Etats-Unis: Morsi condamné: Washington «préoccupé»
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Etats-UnisMorsi condamné: Washington «préoccupé»

Les Etats-Unis ont exprimé dimanche leur «profonde préoccupation» après la condamnation à mort la veille de l'ex-président égyptien Mohamed Morsi et de plus de 100 autres Egyptiens.

Issu des Frères musulmans, le premier président élu démocratiquement dans le pays peut encore faire appel.

«Nous nous sommes toujours élevés contre les procès de masse et les condamnations de masse, qui sont menés d'une manière qui est contraire aux obligations internationales de l'Egypte et au respect de la loi», a déclaré un diplomate américain sous le couvert de l'anonymat.

Evoquant une condamnation préliminaire, le diplomate a ajouté que les Etats-Unis «continueraient à insister sur la nécessité d'une procédure équitable et de procédures régulières judiciaires pour tous les Egyptiens dans l'intérêt de la justice». Le ministère égyptien des Affaires étrangères a lui dénoncé les réactions internationales.

Autres procès prévus pour Morsi

L'ex-président Morsi et une centaine d'autres accusés pour des évasions de prison et des violences durant la révolte populaire de 2011 contre Hosni Moubarak ont été condamnés samedi en première instance.

Parmi les condamnés à la peine capitale figure le guide suprême de la confrérie des Frères musulmans de M. Morsi, Mohamed Badie. Ces condamnations doivent encore recueillir l'avis, non contraignant, du mufti d'Egypte avant d'être confirmées ou infirmées le 2 juin.

Mohamed Morsi peut faire appel du verdict, bien qu'il ait d'ores et déjà jugé le tribunal illégitime. L'ex-président estime que toutes les procédures judiciaires engagées contre lui participent de ce qu'il appelle un coup d'Etat orchestré contre lui en 2013 par le chef des armées, Abdel Fattah al-Sissi, aujourd'hui président.

M. Morsi doit encore être jugé dans deux autres procès, l'un pour «outrage à magistrat» et l'autre pour espionnage au profit du Qatar.

Déjà condamné à 20 ans de prison

Nombre des coaccusés sont en fuite. M. Morsi, en détention depuis son renversement, a affiché un air de défi samedi dans la cage où il avait été introduit, dans la salle d'audience. Souriant, il a brandi les poings en l'air alors que le juge lisait les décisions.

Il avait déjà été condamné à 20 ans de prison il y a trois semaines dans un premier procès pour des violences contre des manifestants durant sa mandature d'un an.

Retour «à l'Egypte antique»

Ces nouvelles peines capitales sont prononcées alors que le pouvoir du président al-Sissi mène une répression sanglante contre les Frères musulmans. Cette confrérie islamiste avait remporté toutes les élections démocratiques après la chute de Hosni Moubarak. Elle est désormais interdite en Egypte.

À Istanbul, un ancien ministre du gouvernement Morsi, Amr Darrag, a dénoncé un «verdict politique». Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui aussi fustigé la décision, y voyant un retour «à l'Egypte antique».

Amnesty international a estimé que la décision relevait d'«une parodie de justice» et que la peine de mort était devenue «l'outil de prédilection des autorités égyptiennes pour éliminer l'opposition politique». AI a demandé à ce que l'ex-président bénéficie d'un nouveau procès, devant une instance civile.

L'influent dignitaire musulman Youssef al Karadaoui, qui figure parmi les personnes condamnées à mort par contumace, a également critiqué les verdicts prononcés. Dans une vidéo postée dimanche sur son compte Twitter, le vieux cheikh, qui vit au Qatar, juge ces décisions «absurdes» et contraires au droit coranique.

Espionnage au profit de l'Iran

Le tribunal du Caire devait prononcer samedi les verdicts dans deux procès. Le premier concernait M. Morsi et 128 co-accusés, dont des membres des Frères musulmans, du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais.

Le second procès concernait une affaire d'espionnage, entre 2005 et 2013, au profit du Hamas, du Hezbollah et de l'Iran. Seize personnes ont été condamnées à mort. Sur les 165 accusés au total jugés samedi, seuls 50 étaient présents dans le box des accusés.

Peu après l'annonce du verdict, deux juges, un procureur et leur chauffeur ont été tués dans le nord de la péninsule du Sinaï. Cette attaque est la première contre des magistrats dans cette région.

Dimanche, six militants islamistes reconnus coupables d'avoir mené des attaques contre des soldats pour le groupe Province du Sinaï, lié à l'Etat islamique, ont par ailleurs été pendus. (ats)

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