23.09.2020 à 21:21

États-UnisMort de Breonna Taylor: colère après une décision judiciaire

Le chef d’inculpation retenu mercredi contre un policier blanc impliqué dans le décès de l’Afro-Américaine ne satisfait pas les manifestants. Des violences ont éclaté dans la nuit à Louisville où deux policiers ont été blessés par balles.

La mort de Breonna Taylor est revenue sur le devant de la scène lors des grandes manifestations antiracistes qui traversent les États-Unis depuis la mort de George Floyd.

La mort de Breonna Taylor est revenue sur le devant de la scène lors des grandes manifestations antiracistes qui traversent les États-Unis depuis la mort de George Floyd.

KEYSTONE

Des manifestants en colère sont descendus mercredi dans les rues de diverses grandes villes américaines pour dénoncer un traitement judiciaire selon eux bien trop clément visant les policiers qui ont tué en mars l’Afro-Américaine Breonna Taylor à Louisville, où deux agents ont été blessés par balles dans la soirée.

Deux agents de police déployés vers 20 h 30 locales sur les lieux d’une des manifestations «ont été blessés par balles. Ils sont en train d’être soignés à l’hôpital», a déclaré le chef par intérim de la police de Louisville, Robert Schroeder, lors d’une conférence de presse. Leur état était stable et leur vie n’était a priori pas menacée, mais l’un a subi une intervention chirurgicale, a-t-il précisé, et un suspect a été interpellé. Le bureau du FBI à Louisville a indiqué mener l’enquête.

Plus tôt, quelques centaines de personnes rassemblées sur Jefferson Square, une place du centre-ville, avaient été dispersées par la police peu avant l’heure du couvre-feu, instauré à 21 h 00 locale (03 h 00 suisses jeudi). Des manifestations ont spontanément éclaté dans plusieurs villes du pays, secoué depuis des mois par une vague de mobilisations antiracistes, notamment à New York, Boston, Washington ou encore Philadelphie.

Décision «scandaleuse et insultante»

Aucun des trois agents qui avaient fait irruption chez Breonna Taylor, en enfonçant la porte de son domicile, n’a été poursuivi pour son homicide. Brett Hankison, seul membre du trio policier finalement visé par une charge, est seulement poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui, en raison de ses tirs qui ont traversé l’appartement de voisins de la victime, a annoncé mercredi le procureur du Kentucky. Aucun chef d’inculpation n’a été retenu contre ses deux collègues, Jonathan Mattingly et Myles Cosgrove, qui sont pourtant les auteurs des tirs qui ont tué l’Afro-Américaine. Une décision «scandaleuse et insultante», selon l’avocat de la famille de la jeune femme, Ben Crump.

«Breonna Taylor mérite qu’il lui soit rendu justice», a déclaré à Louisville Decorryn Adams, une jeune femme réclamant que sa «vie ne soit pas en danger simplement à cause de la couleur de (sa) peau». «Il doit être inculpé de meurtre», a exigé de son côté Levell Hudson, un Afro-Américain de 17 ans.

État d’urgence

Avant l’annonce de mercredi, la municipalité avait décrété l’état d’urgence. Un important dispositif policier était en place et plusieurs personnes ont été arrêtées dès l’après-midi.

Donald Trump a déclaré «prier pour les deux agents de police blessés» et s’être entretenu avec le gouverneur démocrate Andy Beshear, avec qui il s’est dit prêt à travailler. Ce dernier a appelé, dans un message vidéo, les habitants à «rentrer chez eux».

L’infirmière avait été tuée en pleine nuit à son domicile le 13 mars quand les trois policiers s’y étaient présentés munis d’un mandat d’arrêt. À leur arrivée, son compagnon avait ouvert le feu avec une arme détenue légalement. Les agents avaient riposté et Breonna Taylor avait été atteinte de plusieurs balles. Son compagnon a ensuite expliqué avoir cru à un cambriolage, les agents ne s’étant pas annoncés. Eux assurent s’être présentés avant d’entrer, une version corroborée par un témoin, selon le procureur de l’État Daniel Cameron.

