Russie: Mort d'une retraitée de 81 ans ayant volé du beurre
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RussieMort d'une retraitée de 81 ans ayant volé du beurre

L'indignation grandit en Russie après la mort d'une crise cardiaque dans un commissariat d'une octogénaire, survivante du blocus nazi de Léningrad, qui venait d'être accusée d'avoir volé des plaquettes de beurre dans un supermarché de Saint-Pétersbourg.

Raouza Galimova, 81 ans, décédée mercredi au commissariat après un malaise, avait été accusée par les employés d'un supermarché à Kronchtadt, dans la banlieue de Saint-Pétersbourg (nord-ouest), d'avoir caché trois plaquettes de beurre dans son chariot de course, sous son sac.

Mme Galimova avait assuré avoir oublié de les régler à la caisse et avait demandé à les payer, mais les employés ont décidé d'appeler la police.

Pourquoi personne ne l'a défendue?

En arrivant au commissariat, la vieille dame a dit qu'elle se sentait mal. Quand l'ambulance, appelée par les policiers, est arrivée, elle venait de mourir, succombant probablement à une crise cardiaque.

«Pourquoi personne n'a défendu cette grand-mère? Comment les employés ont-ils pu être à ce point sans coeur?», s'indignaient des internautes russes.

Le bihebdomadaire d'opposition Novaïa Gazeta s'est fait le relais de leur colère: «On a tué une survivante du blocus de Léningrad pour trois plaquettes de beurre», a-t-il déploré.

Cauchemar

Mme Galimova avait en effet connu le blocus nazi de Léningrad (nom soviétique de Saint-Pétersbourg) qui a fait entre 1941 et 1944 plus d'un million de victimes dans la population civile, mortes de froid, de faim, d'épuisement mais aussi tuées dans les bombardements.

«Voilà, elle a survécu au blocus pour finalement vivre ce cauchemar», a dénoncé auprès de l'AFP son amie Maïa Elisseïeva, qui a assuré que l'octogénaire souffrait d'amnésie au cours des derniers mois.

«Elle n'a jamais volé», assure-t-elle. Samedi, à Kronchtadt, devant les stores fermés du supermarché, des membres du parti ultranationaliste LDPR brandissaient des pancartes appelant au boycott de la chaîne de magasins alimentaires Magnit, selon des images disponibles sur leur site.

«En accord avec la loi»

L'appel au boycott a aussi été repris largement par les internautes, mais aussi par plusieurs députés, dont le président des communistes de Saint-Péterbourg, qui l'a lancé sur les ondes de la radio Ici Moscou.

Le directeur de Magnit, Sergueï Galitski, a estimé de son côté que le personnel de l'établissement de Kronchtadt avait agi «en accord avec la loi», mais avec un peu trop de zèle.

«Concernant cette grand-mère qui a survécu au blocus, il n'aurait problablement pas fallu appeler la police», a-t-il jugé sur son compte Twitter.

Excuses

La chaîne Magnit a transmis ses excuses aux proches de Mme Galimova deux jours après son décès, lorsque le Comité d'enquête local, équivalent du FBI en Russie, a indiqué vendredi ouvrir une enquête pour «homicide accidentel».

«Il est évident que les employés de Magnit espéraient obtenir une récompense de leur direction en menant avec beaucoup de zèle leur lutte contre les voleurs», a expliqué à l'AFP Rouben Monakhov, spécialiste de la vente dans les supermarchés.

Pour Yana Pissareva, une des internautes qui a appelé au boycott des supermarchés Magnit, «cette histoire n'est pas seulement celle d'une vieille femme qui vole du beurre. C'est une histoire sur nous, une histoire sur notre indifférence envers le sort du prochain», a-t-elle écrit sur Facebook. (afp)

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