16.04.2019 à 04:44

Vaud

«Mon travail n'est évidemment pas déclaré»

Une entreprise de livraison, sous-traitante de Burger King, emploie des jeunes non déclarés. «J'ai agi par ignorance de la loi», a réagi la responsable.

de
Abdoulaye Penda Ndiaye
Les Burger King de Lausanne et Nyon ont confié la livraison des repas à une entreprise dont les employés se plaignent de leurs conditions de travail.

Les Burger King de Lausanne et Nyon ont confié la livraison des repas à une entreprise dont les employés se plaignent de leurs conditions de travail.

«Cette boîte m'a employé pendant plusieurs mois sans contrat. Je livrais des repas Burger King chez des clients de la région lémanique. La patronne payait nos salaires en cash. Mon travail n'était évidemment pas déclaré.» Fâché par l'impression de s'être fait avoir, Akim* a décidé d'évoquer le sort malheureux d'une dizaine de livreurs. Joignant le geste à la parole, l'étudiant exhibe ses échanges via Whats­App avec la responsable de Speedy Delivery, entreprise de livraison sous-traitant avec les Burger King de Lausanne et Nyon. «Le salaire horaire est au black, donc 19 fr. net de l'heure», peut-on lire dans un message de la patronne.

Le contrat c'est du chiffon; les déductions, du pipeau

«De l'argent a été déduit de mon salaire pour des charges sociales. C'est du pipeau», soupire Fabiano*, un livreur d'une vingtaine d'années. Désabusé lui aussi, Laurent* a fini par jeter l'éponge. «Je n'ai pas de permis de séjour. Speedy Delivery m'a fait un soi-disant contrat de travail mais c'était un «chiffon» sans valeur. En quatre mois, je n'ai jamais eu de fiche de salaire. En mars, j'ai arrêté avec cette boîte», enrage le Français de 30 ans.

De l'amende à la prison

En guise d'éclairage juridique, Me Jean-Philippe Heim rappelle que «contrairement à l'établissement du décompte de salaire, celui d'un contrat de travail écrit n'est pas une obligation légale». Quant au fait d'employer un étranger sans permis, l'avocat signale que, selon le degré de culpabilité, la loi prévoit des sanctions allant de l'amende à 3 ans de prison.

Démarches en cours

La patronne française de 28 ans admet avoir péché par ignorance. «Je connaissais mal la loi en Suisse. J'ai rempli un dossier pour l'AVS en janvier. Le dossier est en cours. Tous mes livreurs ont un permis de séjour», se défend-elle. Selon nos renseignements, la demande d'affiliation à l'AVS n'a été faite que le 21 mars avec effet rétroactif dès janvier 2019. Romain Barrat, patron de deux enseignes Burger King, ne cache pas son embarras. «Si les faits sont avérés, ce sous-traitant m'a aussi lésé», a-t-il réagi.

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