Syrie/Suisse«Mon travail au sein de l'EI me plaît beaucoup»
Le champion de boxe thaïe qui a entraîné trois Zurichois partis faire le jihad a lui aussi gagné la Syrie. Des «propos fortement enjolivés», selon des experts.
- par
- ann/ofu
Monsieur Valdet Gashi*, vous êtes parti en Syrie pour aller rejoindre le groupe Etat islamique. Avez-vous été accueilli dans un califat?
Ils ont pris mes coordonnées et m'ont posé quelques questions. Ensuite, ils m'ont pris du sang pour s'assurer que je n'étais pas malade.
A quoi ressemble le quotidien là-bas?
Je travaille jusqu'à 9 heures par jour en tant que garde-frontière. Nous aidons les civils à traverser le fleuve Euphrate. Le travail n'est vraiment pas épuisant et me plaît beaucoup. Pour moi, c'est un peu comme du temps libre. En ce moment, j'ai même un coup de soleil, comme c'est le cas en vacances (rires).
Comment faut-il s'imaginer la vie en Syrie?
C'est mieux que je l'avais imaginé. On ne manque de rien. On retrouve même des biscuits «tranches au lait» et des Kellog's. Je suis content de ne plus être en Europe. Ici, la charia d'Allah est appliquée à 100%. Seule ma famille me manque, surtout ma mère et mes deux petites filles.
Combien gagnez-vous?
Notre appartement est payé et nous recevons de la bonne nourriture. S'il nous faut des habits, on peut en demander. En plus de ça, je reçois un peu de sous pour moi.
Vous ne parlez qu'en bien de votre vie au sein du groupe EI. Mais cette organisation exécute des gens de manière abominable. Qu'en pensez-vous?
Ça arrive très rarement. La charia prévoit uniquement l'exécution d'une personne si elle a commis un meurtre, un viol ou en cas d'apostasie. Personne ici n'a de la pitié pour ces gens du moment que le verdict est justifié. Même les enfants assistent aux exécutions. Personne n'a de problème avec ça.
*Le double champion du monde en boxe thaïe Valdet Gashi a rejoint l'organisation terroriste EI en Syrie en janvier 2015. L'Allemand se trouve probablement dans la ville de Jarabulus, située à la frontière turque. Lorsqu'il était encore en Suisse, il a entraîné trois jeunes jihadistes à Winterthour (ZH).
Interview «retravaillée» par l'EI
Le centre genevois d'analyse du terrorisme (Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism) a lu l'interview de Valdet Gashi. Les experts pensent que les réponses données par le double champion du monde de boxe thaïe ont été retravaillées, voire écrites par des spécialistes du groupe EI. «La plupart des réponses sont fortement enjolivées», explique le directeur du centre, Jean-Paul Rouiller. Selon lui, il s'agit clairement de la propagande, notamment parce que l'interview fait allusion à des produits connus chez nous, comme les Kellog's. «Je doute qu'ils mangent des Kellog's tous les matins au petit-déjeuner», note Jean-Paul Rouiller. Les terroristes essaient ainsi d'attirer du monde chez eux, explique-t-il. L'expert genevois trouve fort improbable que Valdet Gashi ne manque de rien là-bas. En ce qui concerne les exécutions, Jean-Paul Rouiller est persuadé qu'elles sont quotidiennes et non «très rares» comme expliqué par Valdet Gashi.
Samuel Althof, expert en extrémisme, pense que l'EI tente surtout de recruter des jeunes à travers cette interview: «A en croire Valdet Gashi, tout est cool là-bas. Il minimise le travail au sein de l'EI. Il dit que c'est comme être en vacances. Il présente la guerre comme étant un simple jeu vidéo, mais éclipse l'énorme souffrance qu'il cause en s'étant rallié à leur cause.»


