Tribunal cantonal vaudois: Morceaux choisis d'une audience abracadabrante
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Tribunal cantonal vaudoisMorceaux choisis d'une audience abracadabrante

Des échanges entre le président de la Cour d'appel cantonale et une avocate genevoise ont conduit un procès dans l'impasse, le jeudi 14 novembre. Les débats ont été ajournés. Restitution d'ambiance.

par
apn
Un juge et une avocate ont eu des échanges compliqués lors d'une audience au Tribunal cantonal vaudois. Les débats ont fini par être ajournés.

Un juge et une avocate ont eu des échanges compliqués lors d'une audience au Tribunal cantonal vaudois. Les débats ont fini par être ajournés.

Les débats du jeudi 14 novembre au Tribunal cantonal vaudois ont été houleux. Le président Marc Pellet et l'avocate genevoise Me Maryam Massrouri ont eu des échanges discourtois dans une affaire de violences conjugales.

14h30. Un quart d'heure après le début d'audience, alors que l'avocate interrogeait son client camerounais de 41 ans sur les conditions de visite de son fils en prison, le président a invité Me Maryam Massrouri à «poser des questions pertinentes». Peu après, le président a réitéré ses griefs de manière encore plus ferme, l'avocate a alors haussé le ton: «Je ne vous permets pas de vous adresser à moi comme à un chien». Un homme dans le public reproche au magistrat de couper la parole à l'avocate. Le président menace de le faire sortir de la salle.

14h42. Maryam Massrouri commence sa plaidoirie en citant Abraham Lincoln: «Le silence devient un péché lorsqu'il prend la place qui revient à la protestation, et d'un homme il fait alors un lâche.» Elle continue: «Le Tribunal est là pour réparer, concilier, punir pour améliorer. Pas pour enlaidir. Les hommes de loi ne peuvent pas se permettre d'appliquer que le droit. Ils doivent aussi faire preuve de bon sens. Les agissements de mon client envers son ex-femme sont inacceptables et intolérables. Mais les faits ont eu lieu dans un contexte de violences et de blessures mutuelles. Mais seule la femme a été considérée comme victime. Le Tribunal a trouvé que l'agression était peu cohérente par rapport aux agissements de la victime(...) C'est l'Africain qui a ramassé.»

15h12: Marc Pellet: «Je vous rappelle à l'ordre. Vous manquez de respect à la Cour». Le magistrat de poursuivre en dictant à la greffière: «Me Mayram Massrouri fait preuve de grossièreté à minima. Le président lui demande de plaider sur la fixation de la peine».

Le juge fixe l'avocate et lui dit : «Ce n'est pas une farce, la justice. Maintenant, vous défendez votre client correctement! Vous voulez que je vous prive de parole?» L'avocate au président: «Vos déclarations doivent être protocolées.»

15h20, l'avocate reprend sa plaidoirie. Le président lui redit qu'elle n'est «pas pertinente». L'intéressée: «Laissez-moi ne pas être pertinente».

15h25. Le président rappelle que le recourant a été condamné à 42 mois de prison et, en haussant le ton, il demande à l'avocate de mettre en avant les éléments pouvant faire baisser la peine. L'avocate: «Je plaide comme je veux.»

Le président: «Je me suis exprimé.»

L'avocate: «Alors, laissez-moi m'exprimer.»

Le président: «Allez-y! Faites comme vous voulez.»

Un des juges souffle quelque chose à Marc Pellet.

15h30. Marc Pellet: «Nous allons suspendre quelques instants pour permettre à Me Maryam Massrouri de structurer sa plaidoirie.»

15h50. Reprise. Marc Pellet demande à Maryam Massrouri si elle va changer de ligne de défense. Réponse par la négative.

«Vous êtes déliée du mandat d'office. Un nouvel avocat sera désigné. L'audience est renvoyée», déclare le président.

«Je demande la récusation de la Cour», riposte l'avocate.

Le juge-président Marc Pellet demande au recourant camerounais de donner son avis. «Elle connaît mon dossier. Je ne veux en aucun cas changer d'avocat», décide l'homme accusé de mise en danger de la vie d'autrui.

Un membre du trio de juges composant la Cour prend la parole pour la première fois et demande à l'avocate «à quoi rime ce bras de fer?»

L'avocate: J'ai dû monter quatre fois au Tribunal fédéral (TF), dans un autre dossier, pour faire appliquer le droit et le TF a d'ailleurs prononcé la libération immédiate de mon client. Je ne trouve pas ça normal. Il me semble que c'est votre travail d'appliquer le droit. J'ai dû également recourir sur mes honoraires. C'est la raison pour laquelle j'ai produit aujourd'hui un état de frais à... 1 franc.

15h59. «L'audience est renvoyée», répète le président.

Pieds et mains entravés, le recourant camerounais demande qu'on lui laisse dire bonjour à deux femmes et un homme présents dans le public. Embrassades et larmes.

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