Actualisé 17.03.2016 à 11:53

Europa LeagueMonchi, malin comme un singe

Le directeur sportif du FC Séville multiplie les coups d'éclat. En quinze ans, il a fait gagner près de 300 millions de francs à son club!

par
Tim Guillemin
Séville
Le sourire en coin, le regard constamment tourné vers une bonne affaire: Monchi est considéré par beaucoup de ses pairs comme le meilleur directeur sportif du monde.

Le sourire en coin, le regard constamment tourné vers une bonne affaire: Monchi est considéré par beaucoup de ses pairs comme le meilleur directeur sportif du monde.

photo: Kein Anbieter

«Le FC Séville, c'est un exemple à suivre pour tout le monde. C'est un club fantastique.» Le compliment vient de Georg Heitz, directeur sportif du FC Bâle. Si le dirigeant du FCB est aussi enthousiaste à parler du club andalou, c'est qu'il partage sa philosophie. En clair? Acheter de jeunes joueurs pas encore confirmés, les former aux joutes européennes et les revendre à prix d'or. Mohamed Salah et Aleksandar Dragovic en sont de parfaits exemples, tout comme Derlis Gonzalez, sans même parler des joueurs formés à Saint-Jacques comme Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri. Le FC Bâle a construit un modèle économique viable, unique en Suisse, qui lui permet de gagner de l'argent à la fin de la saison sans intervention de l'actionnaire ou d'un mécène. Une réussite phénoménale à l'échelle helvétique.

Le FC Séville agit exactement de la même manière, en fait, mais de façon encore plus spectaculaire en ce qui concerne les chiffres. Déjà, le club andalou est supérieur à son homologue rhénan car il a réussi à aller au bout en Europa League, la gagnant quatre fois en dix ans. Le FCB, lui, ne compte qu'une demi-finale européenne, ce qui n'est déjà pas si mal, mais Séville a vraiment une longueur d'avance.

Le meilleur directeur sportif d'Europe?

Surtout, le club espagnol dispose d'une arme fatale. Kevin Gameiro, Yehven Konoplyanka, Michael Kronh-Dehli ou l'entraîneur Unai Emery? Non. Ramón Rodríguez Verdejo est le nom du vrai héros sévillan. Si sa véritable identité est méconnue, son surnom est déja plus évocateur: Monchi. Cet homme-là, qui préfère l'ombre à la lumière, est souvent considéré par ses pairs comme le meilleur directeur sportif d'Europe. Son talent pour dénicher des joueurs ultra-prometteurs dans les clubs de troisième catégorie et en faire des vedettes européennes est unanimement reconnu. Sa force est la suivante: il sait que son club n'a pas les moyens du Real Madrid et du FC Barcelone, alors il travaille sans relâche et il déniche les talents là où ils se trouvent. Ensuite, les géants espagnols viennent se servir chez lui et paient le prix fort. Un joueur comme Yehven Konoplyanka a préféré franchir un palier à Séville plutôt que dans un autre club, convaincu que de grandes performances de sa part lui ouvriront les portes du Camp Nou et de Santiago Bernabeau dans les toutes prochaines années.

Alors, c'est sûr, avec cette tactique, Séville n'ira jamais concurrencer les gros. Le titre de champion, les Sévillans les laissent à l'Atletico, au Real ou au Barça. Cette haie-là est trop haute à franchir, mais juste en dessous de ceux-ci, il y a le club andalou. Son ambition est de participer chaque année à la Champions League, c'est sûr, mais sans voir le reclassement en Europa League comme une punition. Monchi l'a d'ailleurs expliqué à plusieurs médias espagnols: «Nous ne rivaliserons jamais avec les géants. Ils ont une renommée et des moyens que nous n'avons pas. Nous, à Séville, nous sommes un club vendeur parce qu'avec nos revenus normaux, nous ne pourrions pas arriver là où nous sommes. Mais nous ne vendons pas pour le plaisir! Notre but, c'est de réaliser des plus-values. Chaque transfert est effectué en ce sens. Quand un joueur vient chez nous, c'est dans l'optique de repartir pour plus cher quelques années après.»

44 millions de plus-value sur Dani Alves!

Le site espagnol Underground Football a établi une liste de dix-neuf joueurs recrutés par Monchi, puis revendus. Ces dix-neuf joueurs ont coûté 40 millions de francs suisses et ont été libérés pour un peu moins de 300 millions! Sergio Ramos, formé au club, a été vendu 30 millions au Real Madrid. Jesus Navas est lui parti pour 28 millions à Manchester City. Et, les Bâlois s'en rappellent bien, Ivan Rakitic, acheté 2,5 millions à Schalke est parti pour 26 millions au FC Barcelone! Mais le coup dont Monchi est le plus fier s'appelle Dani Alves. «L'opération idéale, c'est lui. Elle remplit tous les critères: un jeune joueur, inconnu du grand public et pas cher. Il s'est adapté et nous l'avons très bien vendu.» Acheté pour 600'000 francs suisse, le latéral brésilien a été revendu 45 millions au FC Barcelone!

Il a effectué toute sa carrière au FC Séville

Bien sûr, Monchi est suivi de près par tous les grands clubs espagnols, qui se verraient bien profiter de ses services. Il se murmure que l'Inter Milan serait également très intéressé, mais lui ne possède pas de clause de départ dans le contrat qui le lie au FC Séville depuis dix ans. Formé au club, ce vrai Andalou, né en 1968, a été le gardien de but de la première équipe de 1990 jusqu'à sa retraite en 2000. Là a commencé la formidable ascension du club sévillan grâce à l'intelligence et à la méthode de son nouveau directeur sportif. Partira-t-il un jour et franchira-t-il un palier? Passer d'un «club vendeur» à un «club acheteur» doit bien sûr le titiller un peu, mais l'amour du maillot est une valeur essentielle chez lui, l'homme qui n'a jamais porté d'autres couleurs que celles de son FC Séville.

Les transferts de Monchi, le roi de la plus-value, en un coup d'oeil

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