A la découverte de La Brévine: «Mon record, c'est -41 degrés!»

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A la découverte de La Brévine«Mon record, c'est -41 degrés!»

À la rigueur légendaire de son climat, la Sibérie de la Suisse répond par la chaleur de son accueil. 20 minutes online a testé pour vous La Brévine (NE), lieu souvent méconnu des citadins lémaniques.

par
Thomas Piffaretti

«Comment ça, il fait dix degrés? Et même pas de températures négatives?!»

La première impression en arrivant dans la petite commune neuchâteloise est celle d'une apparente normalité. Certes, le ciel y est bas et le fond de l'air y est frais, alors qu'il fait encore plus de vingt degrés en plaine. Mais le mythe de La Brévine s'effrite quelque peu, même si la commune a connu, fin août, ses première températures négatives de la saison, alors que l'été se prolonge en plaine. Et si cette Sibérie n'était pas si froide que ça?

Avec près de trois heures et demie passées dans les transports publics depuis Genève, la commune neuchâteloise se mérite. Le village est petit. Il y a la place centrale, où trône le thermomètre officiel, le temple et un peu plus loin le lac des Taillères. Mais s'il ne faut que quelques minutes pour parcourir le village, on se rend vite compte que c'est bien dans le contact avec ses habitants, les fiers Bréviniers, que réside la richesse du lieu.

«Vous ne me ferez pas dire qu'on a froid»

Le nom de La Brévine résonne dans l'imaginaire suisse avant tout pour son climat plus que rigoureux. Et qui mieux que Marcel Blondeau peut parler de climat? Ce Brévinier de naissance a relevé les températures de sa communes trois fois par jour pendant plus de vingt-huit ans pour les transmettre à Météosuisse.

Parce qu'il fait froid, «certains croient que l'on vit 70 ans en arrière; ils exagèrent. La vie ici est tout à fait normale», affirme-t-il. Le froid fait partie du quotidien des habitants de la région. D'ailleurs, Marcel Blondeau ne mentionne plus le «moins» lorsqu'il parle de températures négatives. «Mon record c'est 41,8 degrés, lâche-t-il ainsi. Mais vous ne me ferez pas dire qu'on a froid».

«Le climat forge le caractère»

Le maire de La Brévine confirme. Selon Etienne Robert-Grandpierre, le froid est sec dans cette partie du Jura. Et les sensations qu'il procure seraient différentes qu'en plaine. «Parfois, je pars de La Brévine le matin, où il fait -20°, et je n'ai pas froid. Alors que lorsque j'arrive à Neuchâtel, où il fait -5°, j'ai froid». Selon lui, les administrés vivent normalement. Aucune adaptation du réseau routier n'est même nécessaire pour faire face aux températures extrêmes; les gens y sont habitués. La rigueur du temps aurait même ses vertus: «Ce climat forge le caractère. Les gens d'ici sont plus enclins à supporter les difficultés», explique le maire.

Les 700 habitants de la commune vivent majoritairement de l'élevage. L'économie y est stable même si La Brévine est loin d'être riche. L'élu PLR loue d'ailleurs les bienfaits de la péréquation. Mais le tourisme est en train de se développer. Tous les Bréviniers s'accordent à dire que de plus en plus de touristes viennent visiter la région. Des randonneurs, des skieurs de fond ou tout simplement des curieux du froid affluent de toute la Suisse. Les gens sont donc confiants en l'avenir, même si «on exploite pas assez» cette image de Sibérie de la Suisse, regrette Olivier, accoudé au bar de l'Hôtel-de-Ville à l'heure de l'apéro.

«Tu veux pas rester seul pour l'apéro?»

C'est à l'heure de l'apéritif que l'hospitalité des indigènes prend toute sa dimension. «Tu veux pas rester seul pour l'apéro» lance «Le Gilles», lui aussi Brévinier pur souche. L'humeur est gaie et les discussions vont bon train autour d'une Bleue. «On est pas fans du froid», reconnaît Olivier. Mais ce titre de localité la plus froide de Suisse lui tient à cœur, «on en est quand même fiers». Les indigènes ont envie de faire partager l'amour qu'ils portent à leur terre. Et ils mettent la main à la pâte en accueillant les étrangers de manière peu farouche.

Et pas besoin d'être né dans la vallée pour apprécier La Brévine. Nathalie et Raphaël Theurillat, qui gèrent l'Hôtel-de-Ville, en savent quelque chose. Installés depuis deux ans et demie, ils apprécient la chaleur humaine du lieu. Ils ont travaillé au Palafitte de Neuchâtel et à l'ambassade de Suisse à Berlin. Mais l'air du pays d'en-haut leur réussit. «S'il n'y avait pas le froid on ne serait pas là», reconnaît le chef. Il faut juste savoir s'adapter: «En hiver, les livreurs mettent le chauffage pour amener la salade», fait-il remarquer en souriant.

Du froid, un soupçon de dépaysement et beaucoup d'hospitalité. Finalement La Brévine c'est un peu tout ça. Une commune dont le nom et la réputation occultent la part la plus importante du voyage, les hommes qui l'habitent. La Brévine n'est peut-être pas un petit coin de paradis, mais c'est surtout un petit coin pas comme les autres qui mérite le détour.

20 Minutes Online à La Brévine

La rédaction a décidé de consacrer deux articles à cette commune trop souvent méconnue des citadins et uniquement réputée pour ses températures sibériennes. Le portrait d’un personnage de La Brévine est également accessible sur notre site ou en line ci-dessous.

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