Mexique – «Mon unique délit a été de me défendre contre l’homme qui m’a violée»
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Mexique«Mon unique délit a été de me défendre contre l’homme qui m’a violée»

Alors que plus de deux femmes sont tuées chaque jour dans ce pays de l’Amérique du Nord, les féministes plaident pour la légitime défense face aux féminicides.

Des activistes en train de coller des affiches demandant la libération de Roxana Ruiz.

Des activistes en train de coller des affiches demandant la libération de Roxana Ruiz.

AFP

«Mon unique délit a été de me défendre contre l’homme qui m’a violée.» Les féministes au Mexique plaident pour la légitime défense et la pratique des sports de combat face aux féminicides qui se succèdent à une moyenne de plus de deux par jour.

Les manifestantes vont sans doute réclamer la libération de Roxana Ruiz, en détention préventive depuis mai dernier, à Mexico ce jeudi, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Ruiz, 21 ans, mère d’un petit garçon de 4 ans, est accusée d’avoir tué l’homme qui d’après son témoignage l’a violée et a menacé de la tuer en mai dernier.

«Maintenant que je suis en prison, je me dis que les lois et la société sont injustes», a écrit la jeune femme dans une lettre rendue publique le 22 octobre. «J’aurais peut-être dû laisser mon agresseur s’en sortir et qu’il me laisse morte ou blessée», ajoute-t-elle depuis la prison de Nezahualcóyotl, dans la banlieue de Mexico, région du pays qui concentre le plus de violences mortelles envers les femmes.

De janvier à septembre, le Mexique (128 millions d’habitants) a enregistré 736 féminicides, et 975 au total l’année dernière, d’après les chiffres officiels.

«Que la société te soutienne»

Dans sa lettre, Ruiz raconte qu’après avoir pris une bière avec une collègue, une vague connaissance a insisté pour la raccompagner puis pour dormir chez elle. L’homme l’a ensuite agressée sexuellement, et frappée en proférant des menaces de mort, d’après son témoignage. Elle ajoute qu’elle a asphyxié son agresseur en se défendant avec une chemise.

Le chemin juridique vers la légitime défense est semé d’embûches. Son avocate, Abigail Escalante, estime que l’enquête a été bâclée, affirmant qu’il n’y a même pas eu d’examen gynécologique de la jeune femme. «La légitime défense n’est pas un délit», «L’État est complice des féminicides» ont proclamé des femmes lors d’une manifestation à proximité du centre de détention.

Le Mexique avait déjà connu en 2013 le cas de Yakiri Rubio, qui a blessé à mort son agresseur sexuel à Tepito, un quartier chaud de Mexico. Rubio, 28 ans aujourd’hui, a été acquittée en mai 2015 après de la détention préventive puis une période de liberté conditionnelle. Son avocate Ana Suarez a réussi à plaider la légitime défense.

«C’est pour apprendre à sauver notre vie»

Les autorités «n’aiment pas savoir que nous autres les femmes nous sommes capables de nous défendre», accuse aujourd’hui encore la jeune femme, qui se présente comme «activiste, féministe, politique mexicaine, en lutte pour les causes sociales et les droits humains».

Avec son avocate, elle travaille dans une association contre la violence faite aux femmes, qui dispense aux femmes des cours de jiu-jitsu, un art martial. «Ce n’est pas pour donner des coups, c’est pour apprendre à sauver notre vie», déclare Maria José Suárez, sœur d’Anna et une des organisatrices.

Forte de sa dramatique expérience, Rubio conseille aux femmes de bien se renseigner si elles ont affaire à la justice pour des cas de légitime défense. Et en guise de conclusion: «Il est important que la famille te croie, que la société te soutienne et prenne soin de toi, et que les médias racontent l’exacte vérité.»

(AFP)

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