Actualisé 07.07.2016 à 05:25

Royaume-Uni«Mon fils est mort pour rien»

La douleur des familles est intacte treize ans après la guerre en Irak lancée par Tony Blair, dont un rapport publié mercredi critique durement l'action.

Des militants se relayaient pour lire les noms des militaires britanniques et civils irakiens tués lors de l'invasion de l'Irak.

«Aujourd'hui, je vois ce qu'il se passe en Irak à la télévision, les 200 personnes tuées l'autre jour. Je peux juste conclure que, malheureusement, mon fils est mort pour rien», lâche Reg Keys, dont le fils Tom a été tué en 2003 en Irak.

Réuni avec d'autres memrbes de familles des soldats tués en Irak, au centre de conférence Queen Elizabeth II, bâtiment du coeur de Londres, Reg Keys réagissait à la publication du rapport Chilcot, du nom du président de la commission qui l'a rédigé pendant sept ans, et qui accable le Premier ministre travailliste de l'époque Tony Blair.

Sarah O'Connor en voulait elle à Blair le «terroriste», qu'elle tient pour seul responsable de la mort en 2005 de son frère : «Pourquoi n'est-il pas là pour nous regarder en face? S'il est si sûr de sa décision, pourquoi ne nous regarde-t-il pas droit dans les yeux?»

«On ne doit plus jamais tolérer de telles erreurs, ces vies sacrifiées et un pays détruit!», lançait Roger Beacon, dont le fils Matthew a été tué en Irak en 2005. «Grâce à ce rapport, nous devons faire en sorte que le fiasco irakien ne se reproduise plus jamais!»

Le nom de l'ancien leader travailliste, parfois transformé en «Blair», jeu de mots avec «liar» (menteur), était sur toutes les lèvres et presque toutes les pancartes brandies par la foule rassemblée face au centre, où étaient présentées les conclusions du rapport

«Tony Blair est un assassin»

«Tony Blair est un assassin. Il savait ce qu'il faisait. Plus d'un million de personnes sont mortes, et ils ont détruit des routes et des hôpitaux», s'insurgeait Kim Sparrow, 52 ans, pendant que, derrière lui, la foule scandait «Blair a menti, des milliers ont péri», «Tony Blair, honte à toi» et «Tony Blair, criminel de guerre».

«Je suis en colère. Tony Blair et ceux qui ont soutenu la guerre doivent être traduits en justice. Nous sommes un pays civilisé et les gens doivent être tenus responsables de leurs actes», s'indignait John Loyd, 70 ans, une pancarte «Justice pour l'Irak. La Haye pour Blair» attachée autour du cou.

Les manifestants, rassemblés à l'appel de la coalition Stop the War, attendaient peu du rapport Chilcot, bilan pourtant accablant de l'action de Tony Blair, qui avait promis à George W. Bush de le suivre sur l'Irak «quoi qu'il arrive».

«J'aimerais que des enquêtes sérieuses soit menées mais, à mon avis, le rapport Chilcot ne conduira à aucune action judiciaire», regrettait Alex Megane, 27 ans, une pancarte «Bliar» à la main.

«Le rapport Chilcot va servir à blanchir les responsables. Comme d'habitude, l'establishment sera couvert», pestait Michael Culver, 78 ans, appelant à la tenue d'un procès de «Nuremberg» - à l'instar de celui contre les criminels de guerre nazis - pour les «responsables britanniques» de l'invasion de l'Irak.

Sur une estrade, des militants se relayaient pour lire les noms des militaires britanniques et civils irakiens tués lors de l'invasion de l'Irak. «Tous les Britanniques étaient des jeunes», soulignait une manifestante à la tribune.

Blair exprime sa «peine» et ses «excuses»

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a exprimé mercredi sa «peine», ses «regrets» et ses «excuses» après la publication d'un rapport accablant sur sa décision d'engager militairement le Royaume-Uni en Irak en 2003.

«C'était la décision la plus difficile que j'aie jamais prise (...) je l'ai prise de bonne foi. J'en endosse l'entière responsabilité. J'éprouve plus de peine, de regrets et d'excuses que vous ne pouvez l'imaginer», a déclaré l'ex-chef du gouvernement, visiblement ému, lors d'une conférence de presse à Londres.

Dans une longue déclaration de 45 minutes, il a expliqué et justifié sa guerre en Irak.

«Comme le rapport le montre, a-t-il ajouté, il n'y a pas eu de mensonges, le parlement et le gouvernement n'ont pas été trompés, il n'y avait pas d'engagement secret pour aller à la guerre.»

«Les renseignements n'ont pas été falsifiés et la décision a été prise de bonne foi. Je savais que ce n'était pas une décision populaire. Je l'ai prise parce que je pensais que c'était la bonne chose à faire», a-t-il poursuivi,

Si le dictateur irakien Saddam Hussein était resté au pouvoir en 2003, «il aurait continué à poser une menace à la paix dans le monde», a-t-il encore dit, rejetant l'accusation que l'intervention en Irak a augmenté la menace terroriste.

«Au moins, malgré tous les défis, avons nous aujourd'hui en Irak un gouvernement élu et reconnu comme légitime par la communauté internationale», a estimé l'ancien Premier ministre entre 1997 et 2007.

(nxp/afp)

(NewsXpress)

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