Crise de la dette: Moody's confirme le triple A de la France

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Crise de la detteMoody's confirme le triple A de la France

Moody's maintient le triple A de la France, la meilleure note possible. L'agence de notation prolonge son examen de la perspective, actuellement «stable».

La décision de Moody's, qui s'était donné mi-octobre trois mois pour évaluer la perspective de la note de la France, tranche avec celle de Standard & Poor's.

S&P a privé vendredi soir la France du triple A, la reléguant à AA , avec perspective négative, ce qui veut dire qu'une nouvelle baisse est possible dans «un délai de six à 24 mois».

Une éventuelle mise sous perspective négative de la note signifierait pour Moody's qu'elle envisage de l'abaisser «à moyen terme».

Dans son rapport, Moody's annonce qu'elle n'a pas encore pris de décision sur la perspective et indique qu'elle tiendra informé le marché à ce sujet dans le courant du premier trimestre 2012, dans le cadre de son évaluation des notes souveraines en zone euro, annoncée en novembre.

Moody's donne crédit au gouvernement français de sa volonté de réduire le déficit public du pays à 3% en 2013 et juge positivement les mesures prises pour y parvenir, ce qui est «important» pour garder la perspective «stable».

Risques liés à la dette

En revanche, l'agence estime importants les risques liés à la dette et à la croissance en zone euro, des facteurs que ne contrôle pas le gouvernement mais qui pèsent sur les finances du pays.

Selon elle, plus les marchés de la dette souveraine et du financement bancaires sont volatiles, plus la pression s'accroît sur la note de plusieurs pays de la zone euro, dont ceux qu'elle note triple A comme la France.

Pour l'heure, la France emprunte encore à bon compte sur les marchés, à des taux historiquement faibles, mais les attentes des investisseurs «dépendront du respect des objectifs de consolidation budgétaire», ajoute Moody's.

La troisième grande agence de notation, Fitch Rating, a récemment indiqué de son côté qu'elle n'envisageait pas d'abaisser la note triple A de la France cette année. Cette agence a toutefois placé la note souveraine de la France sous perspective «négative», ce qui signifie qu'elle pourrait l'abaisser l'an prochain.

Les candidats à la présidentielle française intègrent la donne

L'Internationale a été chantée sous les fenêtres de Standard and Poor's par un des candidats de gauche, mais la plupart des ténors de la présidentielle intégraient lundi avec gravité la perte du triple A de la France, dans une campagne qui change de tonalité.

Le choc de la dégradation de la France oblige à une certaine sobriété et, selon la presse française quasiment unanime, il va contraindre les principaux favoris, dont le sortant Nicolas Sarkozy et le socialiste François Hollande, à adapter leurs programmes pour la présidentielle d'avril et mai.

Mais il pourrait aussi faire le jeu des candidats anti-système comme le représentant du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui fait campagne sur une ligne résolument anti-libérale. Positionné à la gauche des socialistes, il a rassemblé quelques centaines de sympathisants dès dimanche soir devant le siège parisien de l'agence de notation Standard and Poors pour chanter l'Internationale.

«Nous ferons partir de France les agences de notation comme les autres ont fait partir les Ben Ali et les Moubarak», a-t-il déclaré.

La principale des trois grandes agences d'évaluation financière a dégradé vendredi neuf pays de la zone euro, dont la France. Celle-ci a en revanche vu sa note «AAA» confortée lundi par sa principale concurrente, Moody's.

En campagne dans les Antilles françaises, le candidat socialiste François Hollande, qui avait affiché des ambitions pour la France à un coût élevé (notamment l'embauche de 60.000 enseignants en 5 ans), a fait profil bas durant le week-end.

«Je suis aujourd'hui le candidat de l'espérance lucide et je veux demain être le président de la lucidité», a lancé le favori des sondages.

Interrogé sur sa réserve inhabituelle, M. Hollande a expliqué avoir «le souci d'être en phase avec ce que traverse le pays». «Je ne vais pas dire aux Français que nous pouvons distribuer ce que ne nous n'avons pas (...) Je ne suis pas venu dans cette campagne pour dire que tout sera possible», a-t-il souligné, à moins de cent jours du scrutin.

