Lausanne: «Mon enfant est né au moment où M. X décédait»
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Lausanne«Mon enfant est né au moment où M. X décédait»

Le procureur a demandé la relaxe d'un couple qui avait causé un accident mortel. La victime, qui avait 3‰ d'alcool dans le sang, aurait pu éviter la collision.

par
Christian Humbert

Un élève-conducteur, sa compagne enceinte et un homme aviné sont les acteurs principaux du drame qui est jugé depuis mercredi. En avril 2009, après une soirée passée à regarder un match de foot, Jean* et son amie – avec laquelle il a déjà accompli une centaine d'heures d'entraînement à la conduite – ramènent un ami. L'élève ralentit au moment de s'engager sur la route principale. Il marque un temps d'arrêt au «laissez-passer», regarde des deux côtés et s'engage.

A ce moment, un fourgon surgit à 100 km/h, sur la voie empruntée par la voiture du trio. C'est la collision. Le conducteur du fourgon, ivre et sans ceinture, n'a pas freiné: il heurte un mur. Ejecté, il ne survivra pas à ses blessures.

Dans la voiture, les occupants ne sont que légèrement blessés. Au moment de l'accident «j'ai fermé les yeux et levé les bras». Mais sous le choc, la compagne du conducteur accouchera la nuit même, un peu plus tôt que le terme prévu. «Mon enfant est né pendant que M. X décédait», se désole Jean.

«A chaque anniversaire de notre enfant, je pense à la victime, morte le même jour. On a écrit une lettre de condoléances à la famille, mais on nous a déconseillé de lui rendre visite». Le permis provisoire de l'apprenti-conducteur et celui de son accompagnatrice responsable ont été immédiatement saisis pour un mois. Six mois après, Jean passait son examen du premier coup.

Devant le tribunal de police, le procureur a requis l'aquittement du duo. Les expertises sont formelles: en respectant la vitesse (60 km/h) et en étant à jeun, la victime se serait arrêtée sur 40 m. Cela aurait suffi pour sauver sa vie. Le jugement sera rendu jeudi.

*Prénom d'emprunt

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