L’agent Hankison a tiré dix balles, dont plusieurs ont terminé leur course dans l’appartement voisin de celui de Breonna Taylor, «mettant trois personnes en danger grave de blessures physiques ou de mort», a expliqué le procureur. Quant aux deux policiers non inculpés, qui avaient été mis à pied, l’enquête a conclu à la légitime défense. «Selon la loi du Kentucky, l’usage de la force (par les agents) Mattingly et Cosgrove était justifié pour se protéger. Cette justification nous empêche de les poursuivre pour la mort de Breonna Taylor», a dit le procureur. «Je sais que ces charges annoncées aujourd’hui ne satisferont pas tout le monde», a-t-il admis, avouant avoir eu «une discussion difficile» avec la famille de Breonna Taylor.

Faible caution

Selon les médias locaux, Brett Hankison s’est présenté dans une prison de la région puis a été remis en liberté après avoir payé une caution fixée à 15’000 dollars (13’837 francs), une somme très basse comparée à d’autres cas similaires. Licencié par la police de Louisville en juin, il risque jusqu’à 15 ans de prison.

«Ma sœur, le système pour lequel tu travaillais si dur t’a laissée tomber», a réagi sur Instagram Juniyah Palmer, la sœur de Breonna Taylor.

Selon l’avocat Ben Crump, il s’agit d’«un nouvel exemple d’absence de responsabilité pour le génocide des gens de couleur perpétré par des policiers». «C’est ironique et typique que les seuls chefs d’inculpation de cette affaire concernent des coups de feu tirés dans l’appartement d’un voisin blanc», alors qu’une personne de couleur a été tuée, a-t-il ajouté.

De nombreux responsables démocrates ont dénoncé la décision de mercredi, à l’image du sénateur Bernie Sanders la qualifiant de «honte». L’adversaire de Donald Trump à la présidentielle, Joe Biden, a dit «comprendre la frustration», mais a dans le même temps appelé au calme: les Américains «ont le droit de manifester pacifiquement, mais la violence n’est jamais acceptable», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les sportifs consternés

Diverses personnalités du sport américaines, de NBA et d’ailleurs, qui soutiennent activement Black Lives Matter et appellent à une réforme de la police, ont réagi avec consternation à l’inculpation indirecte contre un policier impliqué dans la mort d’une Afro-Américaine, Breonna Taylor.

«C’est tellement démoralisant, tellement décourageant», a commenté l’entraîneur des Golden State Warriors Steve Kerr, après le prononcé de la justice américaine. «Je n’arrête pas de penser à la génération d’enfants américains de n’importe quelle couleur. Est-ce ainsi que nous voulons les élever? Est-ce le pays dans lequel nous voulons vivre? Il y a tellement de violence, c’est démoralisant quand nous ne pouvons demander à quiconque de rendre des comptes», a-t-il ajouté.

Le nom de Breonna Taylor est fréquemment cité depuis la reprise de la saison NBA par les joueurs demandant que «justice soit faite». La lutte contre l’injustice raciale a même pris une tournure historique quand les joueurs des Milwaukee Bucks ont boycotté un match après les tirs policiers sur Jacob Blake, un mouvement suivi au-delà de la NBA.

«Quelque chose a été fait, mais ce n’était pas suffisant. La plupart des gars pensaient d’ailleurs que ce n’était certainement pas suffisant», a déclaré à ce propos l’arrière des Lakers Danny Green, après l’entraînement mercredi. «C’est dur… Ce qui a été prononcé aujourd’hui n’est pas suffisant. C’est notre ressenti et je suis sûr que la plupart des gens à travers le pays ressentent la même chose», a-t-il déploré.

«Mon Dieu. C’est dévastateur et malheureusement pas surprenant», a réagi Megan Rapinoe, la star du foot féminin, également activiste.

(ATS/NXP)

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