Cette retenue était aussi perceptible dans le camp de Nicolas Sarkozy qui a fait savoir qu'il continuerait les réformes et annoncerait aux Français à la fin du mois les principales mesures de sa fin de mandat, dont une probable hausse de la TVA. Auparavant, il recevra mercredi les syndicats et le patronat pour un «sommet social» transformé en «sommet de crise».

Echec

Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, l'un de ses proches, a reconnu lundi qu'il y avait eu «des échecs» au cours du mandat de M. Sarkozy. «Il faut avoir l'humilité de reconnaître que, dans ce que nous avons fait, il y a eu des vraies réussites, mais aussi des échecs», a-t-il dit au journal Libération.

Outre le représentant du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen, espère profiter de la situation créée par la dégradation de la France.

Créditée de 17% à 20% des intentions de vote et régulièrement donnée à la 3e place du scrutin, elle s'est présentée tout le week-end comme la candidate contre «le monopole des marchés financiers». Elle a affirmé qu'un retour au franc, en permettant à la Banque de France de refinancer la dette, briserait leur monopole.

Hollande et Sarkozy discrédités

François Hollande et Nicolas Sarkozy «sont tous discrédités (par leur soutien au) mondialisme ultralibéral», a-t-elle assuré.

Entre les favoris et les candidats protestataires, un autre homme est en embuscade. Le centriste François Bayrou clame haut et fort qu'il avait prédit le premier la crise de la dette.

«Ce qui se produit» n'est «pas une surprise», dit-il, prônant le dépassement du clivage droite-gauche. Il avait déjà été le troisième homme de l'élection de 2007, et réalise ces dernières semaines une percée dans les sondages, qui le placent entre 10 et 15%.

La perte du triple A a «au moins un avantage»: «obliger tout le monde à regarder la réalité en face et à quitter les chimères», assure-t-il.

(ats/afp)

Fitch abaisse la perspective russe à cause de l'incertitude politique

L'agence de notation financière Fitch a révisé lundi la perspective de la note de la Russie à «stable», contre «positive» auparavant, en raison de la montée de l'incertitude politique, alors que le pouvoir russe est confronté à une vague de contestation sans précédent.

«L'incertitude politique a augmenté et les perspectives économiques mondiales se sont assombries depuis que Fitch a confirmé en septembre 2011 la note» de la Russie, a déclaré Charles Seville, directeur à Fitch, cité dans un communiqué. La note attribuée par Fitch à la Russie est «BBB».

«Même si Fitch pense que l'actuel Premier ministre, Vladimir Poutine, est toujours ultra-favori pour gagner l'élection présidentielle du 4 mars, il demeure des incertitudes sur la façon dont le pouvoir du pays va répondre à la vague inattendue de protestation provoquée par les élections à la Douma (chambre basse du Parlement russe, ndlr), et de façon plus générale, sur le paysage politique», explique l'agence.

Bruxelles se défend après la sanction de S&P

La Commission européenne a estimé lundi que l'Europe n'appliquait pas uniquement une politique d'austérité face à la crise de la dette, en réponse aux critiques de l'agence de notation Standard & Poor's qui a abaissé vendredi la note de neuf pays de la zone euro.

«Cette idée est une interprétation très erronée», a affirmé Olivier Bailly, un porte-parole de la Commission, lors d'un point de presse.

Dans sa décision vendredi soir, S&P a notamment critiqué le pacte budgétaire que l'Union européenne a décidé de mettre en place début décembre, au motif qu'il s'attache uniquement au manque de rigueur de certains Etats membres.

«Les problèmes financiers que connaît la zone euro résultent tout autant des déséquilibres macroéconomiques que des écarts de compétitivité», a indiqué S&P.

En réponse à ces critiques, la Commission a rappelé lundi qu'elle plaidait, face à la crise de la dette, pour une «double stratégie fondée sur la consolidation budgétaire et des réformes structurelles pour stimuler l'emploi et la croissance». Cette «stratégie donne déjà des résultats», a affirmé M. Bailly, jugeant le «timing» de Standard & Poor's «curieux».

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