chance de continuer à rêver à une carrière professionnelle. Son père Alain aussi, qui avoue avoir ressenti une frustration bien réelle lorsque sa fille a été écartée de Swiss-Ski après une année: «Franchement, j'ai été dégoûté. Elle devait faire deux ans et après une année, on lui a dit stop. Mais c'est elle qui m'a dit qu'il était exclu qu'elle arrête. Elle a montré énormément de volonté et de détermination. Et aujourd'hui, elle a véritablement trouvé sa voie.»

Un «papa-mécène»

Léna a donc pu rester à Brigue, la Fanny Smith Academy étant officiellement reconnue par les instances nationales. Bien sûr, tout cela a un prix pour le «papa-mécène»: «Ah, c'est une jolie formule, ça. C'est exactement ça. En tout, une saison de skicross me coûte entre 25'000 et 30'000 francs. Donc, les vacances, c'est fini. Mais ça fait partie du rôle des parents d'encourager leurs enfants, non? Je suis fier de ma fille et je ne me fais aucune illusion et ne lui mets aucune pression. Je veux simplement qu'elle aille au bout de sa passion, sans rien attendre en retour».

Sa fille a pourtant quelques ambitions à moyen terme, elle qui évolue déjà au niveau européen. «Mon but, c'est d'intégrer le circuit de Coupe du Monde. Je sais que je n'y suis pas encore, surtout que cela ne fait qu'une année que je fais du skicross. Je dois encore progresser, mais c'est là que j'ai envie d'aller. Avec Marie Mathey, qui a une année d'expérience de plus que moi et qui vient aussi de l'alpin, on s'encourage mutuellement», explique Léna Florey, convaincue.

La route est encore longue

Fanny Smith approuve, bien sûr, mais rappelle que la route est encore longue: «Une fille comme Zoe Cheli, issue de l'Académie, a bien mis trois ou quatre ans pour intégrer le grand circuit. Le niveau s'est considérablement amélioré ces dernières années, mais bien sûr que Léna et Marie peuvent y arriver. Cela ne veut pas dire qu'elles vont le faire à coup sûr, elles doivent vraiment s'y consacrer à 100% pour y arriver.» Le chemin est tracé, mais pas encore parcouru, donc.

L'Aiglonne, pourtant, a envie de former des championnes. «Mon but, c'est que ces gamines me battent! On le voit déjà avec Zoé, qui a obtenu des bons résultats. J'en suis la première heureuse et je trouve sympa de courir contre elles. C'est vraiment différent, presque bizarre, mais surtout extrêmement gratifiant», continue Fanny Smith, avant de s'arrêter quelques instants, comme pour chercher ses mots.

Fanny Smith: «J'ai encore du gaz»

Elle reprend: «En fait, j'ai l'impression de parler comme une mamie (rires). Je n'ai que 23 ans, je ne suis pas vieille! On dit qu'une carrière dure dix ans au top niveau. J'ai encore du gaz, croyez-moi. Je suis au niveau mondial depuis sept ans maintenant, vu que j'ai commencé jeune, mais tant que j'ai de l'énergie et que mon corps suit, je vais continuer. Après? Pourquoi pas entraîner? C'est quelque chose qui me plairait. Mais en attendant, je suis bel et bien sur la piste.»

Alors, oui, les gamines arrivent. Mais la patronne du skicross pour les prochaines années, c'est encore bel et bien Madame Smith.

Les championnats suisses ce week-end à Morgins

Le domaine skiable de Morgins accueillera ce week-end des compétitions FIS de skicross, ouvertes aux amateurs le samedi. Dimanche auront lieu les championnats suisses de la discipline. Près de 80 skieurs sont attendus. Le niveau des participants promet d'être relevé avec des coureurs issus de la Coupe d'Europe et de la Coupe du Monde.

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